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Jusqu'à la fin

Jean Dion   15 août 2008  Sports
La sabreuse canadienne Olga Ovtchinnikova paraissait déconfite après l’élimination de son équipe lors du tournoi aux Jeux olympiques de Pékin. L’équipe canadienne a raté une chance en or de causer une agréable surprise. Lors de son duel contr
Photo : Agence France-Presse
La sabreuse canadienne Olga Ovtchinnikova paraissait déconfite après l’élimination de son équipe lors du tournoi aux Jeux olympiques de Pékin. L’équipe canadienne a raté une chance en or de causer une agréable surprise. Lors de son duel contr
Il faut le dire: ce n'est pas juste. N'enlevons rien à ces belles jeunesses qui fendent l'onde à la vitesse d'un hors-bord, avec l'élégance d'un delphinidé esthète et avec la détermination d'un barracuda qui a oublié quelque chose sur le feu, mais ces sparages autour de l'empilade de médailles, ce n'est pas juste. Certes, si remporter huit médailles d'or était facile, tout le monde le ferait. Mais si Michael Phelps ne faisait pas de la natation, à peu près personne ne parlerait de lui.
La natation met en jeu 34 podiums. À part l'athlétisme, aucune autre discipline olympique n'en offre plus de 18. Malgré toute sa bonne volonté, le boxeur ne peut espérer remporter plus d'une médaille. Idem pour le pentathlonien moderne. Le joueur de water-polo va se faire déchirer le maillot et donner des coups de pied dans la région pendant deux semaines avec pour seule récompense à la fin une petite médaille. Une. Dans les meilleurs des cas, en athlétisme ou en gymnastique, trois ou quatre titres sont possibles.

Alors voilà. C'est pas juste. L'haltérophile n'a pas droit à une médaille pour l'arraché et une autre pour l'épaulé-jeté. Le kayakiste n'a pas droit à une médaille pour le slalom en eaux vives, une autre en eaux semi-vives et une autre en eaux plus mortes que vives, une pour quand le gars rame en style libre et une autre en style plus ou moins libre, genre pas clair.

C'est ça qui est ça.

***

Si vous êtes déçu de votre Canada, imaginez un peu l'Inde. Un milliard d'habitants, et pourtant. Lundi, Abhinav Bindra, 25 ans, a remporté la médaille d'or au tir à la carabine 10 mètres. L'Inde participe aux Jeux olympiques depuis 1900 et y envoie continuellement des délégations depuis 1920, mais il s'agissait de son tout premier titre olympique individuel. Vous avez bien lu: tout premier titre olympique individuel.

La médaille remportée par Bindra était la 18e de l'Inde dans toute l'histoire. La dernière fois que le pays avait touché l'or, c'était par les bons soins de son équipe de hockey sur gazon, en 1980 (l'Inde ne s'est pas qualifiée pour les JO de Pékin dans cette discipline).

Il y a quelques années, le magazine ESPN avait réalisé un long reportage sur le terrain pour tenter de découvrir les raisons d'un tel phénomène. Avant les Jeux d'Athènes, Rohit Brijnath, l'un des plus grands journalistes sportifs indiens, mentionnait que la question constituait l'un des clichés les plus persistants du mouvement olympique. «Chaque fois, écrivait-il pour la BBC, c'est la même chose: on vous vend de la bière diluée à un prix déraisonnable, on vous offre des t-shirts horribles et on vous demande comment il se fait que l'Inde gagne si peu de médailles.»

«Allez prendre place dans la file d'attente, ajoutait-il. Nous ne le savons pas nous-mêmes.»

En tout cas, les attentes ne sont pas particulièrement élevées. Le chef de la délégation olympique nationale, Suresh Kalmadi, déclarait aux reporters quelques jours avant les Jeux que «l'Inde ne doit pas espérer gagner beaucoup de médailles en Chine».

En fait, plusieurs facteurs diffus serviraient à expliquer le piètre rendement de l'Inde aux JO: querelles intestines dans les organisations sportives, sous-financement du sport, infrastructures obsolètes, culture qui accorde peu de valeur à la compétition, passion dévorante pour une discipline qui ne figure pas au programme olympique, le cricket. Mais peut-être ne s'agit-il que d'un début de réponse incomplète.

Dans son blogue, Bindra a appelé à un meilleur soutien aux athlètes de la part du secteur privé, et demandé un plus grand appui de ses compatriotes aux Indiens qui prennent part aux Jeux. «Les encouragements sont encore plus importants lorsque nous ne sommes pas au sommet de notre art, écrit-il. Avec tout le talent et le bassin de population dont elle dispose, je crois fermement que l'Inde peut devenir une puissance sportive mondiale. Il nous faut un meilleur encadrement. Je vais faire ma part pour aider la prochaine génération. Et j'appelle tous les Indiens à faire leur part pour nous sortir de notre complaisance en matière de sport.»

Bindra dit goûter pleinement l'«euphorie» de sa victoire et craindre en même temps qu'on fasse de lui un héros national d'une ampleur démesurée. «Je suis toujours le même Abhinav», confie-t-il, lui qui n'a «pas de vie au-delà des 10 mètres qui [le] séparent de la cible» et a aménagé un stand de tir chez lui afin de pouvoir s'exercer en tout temps.

Mais rester le même et n'avoir pas de vie en dehors du stand ne sera pas aisé. Rentré en Inde mercredi, Bindra a été accueilli par les vivats de la foule. Sa mère l'a embrassé, a rappelé que son Abhinav était toujours célibataire et annoncé qu'il représentait désormais «le meilleur parti du pays»...

***

Dans la série «Ça doit être long, toute une vie à s'appeler Youppi Gagnon», on note qu'au cours des derniers mois, plus de 4000 nouveau-nés en Chine ont été prénommés Aouyn, qui signifie «Jeux olympiques». Plus de 5000 autres porteront le nom de l'une des cinq mascottes des Jeux, soit Jinjing, Huanhuan, Beibei, Yingying et Nini.

Par ailleurs, si vous ouvrez votre ordi et qu'Internet marche pas, c'est que le World Wide Web aura planté et ce sera de ma faute. J'ai actuellement 1138 fenêtres d'ouvertes pour trouver des informations niaiseuses comme celle qui précède et dont, il serait vain de le nier, vous raffolez.

***

D'évidence, l'équipe de volleyball féminine japonaise a mis la main au prix du gros sur un stock de teinture à cheveux, parce que les joueuses portent toutes la même. De longues recherches ne m'ont pas permis de trouver de quel numéro de Nice 'N Easy il s'agit, mais l'enquête se poursuit. Le site de Nice 'N Easy constitue ma 1139e fenêtre simultanée.

***

On amorce notre palmarès des plus beaux noms des JO de Pékin avec celui de la nageuse malgache Tojohanitra Andriamanjatoarimanana, qui prenait ce matin le départ aux qualifications du 50 m libre (le nom est plus long que la durée de l'épreuve). Le site officiel des Jeux a réduit son nom à Tojohanitra Andriamanja, ça doit être la censure des autorités chinoises ou quelque chose.

***

Matière à réflexion. Entendu au baseball à Radio-Canada: «Ce match va durer jusqu'à la fin.» Et le plus étonnant, c'est que de fait, c'est exactement ce qui s'est produit.






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Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 15 août 2008 08h33
    Dire que Marc Gagnon a 5 médailles
    « A lui seul il contenterait 5 milliards d'Indiens....

    Sérieux, combien de médailles olympiques les Québécois ont été cherchés dans l'histoire? »

  • Pascale Choquette
    Abonné
    vendredi 15 août 2008 08h50
    Je suis plié en deux
    « M. Dion,

    J'apprécie grandement vos textes. J'imagine que vous croulez sous les compliments, alors j'ajoute le mien.

    J'ai particulièrement ri à propos de vos mille quelque fenêtres ouvertes; je fais pareille. Je suis rendu prisonnier du «Ouvrer dans un nouvel onglet» qui est, avouons-le, fort pratique, utile ou commode.

    Ne lâchez pas, je suis toujours là.

    René Goyette »

  • Réjean Girard
    Inscrit
    vendredi 15 août 2008 10h58
    entendu à Radio-Canada
    « Bonjour M. Dion

    Quel plaisir de vous lire. Dans la série entendu à Radio-Canada, la semaine dernière à la radio, entre 9h et 10h, une commentatrice (le nom m'échappe):

    Lorsque la Chinoise est tombée aux barres asymétriques, ce fut tout à coup le silence complet dans le stade; c'était quelque chose à entendre. »

  • jean-pierre morin
    Inscrit
    vendredi 15 août 2008 11h21
    très pertinent !
    « J'aime l'humour de ce texte. Fait beaucoup réfléchir. »

  • François Caron
    Abonné
    vendredi 15 août 2008 12h41
    Je n'ai jamais assez de Sugar Crisp
    « Sugar Crisp en lieu et place "d'informations niaiseuses", j'en ai jamais assez, vous en conviendrez.

    Continuez ce beau travail que l'on ne se tape pas assez collectivement, et fermez vos fenêtres, au mois d'août les nuits sont fraîches... »

  • Marc Perron
    Inscrit
    vendredi 15 août 2008 13h36
    Jusqu'à la fin... et peut-être même au-delà !
    « Il faut savoir qu'au baseball, depuis l'époque de Yogi Berra, « ce n'est pas fini tant que cela n'a pas pris fin », mais là comme ailleurs, « l'avenir n'est plus ce qu'il était » et il importe de maintenir les traditions, ce qui fait que j'applaudis les gens de Radio-Canada ! »

  • P.-Rémi Catafard
    Abonné
    vendredi 15 août 2008 23h55
    "les québécois ont été cherchés"...
    « M. Jacques Noël.

    Si on cesse de les "cherchés" et qu'on fait un effort pour
    les "chercher", on finira bien par en trouver quelques uns!

    J'aime bien l'humour sophistiqué de Jean Dion. Celà nous
    repose des "farces" de nos présumés humoristes.

    RémiCat. »

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