Michel Boulos - Sabre au clair!
Photo : Jacques Grenier
«De façon réaliste», Michel Boulos estime pouvoir se rendre jusqu’au «top 8», la finale, à Athènes.
À l'approche des Jeux olympiques d'Athènes, Le Devoir publie une série de portraits d'athlètes canadiens. C'est un rendez-vous avec nos espoirs olympiques tous les samedis jusqu'au 7 août.
À 28 ans, Michel Boulos est confortablement installé au sommet canadien de sa discipline. De Coupe du monde en Coupe du monde, il talonne l'élite mondiale de son sport et rêve bien entendu d'un podium olympique, un rêve qui n'est pas irréaliste. Pourtant, son nom ne dit rien au grand public, et seule une poignée de proches suivra de près son aventure à Athènes. C'est que Michel Boulos est escrimeur et a fait du sabre sa spécialité. Et l'escrime, reconnaît-il volontiers, ne fait pas se déplacer les foules au Québec.
À coups de romans d'aventures et de films de capes et d'épées, l'escrime s'est pourtant taillé une place de choix dans l'imaginaire collectif. Après le visionnement de Star Wars ou de Zorro, chacun y est déjà allé de quelques passes d'armes fictives, épée de plastique ou manche à balai bien en main, dans le but d'épater la galerie avec une quelconque botte secrète. La réalité, toutefois, a peu à voir avec les chorégraphies échevelées à la Luke Skywalker.
«Pour les spectateurs, c'est dur à suivre», avoue Michel Boulos en désignant ses camarades d'entraînement qui s'agitent toujours sur la piste. «À force de venir me voir en compétition, ma femme ou mes amis arrivent à saisir davantage... Mais ça reste encore difficile pour eux parce que tout se déroule extrêmement rapidement. Un combat dure à peine quelques minutes, parfois quelques secondes. On voit des lumières qui s'allument, mais ça prend une bonne base pour comprendre ce qui se passe. C'est beaucoup plus rapide qu'au judo, par exemple, beaucoup plus vite que n'importe quel autre sport, et ça n'a rien à voir avec ce qu'on peut observer en entraînement.»
Et pourtant. Casqués et cuirassés de blanc, les adversaires qui se font face dans le local d'entraînement ont des gestes parfois foudroyants. Plutôt que d'esbroufe et de grands moulinets de bras, l'escrime, ici, est faite de concentration, d'observation mutuelle, puis d'attaques rapides et précises. «Le jeu de l'escrime, explique le sabreur, c'est d'avoir une stratégie du début à la fin. Il faut s'adapter à son adversaire, changer au bon moment dans le match, savoir quand se porter à l'attaque ou rester en défensive, maximiser ses forces et comprendre rapidement les faiblesses de l'autre pour pouvoir en profiter.» En fait, affirment les amateurs, il s'agit ni plus ni moins que de disputer une partie d'échecs tout en courant un cent mètres...
Un hasard
Michel Boulos, qui doit son patronyme à ses origines égyptiennes, est né et a grandi au Québec. C'est donc par pur hasard qu'il découvre l'escrime à l'âge de 11 ans. Pensionnaire au collège Jean-de-Brébeuf, à Montréal, il lui a alors fallu choisir une activité sportive pour meubler ses soirées. «À ce moment-là, le club d'escrime commençait à Brébeuf. Moi, je n'avais jamais entendu parler de ça, mais mes amis m'ont dit qu'il y avait des épées et qu'on allait pouvoir se battre, que ça allait être amusant.»
Il tombe alors entre bonnes mains: le fondateur du club des Dynamos, Jean-Marie Banos, est aujourd'hui entraîneur de l'équipe nationale d'escrime du Canada. Sous sa gouverne, le jeune Michel découvre et apprécie l'aspect technique et tactique de la discipline. Et il progresse rapidement, ce qui l'amène à voyager beaucoup.
«Ce n'est pas un sport très connu en Amérique du Nord, ce qui fait que la saison de Coupe du monde se déroule presque à 80 % en Europe. La base est en Europe, les entraîneurs sont en Europe, les arbitres sont en Europe, les grands athlètes, tout est en Europe. À 15 ou 16 ans, ça permet de vivre des expériences très enrichissantes qui te motivent à ne pas abandonner. J'ai toujours adoré l'escrime, mais j'aime aussi — surtout, même! — les aspects qui entourent l'escrime comme les rencontres internationales ou les séjours à l'étranger.»
Le travail
Mais acquérir la souplesse, la force et l'habileté qui font le bon escrimeur, ce n'est pas qu'une partie de plaisir. Et dans les grandes compétitions internationales, où les mêmes sabreurs se rencontrent souvent, la préparation psychologique fait souvent la différence. Au programme des athlètes, donc, exercices de musculation et d'endurance, répétition inlassable des gestes techniques, mais aussi étude appliquée du style des adversaires. Un travail à temps plein qui, à l'approche des Jeux olympiques, a forcé Michel Boulos à mettre en veilleuse ses études à l'École des hautes études commerciales (HEC) de Montréal.
«Entre janvier et juin cette année, j'ai participé à 13 coupes du monde», calcule le sabreur. Ses résultats, dont une sixième place à Londres, lui ont permis de se maintenir entre les 25e et 28e rangs mondiaux de sa discipline. «Ça m'a fatigué, mais c'est parfait pour moi parce que ça m'a donné l'occasion de faire beaucoup de matchs et d'observer énormément mes adversaires potentiels. Maintenant, je vais ralentir les compétitions pour analyser tout ça à fond. Le but, c'est d'arriver au match avec une surprise pour l'autre: trouver sa faiblesse, bloquer son meilleur coup ou, à l'inverse, réussir nous-mêmes une attaque pour laquelle on n'est pas réputé. Ça aussi, ça déstabilise.»
Et comme le tournoi olympique est à élimination directe, cela peut être suffisant pour faire basculer un escrimeur du côté des vainqueurs. «De façon réaliste», Michel Boulos estime pouvoir se rendre jusqu'au «top 8», la finale, à Athènes. À partir de là, un seul combat sépare le Canada de la première médaille en escrime de son histoire. «Et rendu là, vraiment, tout peut arriver. En 2000, à Sydney, les trois sabreurs sur le podium n'avaient jamais gagné de coupe de monde... »
Mais même s'il trébuche, l'escrimeur ne s'estimera pas déçu. Son podium olympique, il pourrait aussi l'obtenir à Pékin, en 2008. À 32 ans, il sera alors à l'apogée de sa carrière de sabreur. Et après? Après, il troquera le sabre pour... la toque de cuisinier. Sa retraite sportive, Michel Boulos rêve en effet de la vivre en couple, aux fourneaux d'un restaurant qu'il compte ouvrir en compagnie de son épouse. Le Cinquième Mousquetaire, peut-être?
Le Devoir
À 28 ans, Michel Boulos est confortablement installé au sommet canadien de sa discipline. De Coupe du monde en Coupe du monde, il talonne l'élite mondiale de son sport et rêve bien entendu d'un podium olympique, un rêve qui n'est pas irréaliste. Pourtant, son nom ne dit rien au grand public, et seule une poignée de proches suivra de près son aventure à Athènes. C'est que Michel Boulos est escrimeur et a fait du sabre sa spécialité. Et l'escrime, reconnaît-il volontiers, ne fait pas se déplacer les foules au Québec.
À coups de romans d'aventures et de films de capes et d'épées, l'escrime s'est pourtant taillé une place de choix dans l'imaginaire collectif. Après le visionnement de Star Wars ou de Zorro, chacun y est déjà allé de quelques passes d'armes fictives, épée de plastique ou manche à balai bien en main, dans le but d'épater la galerie avec une quelconque botte secrète. La réalité, toutefois, a peu à voir avec les chorégraphies échevelées à la Luke Skywalker.
«Pour les spectateurs, c'est dur à suivre», avoue Michel Boulos en désignant ses camarades d'entraînement qui s'agitent toujours sur la piste. «À force de venir me voir en compétition, ma femme ou mes amis arrivent à saisir davantage... Mais ça reste encore difficile pour eux parce que tout se déroule extrêmement rapidement. Un combat dure à peine quelques minutes, parfois quelques secondes. On voit des lumières qui s'allument, mais ça prend une bonne base pour comprendre ce qui se passe. C'est beaucoup plus rapide qu'au judo, par exemple, beaucoup plus vite que n'importe quel autre sport, et ça n'a rien à voir avec ce qu'on peut observer en entraînement.»
Et pourtant. Casqués et cuirassés de blanc, les adversaires qui se font face dans le local d'entraînement ont des gestes parfois foudroyants. Plutôt que d'esbroufe et de grands moulinets de bras, l'escrime, ici, est faite de concentration, d'observation mutuelle, puis d'attaques rapides et précises. «Le jeu de l'escrime, explique le sabreur, c'est d'avoir une stratégie du début à la fin. Il faut s'adapter à son adversaire, changer au bon moment dans le match, savoir quand se porter à l'attaque ou rester en défensive, maximiser ses forces et comprendre rapidement les faiblesses de l'autre pour pouvoir en profiter.» En fait, affirment les amateurs, il s'agit ni plus ni moins que de disputer une partie d'échecs tout en courant un cent mètres...
Un hasard
Michel Boulos, qui doit son patronyme à ses origines égyptiennes, est né et a grandi au Québec. C'est donc par pur hasard qu'il découvre l'escrime à l'âge de 11 ans. Pensionnaire au collège Jean-de-Brébeuf, à Montréal, il lui a alors fallu choisir une activité sportive pour meubler ses soirées. «À ce moment-là, le club d'escrime commençait à Brébeuf. Moi, je n'avais jamais entendu parler de ça, mais mes amis m'ont dit qu'il y avait des épées et qu'on allait pouvoir se battre, que ça allait être amusant.»
Il tombe alors entre bonnes mains: le fondateur du club des Dynamos, Jean-Marie Banos, est aujourd'hui entraîneur de l'équipe nationale d'escrime du Canada. Sous sa gouverne, le jeune Michel découvre et apprécie l'aspect technique et tactique de la discipline. Et il progresse rapidement, ce qui l'amène à voyager beaucoup.
«Ce n'est pas un sport très connu en Amérique du Nord, ce qui fait que la saison de Coupe du monde se déroule presque à 80 % en Europe. La base est en Europe, les entraîneurs sont en Europe, les arbitres sont en Europe, les grands athlètes, tout est en Europe. À 15 ou 16 ans, ça permet de vivre des expériences très enrichissantes qui te motivent à ne pas abandonner. J'ai toujours adoré l'escrime, mais j'aime aussi — surtout, même! — les aspects qui entourent l'escrime comme les rencontres internationales ou les séjours à l'étranger.»
Le travail
Mais acquérir la souplesse, la force et l'habileté qui font le bon escrimeur, ce n'est pas qu'une partie de plaisir. Et dans les grandes compétitions internationales, où les mêmes sabreurs se rencontrent souvent, la préparation psychologique fait souvent la différence. Au programme des athlètes, donc, exercices de musculation et d'endurance, répétition inlassable des gestes techniques, mais aussi étude appliquée du style des adversaires. Un travail à temps plein qui, à l'approche des Jeux olympiques, a forcé Michel Boulos à mettre en veilleuse ses études à l'École des hautes études commerciales (HEC) de Montréal.
«Entre janvier et juin cette année, j'ai participé à 13 coupes du monde», calcule le sabreur. Ses résultats, dont une sixième place à Londres, lui ont permis de se maintenir entre les 25e et 28e rangs mondiaux de sa discipline. «Ça m'a fatigué, mais c'est parfait pour moi parce que ça m'a donné l'occasion de faire beaucoup de matchs et d'observer énormément mes adversaires potentiels. Maintenant, je vais ralentir les compétitions pour analyser tout ça à fond. Le but, c'est d'arriver au match avec une surprise pour l'autre: trouver sa faiblesse, bloquer son meilleur coup ou, à l'inverse, réussir nous-mêmes une attaque pour laquelle on n'est pas réputé. Ça aussi, ça déstabilise.»
Et comme le tournoi olympique est à élimination directe, cela peut être suffisant pour faire basculer un escrimeur du côté des vainqueurs. «De façon réaliste», Michel Boulos estime pouvoir se rendre jusqu'au «top 8», la finale, à Athènes. À partir de là, un seul combat sépare le Canada de la première médaille en escrime de son histoire. «Et rendu là, vraiment, tout peut arriver. En 2000, à Sydney, les trois sabreurs sur le podium n'avaient jamais gagné de coupe de monde... »
Mais même s'il trébuche, l'escrimeur ne s'estimera pas déçu. Son podium olympique, il pourrait aussi l'obtenir à Pékin, en 2008. À 32 ans, il sera alors à l'apogée de sa carrière de sabreur. Et après? Après, il troquera le sabre pour... la toque de cuisinier. Sa retraite sportive, Michel Boulos rêve en effet de la vivre en couple, aux fourneaux d'un restaurant qu'il compte ouvrir en compagnie de son épouse. Le Cinquième Mousquetaire, peut-être?
Le Devoir
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