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Le free run, de la rue au championnat du monde

28 août 2008  Sports
La discipline marginale est née dans les banlieues françaises vers la fin des  années 1980.
Photo : Agence France-Presse
La discipline marginale est née dans les banlieues françaises vers la fin des années 1980.
Londres — Ils descendent un escalier sur les mains, sautent d'un toit à trois mètres de haut puis atterrissent sur une rampe, sans faire plus de bruit qu'un chat, et retombent toujours sur leurs pieds.

Le free run, pratique née dans les banlieues françaises à la fin des années 1980, qui a acquis sa notoriété au cinéma et a même servi à l'entraînement des commandos de l'armée britannique, est en passe de tenir ses premiers championnats du monde, le 3 septembre à Londres.

«Il y a peu de chances que le free run figure un jour aux Jeux olympiques. L'état d'esprit y est trop rigide», plaisante EZ, l'un des pionniers de la discipline au Royaume-Uni, qui organise ces championnats mondiaux.

«Il n'y aura pas de juges en costume», promet EZ. «Ce seront les free runners eux-même qui jugeront les concurrents, sur la difficulté technique et l'aspect général, et surtout la fluidité» de leur prestation, explique-t-il.

Même si pour EZ «la rue, c'est le paradis des free runners», cette première compétition mondiale, sponsorisée par plusieurs grandes marques internationales, se disputera en intérieur sur un parcours artificiel.

Avec des athlètes originaires du Brésil, d'Afrique du Sud, de Turquie ou encore des États-Unis, les organisateurs de ces championnats espèrent convaincre les spectateurs de débourser 20 livres (39 $) pour un spectacle auquel ils peuvent assister d'habitude gratuitement au quotidien dans les rues.

Le free runner — ou traceur — aura 90 secondes pour impressionner le jury avec pour seul accessoire une bonne paire de baskets. Il devra enchaîner en toute fluidité des figures empruntées au skateboard, aux arts martiaux, ou sorties de son imagination.

Cali, un free runner français de 27 ans, s'apprête à participer aux championnats. Il a grandi dans le Val-de-Marne avant d'enseigner le taekwondo et la danse hip-hop. «Quand j'ai vu ces mecs sauter sur des toits, j'ai su que c'était ce que je voulais faire».

Aujourd'hui, Cali vit du free run, grâce aux sponsors et aux tournages de publicités.

Il montre les chaussures offertes par une grande marque pour qu'il les porte pendant la compétition. Elle «les a conçues avec nous, mais même comme ça, elles ne durent jamais longtemps. La pointe du pied s'abîme en premier, parce qu'on atterrit toujours dessus», explique-t-il.

Le cinéma aussi a adopté les free runners. Révélée en France au grand public avec Yamakasi de Luc Besson (2001), leur popularité bondit cinq ans plus tard avec une scène de course poursuite urbaine en ouverture du dernier James Bond, Casino Royale.

Au Royaume-Uni, EZ a même organisé des stages d'entraînement pour les commandos de la marine royale.

«Les tournages sont en fait moins dangereux» que la pratique libre, «car il y a beaucoup de protections» estime EZ, qui avoue quand même conserver un frisson au moment de se lancer. Son meilleur souvenir ? Une course dans les jardins d'un temple de Tokyo.

Même si EZ et Cali sont devenus professionnels, le moteur reste toujours le même: «s'amuser avant tout». EZ continue d'apprécier les dizaines de vidéos amateurs partagées sur internet, même s'il reconnaît être à 32 ans loin du free runner moyen, un jeune homme d'une vingtaine d'années nourri aux clips musicaux.

Selon lui, le free run est à la portée de n'importe qui, moyennant un entraînement intensif: «il suffit d'une paire de chaussures et d'un esprit ouvert».






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