Et puis euh: Technique du coup dans le tas
Selon des sources confidentiellement anonymes*, l'Histoire est non seulement une vieille dame qui bégaie, en plus elle ne sent pas très bon. Bien sûr, cela ne l'empêche pas une miette de sourire de toutes ses gencives en voyant l'humain, cet enfoiré premier choix, répéter sans cesse les mêmes conneries tout en croyant très fort dans son lui-même interne que l'avenir sera meilleur. Hé, va donc!, comme disait Curzio Malaparte dans son terrible récit Kaputt, ce qui serait un très beau nom de joueur de baseball (Malaparte, pas Kaputt, ou alors Kaputt Malaparte).
S'il est question ici brièvement de Malaparte, c'est qu'il fut un fan de sport, et notamment de cyclisme, lui qui suivit pour le quotidien La Stampa la légendaire rivalité entre Gino Bartali et Fausto Coppi dans l'immédiat après-guerre (note à l'intention des béotiens de la chose: bien s'assurer de prononcer l's dans «Fausto Coppi», sinon ça va sonner comme «photocopie» et on se gaussera de vous dans les meetings de planification des objectifs ciblés de l'approche clientèle). «La bicyclette, en Italie, écrivit-il un jour, fait partie du patrimoine artistique national au même titre que la Joconde, la coupole de Saint-Pierre ou La Divine Comédie. On s'étonne qu'elle n'ait pas été inventée par Botticelli, Michel-Ange ou Raphaël.» En fait, c'est même pas vrai, le bicycle à deux roues a bel et bien été conçu par un artiste italien de la Renaissance, c'est juste que la chose est demeurée cachée parce qu'il faisait partie d'un ordre occulte, le Velopus Dei, qui a de grosses affaires à cacher à quelqu'un pour des raisons qui ne vous regardent pas. Pour en apprendre plus sur ce fascinant sujet, vous n'avez qu'à lire le prochain chef-d'oeuvre de Dan Brown. De toute manière, vous aimez tellement ça, lire du Dan Brown. Vous avez bien raison: c'est très bon.
(* La source confidentiellement anonyme désigne un concept qui révolutionnera sous peu l'information et qui devrait me valoir un ou deux Pulitzer dans un futur envisageable: il s'agit d'une source qui refuse de dévoiler son identité mais qui ne veut pas que l'on dévoile qu'elle refuse de dévoiler son identité. Il faut donc la nommer. Enfin, je pense. L'idée demande peut-être à être un peu peaufinée d'ici au Pulitzer.)
Mais enfin bref, Malaparte a aussi écrit Technique du coup d'État, et vous savez un peu ce que c'est quand on voyage dans sa tête pendant le 7th Inning Stretch, on se prend à songer que tiens, ce serait pas mal de faire le même genre d'exercice dans un contexte de balle. Je vois ça d'ici: Technique du coup retenu, by Uncle Rogatien. Technique du coup filé, par Yogi Rogie. Technique du coup de circuit, par D. Brown**. Technique du coup du joueur de deuxième but qui cache la balle dans son gant et qui touche au coureur lorsque celui-ci se met à forcer, provoquant son retrait dans le plus vieux jeu truqué au monde, par Anonyme. Vous riez, mais ce genre de truc existe pour vrai. Ne rien vous cacher, contrairement à ces conspirateurs franc-maçonniques à la noix, je possède à la maison un bouquin de George F. Will intitulé Bunts. Juste ça: Bunts. Bon, évidemment, on s'en doute, il n'y est pas question que de coups retenus sacrifices, mais quand même. Comme intitulé, mettons qu'on a déjà vu meilleur argument de vente.
(** Qu'alliez-vous croire, ma gang de théoriciens du complot. Il s'agit en fait de Delos Brown, qui joua pour les White Sox de Chicago en 1914. Sa carrière dans les ligues majeures se résume à ceci: il est allé une fois au bâton, il a été retiré sur trois prises, et c'est tout. Merci de votre contribution, on vous rappellera. Dans sa fiche signalétique statistique, il n'est même pas indiqué de position défensive parce qu'il n'a pas joué en défensive. Imaginez: une fois à la plaque, passé dans la mitaine, et ça finit là. C'en fait des histoires à raconter aux petits-enfants pendant les soirées d'hiver en Illinois.
Banal? Souvenons-nous plutôt de Field of Dreams, quand le beau Kevin Costner part à la recherche de Moonlight Graham. Graham a vécu le même scénario que Delos Brown, mais de l'autre côté de la perspective. En 1905, avec les Giants de New York, il a joué une manche au champ extérieur. Aucune balle n'a été frappée en sa direction. Il n'est jamais allé frapper. Il n'a donc, littéralement, rien fait. Mais il est là, dans le grand livre. Moyenne au bâton incalculable puisqu'on ne peut pas diviser par zéro. Idem pour le rendement défensif. Il pouvait dire qu'il avait connu une carrière parfaite.)
Donc, disions-nous dans un passé déjà lointain, l'Histoire qui se répète en rigolant de la crédulité humaine. Voici des extraits d'une dépêche parue au cours du week-end dernier: «Le propriétaire des Marlins de la Floride Jeffrey Loria a mentionné qu'il y avait des discussions "sérieuses" avec des officiels de San Antonio au sujet de la possibilité d'y déménager l'équipe. [...] Les Marlins ont réduit leur masse salariale à environ 15 millions $US lors de la saison morte en raison de leurs faibles assistances et de l'absence de progrès dans le projet d'un nouveau stade réservé au baseball. "Nous continuons d'étudier toutes les options, mais nos discussions avec San Antonio sont sérieuses», a dit Loria à Houston, où les Marlins amorçaient leur saison et où il devait rencontrer plusieurs dirigeants de San Antonio lundi.»
Vous, c'est votre affaire, mais moi, j'ai revu le gars qui était venu ici il n'y a pas si longtemps, qui distribuait des macarons «Le baseball est de retour», auquel faisaient confiance plusieurs partisans et combien de journalistes supposément capables de faire la différence entre un homme qui veut et un crosseur. Je l'ai réentendu avec sa langue de bois et ses «toutes les options sont sur la table». J'ai songé que, calvette, ce gars-là a eu le cul suffisamment béni pour gagner une Série mondiale. Et voilà qu'il refait le coup: donnez-moi un stade sinon je fous le camp.
Chaque fois, je me dis qu'on pourrait s'amuser avec ce genre de faux-jeton qui ne manque jamais une occasion de fesser dans le tas. Tenez, sur un air de Brassens: Technique du coup du stade construit avec des fonds publics, fonds publics, fonds publics...
S'il est question ici brièvement de Malaparte, c'est qu'il fut un fan de sport, et notamment de cyclisme, lui qui suivit pour le quotidien La Stampa la légendaire rivalité entre Gino Bartali et Fausto Coppi dans l'immédiat après-guerre (note à l'intention des béotiens de la chose: bien s'assurer de prononcer l's dans «Fausto Coppi», sinon ça va sonner comme «photocopie» et on se gaussera de vous dans les meetings de planification des objectifs ciblés de l'approche clientèle). «La bicyclette, en Italie, écrivit-il un jour, fait partie du patrimoine artistique national au même titre que la Joconde, la coupole de Saint-Pierre ou La Divine Comédie. On s'étonne qu'elle n'ait pas été inventée par Botticelli, Michel-Ange ou Raphaël.» En fait, c'est même pas vrai, le bicycle à deux roues a bel et bien été conçu par un artiste italien de la Renaissance, c'est juste que la chose est demeurée cachée parce qu'il faisait partie d'un ordre occulte, le Velopus Dei, qui a de grosses affaires à cacher à quelqu'un pour des raisons qui ne vous regardent pas. Pour en apprendre plus sur ce fascinant sujet, vous n'avez qu'à lire le prochain chef-d'oeuvre de Dan Brown. De toute manière, vous aimez tellement ça, lire du Dan Brown. Vous avez bien raison: c'est très bon.
(* La source confidentiellement anonyme désigne un concept qui révolutionnera sous peu l'information et qui devrait me valoir un ou deux Pulitzer dans un futur envisageable: il s'agit d'une source qui refuse de dévoiler son identité mais qui ne veut pas que l'on dévoile qu'elle refuse de dévoiler son identité. Il faut donc la nommer. Enfin, je pense. L'idée demande peut-être à être un peu peaufinée d'ici au Pulitzer.)
Mais enfin bref, Malaparte a aussi écrit Technique du coup d'État, et vous savez un peu ce que c'est quand on voyage dans sa tête pendant le 7th Inning Stretch, on se prend à songer que tiens, ce serait pas mal de faire le même genre d'exercice dans un contexte de balle. Je vois ça d'ici: Technique du coup retenu, by Uncle Rogatien. Technique du coup filé, par Yogi Rogie. Technique du coup de circuit, par D. Brown**. Technique du coup du joueur de deuxième but qui cache la balle dans son gant et qui touche au coureur lorsque celui-ci se met à forcer, provoquant son retrait dans le plus vieux jeu truqué au monde, par Anonyme. Vous riez, mais ce genre de truc existe pour vrai. Ne rien vous cacher, contrairement à ces conspirateurs franc-maçonniques à la noix, je possède à la maison un bouquin de George F. Will intitulé Bunts. Juste ça: Bunts. Bon, évidemment, on s'en doute, il n'y est pas question que de coups retenus sacrifices, mais quand même. Comme intitulé, mettons qu'on a déjà vu meilleur argument de vente.
(** Qu'alliez-vous croire, ma gang de théoriciens du complot. Il s'agit en fait de Delos Brown, qui joua pour les White Sox de Chicago en 1914. Sa carrière dans les ligues majeures se résume à ceci: il est allé une fois au bâton, il a été retiré sur trois prises, et c'est tout. Merci de votre contribution, on vous rappellera. Dans sa fiche signalétique statistique, il n'est même pas indiqué de position défensive parce qu'il n'a pas joué en défensive. Imaginez: une fois à la plaque, passé dans la mitaine, et ça finit là. C'en fait des histoires à raconter aux petits-enfants pendant les soirées d'hiver en Illinois.
Banal? Souvenons-nous plutôt de Field of Dreams, quand le beau Kevin Costner part à la recherche de Moonlight Graham. Graham a vécu le même scénario que Delos Brown, mais de l'autre côté de la perspective. En 1905, avec les Giants de New York, il a joué une manche au champ extérieur. Aucune balle n'a été frappée en sa direction. Il n'est jamais allé frapper. Il n'a donc, littéralement, rien fait. Mais il est là, dans le grand livre. Moyenne au bâton incalculable puisqu'on ne peut pas diviser par zéro. Idem pour le rendement défensif. Il pouvait dire qu'il avait connu une carrière parfaite.)
Donc, disions-nous dans un passé déjà lointain, l'Histoire qui se répète en rigolant de la crédulité humaine. Voici des extraits d'une dépêche parue au cours du week-end dernier: «Le propriétaire des Marlins de la Floride Jeffrey Loria a mentionné qu'il y avait des discussions "sérieuses" avec des officiels de San Antonio au sujet de la possibilité d'y déménager l'équipe. [...] Les Marlins ont réduit leur masse salariale à environ 15 millions $US lors de la saison morte en raison de leurs faibles assistances et de l'absence de progrès dans le projet d'un nouveau stade réservé au baseball. "Nous continuons d'étudier toutes les options, mais nos discussions avec San Antonio sont sérieuses», a dit Loria à Houston, où les Marlins amorçaient leur saison et où il devait rencontrer plusieurs dirigeants de San Antonio lundi.»
Vous, c'est votre affaire, mais moi, j'ai revu le gars qui était venu ici il n'y a pas si longtemps, qui distribuait des macarons «Le baseball est de retour», auquel faisaient confiance plusieurs partisans et combien de journalistes supposément capables de faire la différence entre un homme qui veut et un crosseur. Je l'ai réentendu avec sa langue de bois et ses «toutes les options sont sur la table». J'ai songé que, calvette, ce gars-là a eu le cul suffisamment béni pour gagner une Série mondiale. Et voilà qu'il refait le coup: donnez-moi un stade sinon je fous le camp.
Chaque fois, je me dis qu'on pourrait s'amuser avec ce genre de faux-jeton qui ne manque jamais une occasion de fesser dans le tas. Tenez, sur un air de Brassens: Technique du coup du stade construit avec des fonds publics, fonds publics, fonds publics...
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