L’arrivée d’artistes nord-coréens suscite l’animosité de manifestants du Sud

Plus d’une centaine d’artistes nord-coréens sont arrivés en Corée du Sud à bord d’un traversier mardi.
Photo: Song Kyung-Seok Agence France-Presse Plus d’une centaine d’artistes nord-coréens sont arrivés en Corée du Sud à bord d’un traversier mardi.

Géopolitique, dopage et sports se sont encore entremêlés mardi à trois jours du début des JO 2018 de Pyeongchang, avec l’arrivée au Sud d’une délégation d’artistes nord-coréens et le nouveau recours intenté par des sportifs russes qui espèrent toujours participer aux Jeux.

Quels visages auront ces Jeux, alors qu’à trois jours de la cérémonie d’ouverture, le mystère entourant la délégation nord-coréenne se lève peu à peu et que celui touchant à la présence des Russes en compétition s’épaissit ?

Les images du transbordeur à la cheminée drapée des couleurs de la Corée du Nord ont occupé pendant des heures les télévisions du Sud.

À bord de ce bateau, environ 120 artistes, des femmes a priori en totalité, selon les images diffusées par l’agence officielle nord-coréenne KCNA au moment de leur départ, toutes vêtues en manteau rouge et chapeau de fourrure.

Parmi elles, Hyon Song-wol, meneuse de l’Orchestre Samjiyon, à laquelle on prêta une liaison avec le leader Kim Jong-un, qui est surtout connue pour avoir été la figure de proue du groupe de pop nord-coréenne entièrement féminin Moranbong.

Ce que les images télé montraient moins, en revanche, ce sont les centaines de manifestants opposés à l’arrivée des Nord-Coréens, rassemblés non loin du quai, drapeaux sud-coréens dans les mains.

« Nous sommes en état de guerre et nous invitons les prostituées de nos ennemis », lâchait ainsi auprès de l’AFP l’un d’eux, venu de Séoul.

« Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir notre propre drapeau à la cérémonie d’ouverture ? Parce que ce sont les Jeux de Pyongyang [la capitale du Nord] », assenait un autre, venu d’Incheon.

Les Russes

Leur drapeau national, les Russes qui participeront à Pyeongchang n’auront pas le droit non plus de l’agiter. Ni de chanter leur hymne, remplacé par l’hymne olympique.

Un moindre mal, toutefois, pour ces 168 « athlètes olympiques de Russie », leur dénomination officielle, considérés comme propres et qui ont été invités par le CIO.

Au contraire d’autres profils, dont certaines vedettes, qui n’ont pour le moment pas voix au chapitre.

Trente-deux d’entre eux ont néanmoins décidé de porter la bataille devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) qui, la semaine dernière, avait totalement blanchi 28 Russes. Sans pour autant que le CIO ne revoie sa position puisqu’après nouvelle étude, l’instance olympique leur avait barré la route des Jeux lundi.

Parmi ces 32 nouveaux cas, qui espèrent donc toujours voir Pyeongchang, figurent notamment le patineur de vitesse Viktor An et le biathlète Anton Shipulin.

Viktor An, sextuple champion olympique, est une légende dans son sport.

Né Sud-Coréen, An est devenu russe juste avant les Jeux de Sotchi. Sa présence aux JO en 2018 en ferait une des grandes stars du rendez-vous. Shipulin, lui, est une des valeurs sûres du circuit mondial de biathlon.

Pour le moment, 169 invitations à des Russes jugés « propres » ont été données par le CIO, sur une liste initiale de 500 sportifs transmise par le Comité national olympique russe (ROC).

La décision du TAS de blanchir totalement certains Russes a toutefois continué à alimenter les discussions lors de la première journée de la 132e session du CIO, qui s’est ouverte mardi à Gangneung, non loin de Pyeongchang.

Cette décision est « très surprenante et choquante pour nous, car nous étions convaincus d’avoir présenté des preuves solides », a renchéri mardi Denis Oswald, président de la commission qui a prononcé ces suspensions.

Le Canadien Dick Pound, membre du CIO et ancien patron de l’Agence mondiale antidopage, a vertement critiqué la gestion du dossier russe par le CIO.

« Beaucoup dans le monde et notamment parmi les athlètes estiment que le CIO a non seulement échoué à protéger les sportifs propres, mais a aussi permis à des sportifs qui trichent de devancer des sportifs propres », a-t-il lancé.

Face à ces critiques, les membres du CIO ont soutenu à la quasi-unanimité la gestion du dossier russe par l’instance et Thomas Bach lors d’un vote de confiance.