Le dopage encore à l’avant-scène à la veille des Jeux olympiques

Le président Thomas Bach a ouvert la 132e session du Comité international olympique, lundi, à Gangneung, en Corée du Sud.
Photo: Jae C. Hong Associated Press Le président Thomas Bach a ouvert la 132e session du Comité international olympique, lundi, à Gangneung, en Corée du Sud.

À quatre jours de l’ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, l’enjeu du dopage a encore une fois pris le dessus sur le sport. Le Comité international olympique (CIO) a refusé d’inviter les athlètes russes blanchis la semaine dernière par le Tribunal arbitral du sport (TAS), tandis que l’Agence mondiale antidopage a prudemment réagi aux allégations de dopage qui ébranlent depuis dimanche le monde du ski de fond.

Le président du CIO, Thomas Bach, n’a pas mâché ses mots jeudi dernier lorsque le TAS a décidé de lever la suspension à vie de 28 sportifs russes soupçonnés d’avoir profité d’un système de dopage institutionnalisé, et sa déception s’est matérialisée lundi.

Son organisation a fermé la porte aux 15 Russes blanchis — 13 athlètes actifs et 2 anciens athlètes devenus entraîneurs — qui souhaitaient participer aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

Décision « honteuse »

« Le comité [du CIO] a recommandé à l’unanimité de ne pas accorder d’invitation aux Jeux de Pyeongchang 2018 aux quinze personnes proposées par le Comité olympique russe suspendu, a annoncé le CIO par voie de communiqué. Le comité a reconnu que la décision du TAS n’écartait pas les soupçons de dopage. »

Jeudi dernier, le TAS a fait part de sa décision de blanchir 28 athlètes russes sans rendre public son argumentaire complet. Il avait alors précisé par voie de communiqué que les preuves présentées par le CIO pour démontrer l’existence d’un système de dopage institutionnalisé n’étaient pas suffisantes pour conclure que les sportifs avaient violé les règles antidopage.

Prenant position sur sa page Facebook, le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a qualifié de « honteuse », « injuste », « illégitime » et « immorale » la plus récente décision du CIO.

Selon l’ancien président de la Russie, le comité qui a décidé du sort des 15 athlètes et entraîneurs russes s’est placé au-dessus du Tribunal arbitral du sport, du CIO, des athlètes et des partisans. « Cette décision n’a pas grand-chose à voir avec le sport, a-t-il ajouté. Son but est d’infliger des dommages politiques à la Russie. »

Fondeurs soupçonnés

Pendant que la guerre de mots se poursuivait entre le CIO et le gouvernement russe, de nouveaux soupçons de dopage impliquant cette fois le monde du ski de fond ont provoqué lundi de nouvelles réactions.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) a fait preuve de retenue en commentant les informations rapportées dimanche par la chaîne allemande ARD et le Sunday Times voulant que 290 fondeurs aient eu des tests sanguins anormaux lors de résultats récoltés entre 2001 et 2010. Du lot, plus de 50 athlètes s’apprêteraient à participer aux Jeux de Pyeongchang.

Les deux médias affirment avoir eu accès à une base de données de plus de 10 000 tests sanguins de quelque 2000 athlètes. Les sportifs soupçonnés de dopage ne sont pas nommés, mais on rapporte qu’ils sont Russes (51 athlètes), Allemands (20), Français (18), Autrichiens (16), Norvégiens (16), Finlandais (15), Italiens (12), Suédois (12), Américains (12), Suisse (11) et Canadiens (11).

Partage refusé

L’agence mondiale antidopage a pris connaissance des allégations et a écrit au Sunday Times pour connaître la source de cette liste, a indiqué le directeur général de l’agence, Olivier Niggli, dans une déclaration écrite transmise au Devoir.

« Malheureusement, le Sunday Times a refusé de partager les données, ce qui fait en sorte qu’il est difficile de commenter des allégations précises », a-t-il affirmé, tout en précisant que l’agence prend ces allégations au sérieux.

L’AMA fait cependant remarquer que la grande majorité des données semblent concerner des années antérieures à l’apparition du passeport biologique de l’athlète en novembre 2009. Ce dernier permet d’analyser sur une longue période des variables biologiques qui peuvent révéler les effets du dopage.

Dimanche, la Fédération internationale de ski s’était quant à elle « fortement opposée » aux informations des médias européens, en rappelant qu’un programme de tests d’échantillons sanguins appuyé par l’AMA avait été mis en place dès 2001.

Au moment où ces lignes étaient écrites, l’équipe olympique canadienne de ski de fond n’avait pas encore réagi aux allégations, mais elle sera sans doute appelée à le faire lors d’une conférence de presse prévue à minuit en Corée du Sud, heure de Montréal.