Entre l'euphorie et l'indifférence
Photo : Jacques Nadeau
Chantal Petitclerc revient des Jeux paralympiques de Pékin avec cinq médailles d’or.
Elle revient au pays avec cinq médailles d'or et son sens de l'humour. Pour Chantal Petitclerc, les Jeux olympiques de cet été à Pékin n'auront été finalement qu'une phase préparatoire aux Jeux paralympiques qui viennent de se conclure, et d'où elle est revenue hier plus que victorieuse. La répétition générale, en somme, avant les choses sérieuses.
«C'est ce que les gens disaient pour rigoler au village paralympique», a-t-elle lancée lors d'un point de presse tenu à l'aéroport de Montréal-Trudeau tout en expliquant que les mesures contre la pollution prises en août dernier pour la grande messe de l'olympisme, mais également un mercure plus clément à Pékin en septembre, ont fait en sorte que les athlètes paralympiques «ont eu les meilleurs conditions [pour se faire la compétition]», a-t-elle ajouté avec le sourire pétillant qu'on lui connaît.
Imaginer le monde à roues, avec membres artificiels ou sans la vue du mouvement paralympique, mieux traité que celui des olympiques, a effectivement de quoi faire rire. Un rire qui peut parfois devenir jaune, chez ceux qui, à longueur d'année, se battent pour le droit des handicapés. «La performance de Chantal Petitclerc à Pékin est exceptionnelle, c'est vrai», a commenté hier André Leclerc, président de l'organisme Kéroul qui milite pour un Québec plus accessible aux personnes à mobilité réduite. «Elle a travaillé fort pour en arriver là et pour démontrer que même dans un fauteuil roulant, on peut se surpasser. Mais en même temps, elle ramène de Pékin la preuve que même dans le cadre olympique, les gens qui ont des problèmes de mobilité ne sont finalement pas traités comme tout le monde. Et ça, c'est dommage.»
Le problème d'équité est, selon lui, flagrant. Le 19 août dernier, en remportant une médaille d'argent au tremplin de 3 m, le plongeur québécois Alexandre Despatie a aussi reçu du Comité olympique canadien une bourse de 15 000$, pour services rendus. Eric Lamaze, médaillé d'or et d'argent en sport équestre a touché 35 000$ pour les mêmes motifs. Quant au nageur Ryan Cochrane, sa troisième place au 1500 m libre lui a rapporté 10 000 $, soit 7 $ du mètre.
Glorifiée de cinq médailles d'or venant toutes avec des records mondiaux, Chantal Petitclerc, elle, ne va rien recevoir du Comité paralympique canadien. L'organisme n'a aucunement l'intention dans les prochains jours de récompenser financièrement les 50 athlètes handicapés qui reviennent en ce moment victorieux de la capitale chinoise. Dans l'univers des non-handicapés, l'exploit olympique de Petitclerc a une valeur de... 100 000 $.
Sous les feux de la rampe hier dans un aérogare de Montréal, l'athlète québécoise qui, en Chine est devenue la première au monde dans sa catégorie à parcourir le 200 m en moins de 28 secondes — à 27,52 s pour être précis — s'est voulue philosophe. «La réalité, c'est que le comité paralympique n'a pas les mêmes budgets que le comité olympique», a-t-elle indiqué. Et d'ajouter: «Ça fait 20 ans que je fais du sport paralympique. Si j'avais fait ça pour de l'argent, j'aurais arrêté depuis longtemps.»
L'univers des handicapés ne se s'en serait jamais remis, lui qui depuis des années se réjouit des nombreux exploits de Chantal Petitclerc sur la scène sportive. En cinq participations à des Jeux paralympiques, depuis Barcelone en 1992, l'athlète originaire de Saint-Marc-des-Carrières, handicapée depuis l'âge de 13 après qu'une porte de grange lui soit tombée dessus, a décroché 21 médailles, dont 14 d'or. Et leur portée symbolique, on s'en doute, dépasse largement le revêtement synthétique d'un couloir de stade d'athlétisme sur roues.
«Chacune de ses victoires, comme celles des autres athlètes paralympiques, est un événement porteur», lance Diane Plourde, de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, où Chantal Petitclerc a déjà séjourné. «Pour les personnes en réadaptation, cela devient une source d'inspiration. On l'a d'ailleurs bien vu en installant cette année dans un couloir une télévision qui diffusait en continu les Jeux paralympiques de Pékin et devant laquelle il y avait souvent des attroupements.»
Symbole d'une réadaptation réussie, Chantal Petitclerc, en attirant les projecteurs sur elle, vient également sensibiliser la population et les politiciens à l'importance de l'égalité entre les personnes handicapées et celles qui ne le sont pas, croit André Leclerc. «C'est vrai, ça fait avancer notre cause, dit-il, et nous en avons vraiment besoin. L'intégration des personnes à mobilité réduite dans la société, c'est un domaine dans lequel il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.»
La route est longue. Elle est aussi pavée à longueur d'année de l'indifférence des pouvoirs publics et de la population en général qui «peinent à trouver de l'intérêt dans toutes les questions liées à l'accessibilité», poursuit le président de Kéroul. «Pourtant, nous devrions de plus en plus nous en préoccuper en raison du vieillissement de la population» et pas seulement, selon lui, pendant les 12 jours des Jeux paralympiques et les 48 heures de gloire de l'athlète montréalaise. «Parce qu'après, nous savons tous ce qu'il va se passer: nous allons retomber, avec notre cause, dans l'oubli.» Et ce, jusqu'aux prochaines victoires de Chantal Petitclerc, qui pourrait certainement revenir une fois de plus bardée d'or de Londres, en 2012.
«C'est ce que les gens disaient pour rigoler au village paralympique», a-t-elle lancée lors d'un point de presse tenu à l'aéroport de Montréal-Trudeau tout en expliquant que les mesures contre la pollution prises en août dernier pour la grande messe de l'olympisme, mais également un mercure plus clément à Pékin en septembre, ont fait en sorte que les athlètes paralympiques «ont eu les meilleurs conditions [pour se faire la compétition]», a-t-elle ajouté avec le sourire pétillant qu'on lui connaît.
Imaginer le monde à roues, avec membres artificiels ou sans la vue du mouvement paralympique, mieux traité que celui des olympiques, a effectivement de quoi faire rire. Un rire qui peut parfois devenir jaune, chez ceux qui, à longueur d'année, se battent pour le droit des handicapés. «La performance de Chantal Petitclerc à Pékin est exceptionnelle, c'est vrai», a commenté hier André Leclerc, président de l'organisme Kéroul qui milite pour un Québec plus accessible aux personnes à mobilité réduite. «Elle a travaillé fort pour en arriver là et pour démontrer que même dans un fauteuil roulant, on peut se surpasser. Mais en même temps, elle ramène de Pékin la preuve que même dans le cadre olympique, les gens qui ont des problèmes de mobilité ne sont finalement pas traités comme tout le monde. Et ça, c'est dommage.»
Le problème d'équité est, selon lui, flagrant. Le 19 août dernier, en remportant une médaille d'argent au tremplin de 3 m, le plongeur québécois Alexandre Despatie a aussi reçu du Comité olympique canadien une bourse de 15 000$, pour services rendus. Eric Lamaze, médaillé d'or et d'argent en sport équestre a touché 35 000$ pour les mêmes motifs. Quant au nageur Ryan Cochrane, sa troisième place au 1500 m libre lui a rapporté 10 000 $, soit 7 $ du mètre.
Glorifiée de cinq médailles d'or venant toutes avec des records mondiaux, Chantal Petitclerc, elle, ne va rien recevoir du Comité paralympique canadien. L'organisme n'a aucunement l'intention dans les prochains jours de récompenser financièrement les 50 athlètes handicapés qui reviennent en ce moment victorieux de la capitale chinoise. Dans l'univers des non-handicapés, l'exploit olympique de Petitclerc a une valeur de... 100 000 $.
Sous les feux de la rampe hier dans un aérogare de Montréal, l'athlète québécoise qui, en Chine est devenue la première au monde dans sa catégorie à parcourir le 200 m en moins de 28 secondes — à 27,52 s pour être précis — s'est voulue philosophe. «La réalité, c'est que le comité paralympique n'a pas les mêmes budgets que le comité olympique», a-t-elle indiqué. Et d'ajouter: «Ça fait 20 ans que je fais du sport paralympique. Si j'avais fait ça pour de l'argent, j'aurais arrêté depuis longtemps.»
L'univers des handicapés ne se s'en serait jamais remis, lui qui depuis des années se réjouit des nombreux exploits de Chantal Petitclerc sur la scène sportive. En cinq participations à des Jeux paralympiques, depuis Barcelone en 1992, l'athlète originaire de Saint-Marc-des-Carrières, handicapée depuis l'âge de 13 après qu'une porte de grange lui soit tombée dessus, a décroché 21 médailles, dont 14 d'or. Et leur portée symbolique, on s'en doute, dépasse largement le revêtement synthétique d'un couloir de stade d'athlétisme sur roues.
«Chacune de ses victoires, comme celles des autres athlètes paralympiques, est un événement porteur», lance Diane Plourde, de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, où Chantal Petitclerc a déjà séjourné. «Pour les personnes en réadaptation, cela devient une source d'inspiration. On l'a d'ailleurs bien vu en installant cette année dans un couloir une télévision qui diffusait en continu les Jeux paralympiques de Pékin et devant laquelle il y avait souvent des attroupements.»
Symbole d'une réadaptation réussie, Chantal Petitclerc, en attirant les projecteurs sur elle, vient également sensibiliser la population et les politiciens à l'importance de l'égalité entre les personnes handicapées et celles qui ne le sont pas, croit André Leclerc. «C'est vrai, ça fait avancer notre cause, dit-il, et nous en avons vraiment besoin. L'intégration des personnes à mobilité réduite dans la société, c'est un domaine dans lequel il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.»
La route est longue. Elle est aussi pavée à longueur d'année de l'indifférence des pouvoirs publics et de la population en général qui «peinent à trouver de l'intérêt dans toutes les questions liées à l'accessibilité», poursuit le président de Kéroul. «Pourtant, nous devrions de plus en plus nous en préoccuper en raison du vieillissement de la population» et pas seulement, selon lui, pendant les 12 jours des Jeux paralympiques et les 48 heures de gloire de l'athlète montréalaise. «Parce qu'après, nous savons tous ce qu'il va se passer: nous allons retomber, avec notre cause, dans l'oubli.» Et ce, jusqu'aux prochaines victoires de Chantal Petitclerc, qui pourrait certainement revenir une fois de plus bardée d'or de Londres, en 2012.
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