Montréal rayé de la carte de la F1
Photo : Jacques Nadeau
Le dernier vainqueur du Grand Prix du Canada à Montréal, le Polonais Robert Kubica.
Les bonzes de la Formule 1 ont rayé Montréal de leur calendrier officiel de courses de l'an prochain. La décision, annoncée hier sans un mot d'explication, a provoqué un tollé au Québec où l'on croyait bien, pourtant, s'être assuré de le tenue du Grand Prix du Canada dans l'île Notre-Dame au moins jusqu'en 2011.
La Fédération internationale automobile (FIA) a dévoilé hier la version révisée de son calendrier 2009 du championnat de Formule 1. Dans les quelques lignes de présentation accompagnant le tableau, l'organisation qui réglemente le sport s'est contentée de noter ce que tout le monde pouvait voir, c'est-à-dire que l'on «a laissé tomber la course canadienne».
Les promoteurs de l'événement se sont montrés tout aussi laconiques. Disant dans un communiqué avoir appris la nouvelle hier matin «via les médias», l'organisation dirigée par Normand Legault a fait savoir qu'elle n'émettrait «aucun commentaire avant d'avoir parlé aux principaux intéressés», soit la Formula One Management (FOM), l'organisation chargée de la commercialisation du cirque de la Formule 1 et menée d'une main de fer par le grand manitou du sport Bernie Ecclestone. On s'attend à ce que le
Grand Prix du Canada tienne une conférence de presse aujourd'hui à Montréal.
Il y a eu un Grand Prix du Canada chaque année depuis 1967, à l'exception de 1975 et de 1987, à cause, dans ce dernier cas, d'une mésentente entre le promoteur et ses commanditaires. L'événement, qui se tient depuis 1978 sur le circuit de l'île Notre-Dame et qui allait plus tard prendre le nom de son premier gagnant, Gilles Villeneuve, a toutefois souvent été menacé de disparition. En 2003, Bernie Ecclestone a annoncé que Montréal perdrait son Grand Prix l'année suivante à cause de la loi interdisant la publicité sur le tabac. Un arrangement financier avec les gouvernements avait toutefois été trouvé à la dernière minute.
L'entente conclue entre Normand Legault et Bernie Ecclestone prévoyait, entre autres clauses, un investissement total de 5,5 millions, dont 2 millions du gouvernement du Québec et de Tourisme Montréal, 1,25 million d'Ottawa et 1,25 million de Normand Legault. Montréal devait obtenir en échange la garantie de la tenue du Grand Prix jusqu'en 2011 assortie d'une option pour cinq autres années.
«Tout est possible»
Le premier ministre Jean Charest a fait savoir hier que son gouvernement continuerait de suivre de près ce dossier. «Chaque fois qu'on a posé un geste autour du Grand Prix, on l'a toujours fait parce que, sur une base d'affaires, c'était [...] économiquement rentable pour le Québec. Et on va continuer de l'aborder sous cet angle.»
«Tout est possible», a déclaré au Devoir le ministre du Développement économique, Raymond Bachand. «Mais nous resterons bien sûr responsables.» Il a par exemple noté que le Grand Prix du Canada n'a pas fait de demande en vertu du programme d'aide aux festivals bien que des «sommes importantes» y soient disponibles.
Le compte rendu des discussions entre Normand Legault et Bernie Ecclestone nous réservera «peut-être des surprises», a ajouté Raymond Bachand.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est dit hier «frustré» d'avoir à reprendre la bataille encore une fois. «On a déjà vécu la même situation dans le passé et on espère qu'elle va se résoudre de la même façon.» Il a répété combien l'événement était important à la fois pour la métropole, le Québec et le Canada, à cause de ses retombées économiques qui s'élèveraient entre 75 et 100 millions, mais aussi à cause de «la notoriété internationale» qu'il apporte avec ses quelque 300 000 millions de personnes qui le regardent à la télévision.
Gérald Tremblay s'est dit prêt à appuyer de nouveau Normand Legault dans son combat et convaincu qu'il ne sera encore une fois pas le seul à le faire. Il a rappelé que les pilotes et les chefs d'écurie aimaient beaucoup Montréal et que les constructeurs automobiles avaient tout intérêt à venir s'y faire voir alors qu'il n'y a plus de Grand Prix des États-Unis depuis l'an dernier. «Bernie Ecclestone n'est pas le seul à décider, a déclaré le maire en point de presse. Il doit comprendre que s'ils veulent vendre des autos en Amérique du Nord, ils ont tout intérêt à venir à Montréal.»
Le monde de la Formule 1 est en rapide changement, a également souligné le maire Tremblay. Autrefois, l'organisation des courses était toujours du ressort de promoteurs privés, comme Normand Legault, à la recherche de profit. On a de plus en plus affaire aujourd'hui à des gouvernements qui sont prêts à investir dans ces aventures des millions pour les retombées économiques et médiatiques. Selon Radio-Canada, certains organisateurs iront, par exemple, jusqu'à payer 50 millions en redevances l'année prochaine pour obtenir l'organisation d'un Grand Prix, comparativement à 12 millions pour Montréal.
Vacances d'été pour les pilotes
Dans sa version préliminaire dévoilée à la fin juin, le calendrier de la FIA prévoyait un nombre record de 19 étapes, dont une à Montréal à sa période habituelle, le 7 juin, et une nouvelle en fin de saison à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. La nouvelle version du calendrier revient à un total de 18 courses comme cette saison. Le Grand Prix de Turquie y est déplacé dans la case jusque-là censée être occupée par Montréal, ce qui permet aux écuries de bénéficier d'un inhabituel mois de pause estival allant de la fin juillet à la fin août.
Bernie Ecclestone s'est plaint plus d'une fois de la vétusté des installations du circuit Gilles-Villeneuve. Il se serait dit très content des nouveaux paddocks et de la salle de presse inaugurés cette année. Il s'est toutefois encore plaint de l'exiguïté des puits et du mauvais état de la piste. Il n'a pas été le seul d'ailleurs, les pilotes ayant dû composer durant tout le week-end avec un nouveau revêtement qui partait en morceaux à plusieurs endroits.
«En Formule 1, nous aimons le Canada, nous allons à Montréal depuis très longtemps, et nous irons au Canada aussi longtemps que nous le pourrons», avait déclaré Bernie Ecclestone a quotidien La Presse quelques jours auparavant.
Le grand manitou de la F1 disait ne pas voir pourquoi Montréal aurait de moins belles installations que celles qui viennent d'être construites à Valence, à Singapour ou à Shanghaï. Il disait également ne pas voir pourquoi il faudrait à tout prix un Grand Prix en Amérique du Nord. «Ma devise, c'est "Go East" plutôt que "Go West"», avait ajouté celui qui a amené la F1 loin de ses terres européennes en Chine, en Malaisie, au Bahreïn, à Singapour et à Abou Dhabi, et qui rêverait aujourd'hui de l'Inde et la Russie.
***
Avec La Presse canadienne
La Fédération internationale automobile (FIA) a dévoilé hier la version révisée de son calendrier 2009 du championnat de Formule 1. Dans les quelques lignes de présentation accompagnant le tableau, l'organisation qui réglemente le sport s'est contentée de noter ce que tout le monde pouvait voir, c'est-à-dire que l'on «a laissé tomber la course canadienne».
Les promoteurs de l'événement se sont montrés tout aussi laconiques. Disant dans un communiqué avoir appris la nouvelle hier matin «via les médias», l'organisation dirigée par Normand Legault a fait savoir qu'elle n'émettrait «aucun commentaire avant d'avoir parlé aux principaux intéressés», soit la Formula One Management (FOM), l'organisation chargée de la commercialisation du cirque de la Formule 1 et menée d'une main de fer par le grand manitou du sport Bernie Ecclestone. On s'attend à ce que le
Grand Prix du Canada tienne une conférence de presse aujourd'hui à Montréal.
Il y a eu un Grand Prix du Canada chaque année depuis 1967, à l'exception de 1975 et de 1987, à cause, dans ce dernier cas, d'une mésentente entre le promoteur et ses commanditaires. L'événement, qui se tient depuis 1978 sur le circuit de l'île Notre-Dame et qui allait plus tard prendre le nom de son premier gagnant, Gilles Villeneuve, a toutefois souvent été menacé de disparition. En 2003, Bernie Ecclestone a annoncé que Montréal perdrait son Grand Prix l'année suivante à cause de la loi interdisant la publicité sur le tabac. Un arrangement financier avec les gouvernements avait toutefois été trouvé à la dernière minute.
L'entente conclue entre Normand Legault et Bernie Ecclestone prévoyait, entre autres clauses, un investissement total de 5,5 millions, dont 2 millions du gouvernement du Québec et de Tourisme Montréal, 1,25 million d'Ottawa et 1,25 million de Normand Legault. Montréal devait obtenir en échange la garantie de la tenue du Grand Prix jusqu'en 2011 assortie d'une option pour cinq autres années.
«Tout est possible»
Le premier ministre Jean Charest a fait savoir hier que son gouvernement continuerait de suivre de près ce dossier. «Chaque fois qu'on a posé un geste autour du Grand Prix, on l'a toujours fait parce que, sur une base d'affaires, c'était [...] économiquement rentable pour le Québec. Et on va continuer de l'aborder sous cet angle.»
«Tout est possible», a déclaré au Devoir le ministre du Développement économique, Raymond Bachand. «Mais nous resterons bien sûr responsables.» Il a par exemple noté que le Grand Prix du Canada n'a pas fait de demande en vertu du programme d'aide aux festivals bien que des «sommes importantes» y soient disponibles.
Le compte rendu des discussions entre Normand Legault et Bernie Ecclestone nous réservera «peut-être des surprises», a ajouté Raymond Bachand.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est dit hier «frustré» d'avoir à reprendre la bataille encore une fois. «On a déjà vécu la même situation dans le passé et on espère qu'elle va se résoudre de la même façon.» Il a répété combien l'événement était important à la fois pour la métropole, le Québec et le Canada, à cause de ses retombées économiques qui s'élèveraient entre 75 et 100 millions, mais aussi à cause de «la notoriété internationale» qu'il apporte avec ses quelque 300 000 millions de personnes qui le regardent à la télévision.
Gérald Tremblay s'est dit prêt à appuyer de nouveau Normand Legault dans son combat et convaincu qu'il ne sera encore une fois pas le seul à le faire. Il a rappelé que les pilotes et les chefs d'écurie aimaient beaucoup Montréal et que les constructeurs automobiles avaient tout intérêt à venir s'y faire voir alors qu'il n'y a plus de Grand Prix des États-Unis depuis l'an dernier. «Bernie Ecclestone n'est pas le seul à décider, a déclaré le maire en point de presse. Il doit comprendre que s'ils veulent vendre des autos en Amérique du Nord, ils ont tout intérêt à venir à Montréal.»
Le monde de la Formule 1 est en rapide changement, a également souligné le maire Tremblay. Autrefois, l'organisation des courses était toujours du ressort de promoteurs privés, comme Normand Legault, à la recherche de profit. On a de plus en plus affaire aujourd'hui à des gouvernements qui sont prêts à investir dans ces aventures des millions pour les retombées économiques et médiatiques. Selon Radio-Canada, certains organisateurs iront, par exemple, jusqu'à payer 50 millions en redevances l'année prochaine pour obtenir l'organisation d'un Grand Prix, comparativement à 12 millions pour Montréal.
Vacances d'été pour les pilotes
Dans sa version préliminaire dévoilée à la fin juin, le calendrier de la FIA prévoyait un nombre record de 19 étapes, dont une à Montréal à sa période habituelle, le 7 juin, et une nouvelle en fin de saison à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. La nouvelle version du calendrier revient à un total de 18 courses comme cette saison. Le Grand Prix de Turquie y est déplacé dans la case jusque-là censée être occupée par Montréal, ce qui permet aux écuries de bénéficier d'un inhabituel mois de pause estival allant de la fin juillet à la fin août.
Bernie Ecclestone s'est plaint plus d'une fois de la vétusté des installations du circuit Gilles-Villeneuve. Il se serait dit très content des nouveaux paddocks et de la salle de presse inaugurés cette année. Il s'est toutefois encore plaint de l'exiguïté des puits et du mauvais état de la piste. Il n'a pas été le seul d'ailleurs, les pilotes ayant dû composer durant tout le week-end avec un nouveau revêtement qui partait en morceaux à plusieurs endroits.
«En Formule 1, nous aimons le Canada, nous allons à Montréal depuis très longtemps, et nous irons au Canada aussi longtemps que nous le pourrons», avait déclaré Bernie Ecclestone a quotidien La Presse quelques jours auparavant.
Le grand manitou de la F1 disait ne pas voir pourquoi Montréal aurait de moins belles installations que celles qui viennent d'être construites à Valence, à Singapour ou à Shanghaï. Il disait également ne pas voir pourquoi il faudrait à tout prix un Grand Prix en Amérique du Nord. «Ma devise, c'est "Go East" plutôt que "Go West"», avait ajouté celui qui a amené la F1 loin de ses terres européennes en Chine, en Malaisie, au Bahreïn, à Singapour et à Abou Dhabi, et qui rêverait aujourd'hui de l'Inde et la Russie.
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Avec La Presse canadienne
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