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LNH: les joueurs perdent le match

Guillaume Bourgault-Côté   14 juillet 2005  Sports
C'est la fin du plus long conflit de toute l'histoire du sport professionnel en Amérique du Nord. Après un long blitz de négociation, les représentants de l'Association des joueurs de la Ligue nationale de hockey (AJLNH) et ceux des propriétaires de la ligue en sont venus hier à une entente de principe qui, si elle est ratifiée la semaine prochaine, mettra fin à un lock-out de 301 jours. Résultat de l'affrontement: les propriétaires sortent grands gagnants et les joueurs sont contraints de rentrer au travail avec une foule de conditions dont ils ne voulaient pas.

Les grandes lignes de l'entente dévoilées hier indiquent en effet une défaite totale pour les sportifs multimillionnaires, au repos forcé depuis un an. Après avoir répété pendant des mois qu'ils n'accepteraient jamais l'idée d'un plafond salarial, les représentants des joueurs ont finalement approuvé une entente qui inclut un plafond établi à 39 millions $US pour la masse globale d'une équipe, soit trois millions de moins que ce que la ligue avait proposé en février... Un plancher a pour sa part été fixé à 21,5 millions. Au moins 14 équipes devront donc diminuer leur masse salariale pour la prochaine année. Le Canadien (42 millions) en fait partie, mais la réduction sera moins importante qu'à Detroit ou New York (près de 77 millions chacun).

De plus, les joueurs déjà sous contrat verront leur salaire diminuer immédiatement de 24 %. Pour José Théodore, cela représente par exemple une perte de 1,4 million sur un salaire de six millions. Jaromir Jagr devra pour sa part faire une croix sur 2,6 des 11 millions qu'il gagne annuellement. Les joueurs n'ont pas touché un sou en salaire cette année.

Aussi, les salaires des joueurs ne pourront pas représenter plus de 54 % des revenus des équipes (contre 76 % actuellement). C'est ce que les propriétaires appellent la «certitude des coûts», un enjeu majeur de ce dossier. Aucun joueur ne pourra gagner plus de 20 % de la masse salariale totale de l'équipe, ce qui fixe le salaire maximum autorisé à 7,8 millions. Inversement, le salaire minimum sera de 450 000 $. Les recrues devront quant à elles se contenter d'un salaire maximal de 850 000 $, ce qui les ramène une décennie en arrière. Un partage des revenus sera aussi introduit entre les 10 équipes les plus fortunées et les 10 équipes les plus pauvres.

Le seul élément de l'entente qui pourra plaire aux joueurs, c'est que l'âge des joueurs autonomes sans restriction pourra être réduit de 31 à 27 ans à partir de la quatrième année de l'entente, qui est d'une durée de six ans.

En clair, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a complètement écrasé son vis-à-vis Bob Goodenow sur le terrain de la négociation. Ce dernier a tout de même donné son aval à l'entente, se conformant à ce que désiraient le président Trevor Linden et le reste des membres du comité exécutif des joueurs.

Normalement, les joueurs devraient voter sur l'entente de 600 pages au milieu de la semaine prochaine. Le vétéran gardien Sean Burke, interrogé par la Presse canadienne, s'attend à ce que les joueurs acceptent l'entente de principe. «Je ne crois pas que cette entente aurait été ratifiée l'été dernier, a estimé Burke, qui est actuellement joueur autonome, comme près de 300 autres joueurs. Mais je pense que nous sommes rendus au point où il faudrait qu'une entente soit incroyablement mauvaise pour qu'elle soit refusée par les gars. Du moins, c'est mon impression.»

Si tout se déroule comme prévu, un repêchage spécial pourra ensuite être tenu à la fin du mois, avec pour enjeu le choix du prodige Sidney Crosby. La LNH a décidé de créer une sorte de loterie pour tirer au sort l'ordre de sélection des équipes. Les équipes ayant connu le moins de succès dans les dernières années (New York, Buffalo, Pittsburgh et Columbus) auront chacune droit à trois boules dans le baril. Les autres équipes pourront en avoir deux ou une seule (c'est le cas pour Montréal), selon leurs récents résultats.

Règlements

Au-delà des changements aux paramètres financiers qui forceront d'importantes restructurations de la composition des équipes, le visage de la LNH sera aussi remodelé l'an prochain par de nombreuses modifications aux règlements, introduites pour rendre le jeu plus ouvert et moins soporifique qu'il ne l'est depuis quelques années. La dimension de l'équipement des gardiens sera probablement réduite, les passes de deux lignes permises, et une fusillade pourrait décider du gagnant d'un match en saison régulière si aucun but n'est inscrit lors de la période de prolongation.

L'objectif: revenir avec un produit dynamisé et tenter de réparer les torts causés par une année d'absence médiatique. Dans certaines villes américaines, la pente risque d'être très difficile à remonter. Joint par téléphone, l'attaquant des Sabres de Buffalo Jean-Pierre Dumont illustrait hier le problème en rappelant «que, dans plusieurs villes d'Amérique, ç'a pris des mois avant que les gens se rendent compte qu'il n'y avait pas de hockey cette année. Alors ça va être long pour leur dire le contraire. C'est pour ça qu'il faut trouver tous les moyens possibles de rendre les matchs plus intéressants.»

Wayne Gretzky résumait l'ampleur de la tâche hier. «Au bout du compte, tout le monde y a perdu, a déclaré l'ancien joueur des Oilers. Notre industrie a failli s'effondrer. C'est très décevant ce qui est arrivé. Il y a des gens qui disent qu'il faut tout oublier et regarder devant, ce qui est correct, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Ça va prendre beaucoup de temps, et ça va prendre beaucoup de travail. Beaucoup de gens sont déçus de ce qui est arrivé, et je ne parle pas seulement de l'amateur moyen. Je parle des réseaux de télé, des commanditaires, des partisans, du gars qui assiste à un match ou deux par année avec son fils. Nous avons beaucoup de travail devant nous. Tout ne va pas s'arranger du jour au lendemain.»

En attendant, Jean-Pierre Dumont pense que l'entente de principe constitue une «excellente nouvelle», malgré le recul que cela représente pour les joueurs. «Quand tu es en négociation, tu ne vas pas dire que tu vas accepter un plafond. En disant ça, on se serait tiré dans le pied. Maintenant, il va falloir voir comment les équipes vont gérer ça. J'ai un peu peur que ce soit les joueurs de troisième et quatrième trio qui écopent, mais on verra.»

Joint par Le Devoir entre deux trous de golf, le gardien Jocelyn Thibault estime pour sa part que le conflit aura fait comprendre aux joueurs et aux propriétaires l'importance de «travailler en partenariat. Il y aura des traces pendant plusieurs mois, mais à long terme, avec les nouveaux règlements et le nouveau [cadre financier], ça devrait améliorer le spectacle et faire renaître l'engouement».

En deux ans et demi, 82 rencontres auront été nécessaires pour que l'AJLNH et la ligue en arrivent à une entente. L'annulation des 1230 matchs de la saison 2004-05 constitue un fait unique dans le sport professionnel nord-américain. L'annonce de l'annulation de la saison avait été faite le 16 février par Gary Bettman, et les deux parties étaient revenues à la table de négociation le 11 mars. Depuis, 44 rencontres se sont tenues, jusqu'à l'accord d'hier. La prochaine saison devrait débuter le 5 octobre.



Avec la Presse canadienne






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