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Et puis euh - Quelques statistiques en chiffres

Jean Dion   18 juin 2009  Sports
Et vogue le navire. En février dernier, c'était Alex Rodriguez. Lundi, c'était au tour de Sammy Sosa de se faire sortir du placard sans son consentement écrit: le loustic a échoué à un test antidopage en 2003.

Voilà, messieurs dames, ce qu'on peut qualifier de nouvelle proprement renversante. À la consultation de l'évolution des statistiques de Sosa, et à l'observation du développement presque instantané d'une superbe musculature n'étant pas sans rappeler l'incroyable Hulk (le vert lime en moins), on ne pouvait en effet guère se douter qu'il s'était passé quelque chose d'important, d'un point de vue biochimique, aux alentours de 1998.

Les stats? Enterrons-nous sous les chiffres, juste pour le fun. Prenons par exemple le nombre de circuits frappés par Sosa dans les cinq saisons formant la période 1993-97. On constate: 33, 25, 36, 40 et 36. Pour un total de 170.

Cent soixante-dix longues balles en cinq années, une moyenne de 34, ce n'est pas précisément de la tarte. On devine ici l'oeil aiguisé, l'élan leste, le gros du bois mis à la bonne place. Mais ce n'est pas non plus Babe Ruth. On devine quantité de balles qui vont atterrir à la piste d'avertissement, au sol pour un solide double ou dans le gant d'un voltigeur de talent qui couvre beaucoup de terrain.

Examinons maintenant les cinq campagnes suivantes de Sammy Sosa, à compter de 1998: 66 circuits, 63, 50, 64 et 49. Pour un total de 292. Et pour une augmentation de 72 %.

On devine encore l'oeil aiguisé, l'élan tout aussi leste et le gros du bâton qui rencontre le gros de la balle. Mais c'est plus que Babe Ruth, qui n'a jamais dépassé 60. Et on devine que, si tous ces ballons supplémentaires qui ont franchi la rampe plutôt que de rester en deçà l'ont fait, ce fut certes parfois en raison d'un vent favorable dans l'allée de centre gauche, mais ce fut aussi certes souvent grâce à l'intervention dans les coulisses de la pharmacopée.

On peut arriver au même genre de conclusion en se livrant à de complexes calculs avec la moyenne au bâton de Sosa, de même qu'avec sa moyenne de puissance.

Pas convaincu? Vous faites preuve d'une vigilance teintée de scepticisme qui vous honore. Car il est bien vrai qu'il en va des statistiques comme des médias: avec une stratégie de communications bien dosée, on peut arriver à leur faire dire n'importe quoi.

Si les chiffres ne suffisent pas, établissons une comparaison anatomique avant-après. Celle-ci par exemple, qui est en fait une comparaison après-avant, mais on se comprend: http://tinyurl.com/38u8f6. (On peut s'amuser à faire le même exercice avec Jason Giambi: http://tinyurl.com/kwr4ad. Ou Barry Bonds: http://tinyurl.com/kmoaff. On peut d'ailleurs le faire avec tout plein de joueurs, anciens ou actuels, des ligues majeures. Des heures et des heures de plaisir en famille sans briser son linge ni laisser une empreinte de carbone nuisible à l'environnement.)

Évidemment, il ne s'agit pas là de preuves. Tout au plus des données empiriques circonstancielles. La seule «preuve» qui puisse être établie dans ce domaine consiste en le glissement par un avocat qui a vu la liste des 104 — en partie ou en totalité —, et pour des raisons qui ne regardent que lui, d'un nom dans l'oreille d'une reporter d'enquête sur le terrain. Dans le cas de Sosa, c'est arrivé par le New York Times. La source garde bien sûr l'anonymat parce que le dévoilement de la liste fait présentement l'objet d'un recours devant les tribunaux, mais vous pouvez parier qu'elle garderait l'anonymat en toutes circonstances, parce que c'est comme ça dans la vie.

Pour ceux qui n'étaient pas là l'autre fois, mentionnons que la liste des 104 désigne, comme son nom tend furieusement à l'indiquer, une liste de 104 noms de joueurs des ligues majeures qui auraient échoué à un test antidopage en 2003, dont l'existence a été révélée au moment de l'éclatement de la vérité concernant A-Rod. Les substances illicites ne l'étaient pas encore à l'époque dans le baseball, mais on voulait voir combien leur usage était répandu. Les joueurs testés s'étaient fait garantir l'anonymat, aussi plusieurs ont-ils continué de consommer, mais pour des raisons inconnues, leur nom s'est retrouvé accolé à leur flacon. Et pour des raisons tout aussi inconnues, l'Association des joueurs n'a pas par la suite détruit le document. Elle plaide en cour que les autorités fédérales ont mis la main sur la liste de manière illégale et qu'elles n'ont pas le droit de la rendre publique.

Si donc le tribunal se rend à la requête de l'Association des joueurs, cela signifie qu'il faudrait compter sur les fuites dans les médias pour que le public voie son droit à la vérité respecté. Faisons donc le calcul: A-Rod en février, Sammy Sosa en juin. Avec une révélation tous les quatre mois et 104 noms à éplucher, on en a pour environ 35 ans. En 2045, le dernier joueur fautif devrait donc être démasqué.

Selon des sources, le commissionnaire Bud Selig, alors âgé de 248 ans, sollicitera un douzième dernier mandat et le dossier de la vente du Canadien de Montréal sera presque réglé.






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