L’autre équipe des Jeux olympiques

Gabrielle Ariano-Lortie, de Montréal, est l’une des deux arbitres de hockey du Québec qui participeront aux Jeux olympiques.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Gabrielle Ariano-Lortie, de Montréal, est l’une des deux arbitres de hockey du Québec qui participeront aux Jeux olympiques.

L’autre équipe des JO, celle à laquelle on pense rarement, c’est celle des arbitres. Eux aussi sont passés par un rigoureux processus de sélection. Et pour eux aussi, un rêve se réalise. Le Devoir a rencontré les deux arbitres québécois de hockey, Olivier Gouin chez les hommes et Gabrielle Ariano-Lortie chez les femmes, à quelques jours de leur départ pour Pyeongchang.

Ils seront cinq officiels canadiens à s’envoler pour la Corée du Sud afin d’arbitrer les rencontres de hockey masculin et féminin, trois arbitres et deux juges de ligne. Parmi les trois arbitres, deux sont Québécois : Olivier Gouin, originaire de Terrebonne, et Gabrielle Ariano-Lortie, de Montréal, ont été sélectionnés à la suite de leur participation à un camp d’entraînement qui réunissait les meilleurs arbitres de hockey du monde. C’était en août dernier à Zurich, en Suisse. Au programme : tests physiques, mais aussi mises en situation d’arbitrage en vidéo, sans oublier d’évaluer la faculté des candidats à travailler en équipe sur la glace. L’objectif est de composer une autre équipe d’athlètes, celle qui portera le chandail rayé.

Lorsque Olivier apprend la nouvelle de sa sélection fin novembre, il est sous le choc. « Je n’avais pas le droit d’en parler avant l’annonce officielle, mais je l’ai quand même dit à mes parents et à ma soeur. » Il faut dire que le jeune arbitre de 26 ans a bénéficié d’une situation exceptionnelle : l’absence des joueurs et donc des arbitres de la LNH aux Jeux olympiques. « D’habitude, les arbitres de la LNH occupent la moitié des places disponibles aux JO. Mais cette année, les astres étaient alignés, et c’était ma chance d’être sélectionné. »

Entre arénas et soins intensifs

Pour Gabrielle, qui arbitre depuis 16 ans, ce départ est le résultat de beaucoup de persévérance et d’investissement personnel.

Infirmière aux soins intensifs à l’Institut de cardiologie de Montréal, elle concilie l’arbitrage, ses entraînements quatre fois par semaine et son emploi à temps plein. « Je travaille une fin de semaine sur deux à l’hôpital, et je passe l’autre dans les arénas. » Quant aux vacances, elle les consacre à l’arbitrage de championnats internationaux. « Pour une femme, il n’est pas possible de vivre de l’arbitrage, il n’y a pas assez d’équipes, et le hockey féminin ne bénéficie pas du même financement que le hockey masculin. »

Si Olivier peut quant à lui vivre de sa passion, c’est en arbitrant dans trois ligues différentes, en junior majeur du Québec, en ligue américaine et dans la East Coast Hockey League. « Je visite des endroits où je n’aurais jamais pensé aller, mais je ne dors pas souvent dans mon lit », ironise le jeune homme rencontré à la Place Bell quelques heures avant le début d’un match des Rockets de Laval.

Les défis de l’arbitrage

En attendant de rejoindre les patinoires de Pyeongchang, les deux arbitres se préparent physiquement et mentalement aux défis qui les attendent. Ils n’auront que quelques jours pour se coordonner avec leurs homologues d’autres nationalités et venir à bout des subtilités de langage et des différences d’interprétations de règles. « On doit se mettre d’accord sur notre positionnement, notre niveau de sévérité, et les arbitres n’ont pas forcément tous le même niveau en anglais », explique Gabrielle.

Olivier mise sur son calme et son ouverture d’esprit pour vivre cet événement ; Gabrielle, sur son expérience des championnats internationaux et le partage de connaissances avec les arbitres qui ont participé aux derniers Jeux olympiques.

« Contrairement aux athlètes, qui sont très encadrés dans leur préparation, nous devons individuellement aller chercher les ressources dont on a besoin », explique-t-elle, pour l’alimentation, la préparation physique, la gestion psychologique du stress, ou même la préparation des bagages.

Comme les autres officiels, ils ne connaîtront qu’au dernier moment les rencontres auxquelles ils seront affectés, et ce, pour éviter toute sorte de pressions. Objectivité oblige, ils n’arbitreront pas les équipes du Canada.

Du petit emploi aux JO

Pour Gabrielle et Olivier, l’aventure commence de la même façon, à l’adolescence. Tous les deux passionnés de hockey, ils intègrent un premier camp d’arbitres pour avoir un petit emploi à côté de leurs études et éviter le temps partiel dans un fast-food.

« Je ne savais même pas que je pouvais faire ça », se souvient Gabrielle, qui a simplement suivi son frère à son premier camp d’arbitrage. Si l’objectif des Jeux olympiques n’est pas immédiat, il s’installe au fur et à mesure de rencontres inspirantes avec d’autres arbitres féminines, qui jouent un rôle de mentor pour elle, dont Stéphanie Normand qui a arbitré lors des Jeux olympiques de Turin en 2006, ou encore Mélanie Bordeleau. « Elles sont une source d’inspiration, et Stéphanie [Normand] m’a donné beaucoup de conseils au début. Je me fie à leur expérience, et cela me pousse à aller plus loin, et à développer mon identité comme arbitre. »

Une identité qu’elle a dû forger en faisant fi des cris provenant des estrades, critiquant ses décisions, et parfois même son sexe.

« En arbitrant des gars au niveau midget espoir [entre 14 ans et 17 ans], j’ai déjà entendu “Retourne dans tes chaudrons, t’as pas d’affaires ici” ou encore “va t’acheter un pénis”, de la part de femmes dans le public. Cela permet de se forger un caractère. Quand j’arbitre des femmes, il y a une forme de respect qui s’installe. »

Et après les JO ?

Si les Jeux olympiques représentent un summum dans la carrière des deux arbitres, Olivier espère un jour rejoindre la LNH. En attendant, il inspire sa petite soeur, Geneviève Gouin qui, à 21 ans, arbitre déjà au sein de la Ligue canadienne de hockey féminin.

Quant à Gabrielle, elle s’interroge : retourner aux Jeux olympiques en 2022 ? Pourquoi pas.

Malgré les sacrifices personnels, les week-ends et les vacances consacrés à l’arbitrage, les heures d’entraînement, « je ne pense pas que je serais capable d’arrêter d’arbitrer parce que cela fait partie de ma vie », affirme-t-elle avec passion, se souvenant tout d’un coup, des étoiles plein les yeux, que dans quelques jours, elle sera sur la glace « avec les meilleures joueuses au monde ».