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Et puis euh - Le secret de son succès

Jean Dion   4 juin 2009  Sports
Contrairement aux 11 épices et fines herbes du Colonel dont l'identité et le dosage devraient continuer à être jalousement gardés jusqu'au fin fond de l'éternité, un secret pourrait se voir révéler au monde sous peu. Bon, peut-être pas bientôt bientôt dans le sens de la semaine prochaine, mais dans un avenir envisageable.

Comment on devient épouvantablement bon au ping-pong.

Cela peut paraître dérisoire dans une société distincte qui ne s'intéresse qu'au hockey sur glace en juin, mais il y va en réalité de l'avenir du sport mondial. Avec à la clé une question fondamentale: et si c'étaient toujours les mêmes qui gagnaient tout? (Comme on peut s'en douter, il ne sera pas vraiment question ici du Canadien de Montréal, mais peut-être de Quebecor ou d'une vraie bière de Serge.)

Il s'agit, en l'occurrence, de la Chine. L'été dernier, aux Jeux olympiques de Pékin, la Chine a pour la première fois de l'histoire terminé au premier rang mondial en termes de médailles d'or. Bon, certes, l'événement était présenté à la maison et on y a mis à fond la gomme et toutes ces choses, mais il ne serait pas exagéré de dire qu'on a peut-être assisté au début d'une nouvelle ère. Comme l'ère Jacques Martin chez le Canadien, mais en plus gros et avec de meilleures chances de se rendre loin en séries.

Pendant plusieurs années, de petites nations sont parvenues à présenter un excellent rendement rapport aux podiums en se concentrant sur des disciplines peu fréquentées. L'Allemagne de l'Est surgit tout de suite à l'esprit avec sa spécialisation, entre autres, en luge, en visou à air comprimé ou en natation féminine à pelage. La Chine a d'autre part brillé avec ses gymnastes et ses plongeurs.

Mais voici que le pays, selon des experts, s'apprête à entrer dans une période d'accroissement de sa richesse collective. Si c'est le cas, il aura le moyen de diversifier encore davantage ses pratiques sportives qu'il ne l'a fait en prévision de Pékin. Et avec son poids démographique, il aurait à sa portée la conquête du monde.

Ce n'est pas l'avis de tous, remarquez. Certains soutiennent que l'effet pourrait bien être contraire. À l'heure actuelle, le sport étroitement encadré par l'État est la seule voie d'avenir pour quantité de jeunes de familles peu fortunées. Si la société s'ouvre, si les individus ont plus de moyens, ils disposeront aussi de plus de possibilités et auront davantage tendance à se détourner du sport comme voie de carrière.

Bref, on n'est pas sûr sûr de ce qui va arriver. Mais l'est-on jamais?

Oui, on l'est des fois. En ping-pong, par exemple. (On sait que ses adeptes de haut niveau n'aiment pas que l'on parle de ping-pong, divertissement frivole de sous-sol où le jeu est constamment obstrué par un plafond trop bas ou des murs dans le chemin. Mais c'est seulement pour avoir l'occasion de détendre cette atmosphère rendue tendue par toute cette incertitude entourant la vente du Canadien en rappelant l'excellent mot de Coluche: «Le ping-pong c'est comme le tennis, sauf qu'au tennis, les joueurs jouent debout sur la table.») En tennis de table, on peut être pas mal certain que la Chine va sortir gagnante.

Prenez par exemple les championnats du monde de tennis de table qui se sont tenus le mois dernier au Japon. La Chine a remporté le titre dans les cinq catégories au programme, simple féminin, simple masculin, double féminin, double masculin et double mixte. Mieux que ça: dans toutes les finales, les perdants étaient aussi des Chinois. Et mieux mieux que ça, comme dirait Mark Streit qui lui est plutôt suisse, on avait envoyé dans le double mixte des paires qui n'étaient pas habituées de jouer ensemble pour donner une chance aux autres, mais ça n'a pas fonctionné. Trop fort pour la ligne, ainsi que le versifiait le poète qui se cherchait une rime avec «pong», mais il était tard ce soir-là, et il était fatigué, et il a songé que même s'il se contentait d'une rime avec «ping», personne ne s'en rendrait compte parce que personne ne lisait ses trucs de toute manière.

Cela dit, si Cai Zhenhua, figure d'autorité du tennis de table chinois, ne pouvait que se réjouir de la performance de ses compatriotes, il s'est inquiété en même temps des effets d'une trop forte domination. «C'est dangereux, a-t-il dit. Si une équipe nationale continue de tout gagner, c'est bon pour elle, mais c'est mauvais pour le sport. Je ne peux pas demander à nos joueurs de refréner leurs élans. Nous ne nous attendions pas à ce que les autres pays soient aussi faibles.»

Il faut donc exporter le tennis de table, ou du moins l'expertise dans le domaine. «Nous devons aider à rendre la discipline plus populaire, à hausser le calibre de jeu à travers le monde. Je ne veux pas qu'il n'y ait qu'en Chine qu'on apprécie le jeu», a dit Cai.

«C'est une obligation pour la Chine, c'est son devoir. C'est son devoir d'offrir le secret de notre succès au reste du monde.» Et voilà pourquoi on devrait en savoir davantage là-dessus avant les épices et fines herbes et la sauce à Big Mac.

Et mentionnons par ailleurs que selon des calculs extrêmement complexes et précis, si la Chine continue de prospérer juste un peu, elle aura les moyens d'acheter le Canadien de Montréal. Et peut-être même Quebecor aussi.






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