Le jour du jugement à Pyeongchang

La skieuse acrobatique Justine Dufour-Lapointe a remporté la médaille d'argent à Pyeongchang dimanche.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse La skieuse acrobatique Justine Dufour-Lapointe a remporté la médaille d'argent à Pyeongchang dimanche.

Bravo et dommage. Après l’or à Sotchi, Justine Dufour-Lapointe a remporté l’argent à Pyeongchang dans l’épreuve des bosses. Les juges lui ont accordé une note de 75,56, un mince déficit de 9 centièmes par rapport à la Française Perrine Laffont.

Bravo et dommage. C’est-à-dire, bravo pour la médaille et dommage d’avoir raté la plus haute marche du podium de si peu.

Neuf centièmes… Ce serait déjà très peu pour n’importe quelle épreuve de vitesse sur piste, sur neige ou dans l’eau. Mais en ski acrobatique sur bosses, que veulent dire ces fractions de points ?

Franchement, la subtilité de ces évaluations échappe au commun des (télé)spectateurs. L’épreuve demeure indéniablement spectaculaire. Les skieuses ont l’air de chaises à ressorts (bing, bing, bing) et, une fois l’arche d’arrivée franchie, elles se déplient, s’étirent et s’agitent comme des polichinelles sortis d’une boîte comprimante.

Démarquer les pires des meilleurs athlètes tient toutefois d’une mécanique assez ésotérique. La qualité des virages entre les bosses compte pour 60 % de la note, celle des deux figures acrobatiques obligatoires pour 20 %. Le temps du parcours, seul critère objectif, pour les 20 % restants.

La contrainte se répète dans quatre des cinq épreuves de ski acrobatique. Le manuel de la Fédération internationale de ski comprend 36 pages de schémas et d’explications, où il est question du contrôle, de la vitesse, de la hauteur, des mouvements des jambes et des bras avec des pointages à la décimale devant être attribués sur lecoup pour des figures exécutées à des vitesses stupéfiantes.

Alors neuf centièmes…

L’intelligence artificielle à la rescousse

La devise olympique du plus vite, plus haut, plus fort vaut pour les performances qui se mesurent objectivement, même si certains sports traditionnels, comme la boxe, font exception.

Plusieurs compétitions (dont les bosses) ajoutées au cours du dernier quart de siècle ont plutôt recours aux évaluations subjectives pour déterminer les classements. C’est aussi le cas du big air, nouvelle épreuve pour riders intronisée en Corée.

Cette pratique de l’évaluation par des juges plutôt que par des chronomètres ou des rubans à mesurer ouvre la porte à la magouille, comme le montre l’histoire du patinage artistique. Le seul fait d’exiger des heures de concentration extrême appliquées à des dizaines de concurrents de la part de juges humains, trop humains, laisse perplexe. Une prime à la réputation a même été détectée par une étude universitaire : être une star de sa discipline semble un peu gonfler automatiquement son pointage.

Ces défauts majeurs seront vraisemblablement soufflés d’un coup assez prochainement grâce à l’intelligence artificielle. Le jugement assisté par ordinateur permettra d’évaluer sur des bases assez objectives la hauteur des sauts, la position des membres ou la maîtrise de la réception.

Les spectateurs pourront même suivre le pointage donné en temps réels par les machines au fur et à mesure du déroulement de chacune des performances, comme des montres mesurent la progression des courses.

La Fédération internationale de gymnastique songe à utiliser ces nouveaux systèmes à Tokyo en 2020 en appui aux juges. Bravo, mais dommage qu’on n’y soit pas encore à Pyeongchang.