Hors-Jeux - Fabriquons du passé
Photo : Agence France-Presse
David Ford lors de la finale de kayak K1 disputée hier à Pékin: malgré tous ses efforts, le Canadien a terminé en sixième place. Les plongeuses Roseline Filion et Meaghan Benfeito? 7e position. L’haltérophile Christine Girard? 4e place. Résulta
Si on s'en donne la peine, et si bien sûr on est intéressé par ce genre de truc, il est possible de tout savoir à propos de Michael Phelps. Tout. De le suivre à la trace. Il y a toujours quelque part un site, un blogue, pour documenter ses dernières allées et venues. «En ce moment, Michael Phelps dort. Sur le côté gauche.» «Michael Phelps est en train de manger un spaghetti sauce à la viande. Il en est à sa troisième bouchée.» Comment, vous ne saviez pas que Michael Phelps carburait fort aux pâtes et à la pizza pendant les Jeux olympiques? Vous étiez en train de regarder du volleyball de plage, je suppose? Parce qu'ils en montrent juste un peu à la télé, n'est-ce pas? «Alors voilà, nous vous montrerons la finale du 100 mètres en différé parce que nous devons aller au volleyball de plage, où il se passe quelque chose de très important sur fond de musique d'ABBA.»
De fait, je me demandais pourquoi je fredonnais Dancing Queen depuis trois jours. J'ai d'abord pensé que, n'en pouvant plus d'attendre que Mats Sundin se branche, j'étais excessivement préoccupé par la Suède. Puis, en regardant du plongeon synchronisé féminin pour meubler sainement mon mardi après-midi alors que le temps était à l'orage, j'entendis Dancing Queen en fond de toile — à ne pas confondre avec la toile de fond —, et je me rendis compte que ça faisait au moins huit fois que la toune jouait, presque subliminalement, à la télé, tant au volleyball de plage qu'au Cube d'eau. Je fis dès lors mon eurêka personnel: si, pour reprendre l'expression de l'analyste de Radio-Canada, «les joueurs de water-polo croates portent tous la moustache, il semblent restés pris en 1972», il en allait de même pour les disc-jockeys olympiques. Où l'on voit qu'il est tout à fait possible de fabriquer du passé, contrairement à Alcan qui fabrique non seulement du foil mais aussi de l'avenir.
N'empêche que c'était du méchant bon stock, ABBA, même si personnellement je préfère Take a Chance on Me pour le rythme (http://tinyurl.com/ywcbqo) et, pour la romance, Fernando (http://tinyurl.com/28omhp) déclamé sous un ciel faussement étoilé au bord d'un feu de camp. Le dilemme demeurant par ailleurs, plus de 30 ans plus tard, total: Agnetha ou Frida? La blonde ou la brune?
Puisqu'il est question de volleyball de plage, une bonne histoire. Dimanche, les Américaines Kerri Walsh et Misty May-Treanor affrontaient le duo de Cuba. À un moment donné, Walsh saute au filet pour bloquer un smash adverse lorsque survient une double déconvenue: non seulement elle rate son bloc, mais le jonc qu'elle n'a jamais enlevé depuis qu'elle a convolé en justes épousailles disparaît de son doigt (May-Treanor, qui est pour sa part mariée avec le receveur des Marlins de la Floride Matt Treanor — il est moins bon qu'elle, n'ayant maintenu cette année une moyenne au bâton que de ,241 —, a appris très tôt de son père Bob May, membre de l'équipe nationale de volleyball des États-Unis en 1968, que les ongles longs et les bagues étaient proscrits lorsqu'on pratique ce sport). Or allez trouver un jonc dans 17 000 tonnes de sable. On fouille quelques secondes, mais pas question d'arrêter le match. Walsh finit la rencontre nu-main, et elle et May-Treanor remportent quand même leur 103e match consécutif.
À la fin du match, on met en place une équipe de recherche. On a recours à la vidéo au super-ralenti pour voir où s'est à peu près dirigée la bague et circonscrire le périmètre. Deux sortes de détecteurs de métal sont employés: celui qu'on vous passe le long du corps pour s'assurer que vous n'entrez pas dans le stade avec une batterie de couteaux de cuisine, et celui qu'utilisent les intellectuels qui cherchent des cennes noires sur la plage à Old Orchard. Après de longues recherches, le jonc est finalement retrouvé.
Le lendemain, le chercheur Song Zhendong a rapporté à Walsh son précieux bijou. Pour le remercier, elle lui a donné une collection d'épinglettes olympiques et une visière autographiée, mais ce que Zhendong semble avoir le plus apprécié, on l'a vu à NBC, est la petite tape sur les foufounes, conventionnelle en volleyball de plage où l'on a la foufoune épanouie et sans complexes, que Walsh lui a servie. Walsh qui joue toujours avec sa bague, désormais recouverte d'un bandage. Ne trouvez-vous pas que tout ça finit joliment bien?
Bon. On parlait de Michael Phelps, je pense. Phelps, donc, consomme 4000 calories par jour, le double de ce que le Guide alimentaire recommande pour vous et moi si nous voulons conserver notre taille de guêpe et nos pectoraux ciselés. Quand il va à l'un de ses restaurants préférés, près de chez lui à Baltimore — il déteste cuisiner —, la madame lui met quatre fois plus de dinde dans le sandwich à la dinde qu'il adore parce qu'un grand gars comme ça, il faut que ça mange. C'est ce que la madame a dit dans un document présenté par NBC, où l'on voit d'abord Phelps dormir près de son réveille-matin. Et c'est là une image puissante.
Car, selon le magazine Time auquel je suis abonné, Michael Phelps entretient une relation trouble avec le matin. «Je ne suis pas du tout, du tout un gars matinal, explique-t-il. Si j'ai un entraînement à 7h30, je me lève à 6h50.» Or NBC pourrait ici se sentir coupable (d'où la puissance de l'image). Car ayant versé deux milliards de beaux dollars pour les droits de diffusion des Jeux, le réseau s'est senti justifié d'exiger, et a obtenu, que plusieurs finales de natation soient disputées le matin à Pékin afin qu'elle puissent être présentées en direct en soirée, aux heures de grande écoute, aux États-Unis. Si Phelps échouait dans sa quête de huit médailles d'or, il ne dirait pas que c'est la faute des médias, mais on aimerait ça (qu'il le dise, pas qu'il échoue, il ne faut souhaiter du mal à personne même si on a hâte que ça soit fini).
Et puisque vous voulez tout savoir, voici le déroulement d'une journée type de Michael Phelps, telle que déterminée par ESPN. 6h30, lever. 7h, déjeuner à la cafétéria, oeufs et gruau. 8h, exercices pendant une demi-heure. 8h30, discussion avec son entraîneur. Réchauffement dans la piscine pendant 45 minutes. Enfilement de la combinaison LZR Racer, qui prend 20 minutes. Dix minutes de nage, puis il va dans l'antichambre des compétitions 15 minutes avant sa course. Course. Retour dans la piscine de réchauffement. Journalistes. Test antidopage. Lunch. Cérémonie de remise des médailles s'il y a lieu, et il y a souvent lieu. Sieste. Meeting d'équipe. Collation. Navette vers la piscine. Séance de réchauffement. Course. Journalistes. Test antidopage. Navette vers le village olympique. Repas. Dodo. Lever à 6h30. Et ainsi de suite tous les jours pendant une semaine.
Et il y a une autre chose que vous ne saviez pas de Michael Phelps.
Son chien ronfle.
**
Si toutes les gymnastes présentes aux Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin 2008 en Chine ont au moins 16 ans, comme le veut le règlement, j'en ai 212.
***
Une malencontreuse erreur de nature technique s'est glissée en position carpée à la faveur de l'obscurité dans la chronique d'hier. 10 460 353 203 est la puissance septième de 27, non de 18. Mes plates excuses aux nombres concernés de même qu'à tous ceux qui auraient donné l'information erronée dans une dégustation de petits fours et auraient conséquemment fait rire d'eux.
Par ailleurs, Mathématthieu nous informe que, «quand je mentionnais les nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur cube et de leur puissance septième, peut-être aurais-je dû ajouter qu'il s'agissait là des solutions non triviales, puisque j'ai exclu d'office 0 et 1 qui sont de façon évidente égaux à la somme des chiffres de n'importe quelle de leur puissance».
0 et 1. Comme dans nombre de médailles pour le Canada et nombre de médailles pour le Togo. Commencez-vous à avoir honte?
***
À l'intention des spectateurs des épreuves de sports équestres qui se déroulent à Hong Kong, apprend-on, les organisateurs des Jeux ont publié une plaquette d'information sous forme d'abécédaire. À la lettre Z, on retrouve le mot «zèbre», avec cette mention: «Les zèbres peuvent marcher, trotter ou galoper tout comme les chevaux. Mais ils sont considérés comme indressables, et n'ont donc pas leur place aux Jeux olympiques.»
En fait, selon des sources, le zèbre était un cheval comme les autres il y a 88 millions d'années. Mais il a décidé de se sauver dans la jungle pour de bon après qu'on eut tenté de le soumettre à une épreuve de dressage par équipes au son de la musique d'ABBA.
De fait, je me demandais pourquoi je fredonnais Dancing Queen depuis trois jours. J'ai d'abord pensé que, n'en pouvant plus d'attendre que Mats Sundin se branche, j'étais excessivement préoccupé par la Suède. Puis, en regardant du plongeon synchronisé féminin pour meubler sainement mon mardi après-midi alors que le temps était à l'orage, j'entendis Dancing Queen en fond de toile — à ne pas confondre avec la toile de fond —, et je me rendis compte que ça faisait au moins huit fois que la toune jouait, presque subliminalement, à la télé, tant au volleyball de plage qu'au Cube d'eau. Je fis dès lors mon eurêka personnel: si, pour reprendre l'expression de l'analyste de Radio-Canada, «les joueurs de water-polo croates portent tous la moustache, il semblent restés pris en 1972», il en allait de même pour les disc-jockeys olympiques. Où l'on voit qu'il est tout à fait possible de fabriquer du passé, contrairement à Alcan qui fabrique non seulement du foil mais aussi de l'avenir.
N'empêche que c'était du méchant bon stock, ABBA, même si personnellement je préfère Take a Chance on Me pour le rythme (http://tinyurl.com/ywcbqo) et, pour la romance, Fernando (http://tinyurl.com/28omhp) déclamé sous un ciel faussement étoilé au bord d'un feu de camp. Le dilemme demeurant par ailleurs, plus de 30 ans plus tard, total: Agnetha ou Frida? La blonde ou la brune?
Puisqu'il est question de volleyball de plage, une bonne histoire. Dimanche, les Américaines Kerri Walsh et Misty May-Treanor affrontaient le duo de Cuba. À un moment donné, Walsh saute au filet pour bloquer un smash adverse lorsque survient une double déconvenue: non seulement elle rate son bloc, mais le jonc qu'elle n'a jamais enlevé depuis qu'elle a convolé en justes épousailles disparaît de son doigt (May-Treanor, qui est pour sa part mariée avec le receveur des Marlins de la Floride Matt Treanor — il est moins bon qu'elle, n'ayant maintenu cette année une moyenne au bâton que de ,241 —, a appris très tôt de son père Bob May, membre de l'équipe nationale de volleyball des États-Unis en 1968, que les ongles longs et les bagues étaient proscrits lorsqu'on pratique ce sport). Or allez trouver un jonc dans 17 000 tonnes de sable. On fouille quelques secondes, mais pas question d'arrêter le match. Walsh finit la rencontre nu-main, et elle et May-Treanor remportent quand même leur 103e match consécutif.
À la fin du match, on met en place une équipe de recherche. On a recours à la vidéo au super-ralenti pour voir où s'est à peu près dirigée la bague et circonscrire le périmètre. Deux sortes de détecteurs de métal sont employés: celui qu'on vous passe le long du corps pour s'assurer que vous n'entrez pas dans le stade avec une batterie de couteaux de cuisine, et celui qu'utilisent les intellectuels qui cherchent des cennes noires sur la plage à Old Orchard. Après de longues recherches, le jonc est finalement retrouvé.
Le lendemain, le chercheur Song Zhendong a rapporté à Walsh son précieux bijou. Pour le remercier, elle lui a donné une collection d'épinglettes olympiques et une visière autographiée, mais ce que Zhendong semble avoir le plus apprécié, on l'a vu à NBC, est la petite tape sur les foufounes, conventionnelle en volleyball de plage où l'on a la foufoune épanouie et sans complexes, que Walsh lui a servie. Walsh qui joue toujours avec sa bague, désormais recouverte d'un bandage. Ne trouvez-vous pas que tout ça finit joliment bien?
Bon. On parlait de Michael Phelps, je pense. Phelps, donc, consomme 4000 calories par jour, le double de ce que le Guide alimentaire recommande pour vous et moi si nous voulons conserver notre taille de guêpe et nos pectoraux ciselés. Quand il va à l'un de ses restaurants préférés, près de chez lui à Baltimore — il déteste cuisiner —, la madame lui met quatre fois plus de dinde dans le sandwich à la dinde qu'il adore parce qu'un grand gars comme ça, il faut que ça mange. C'est ce que la madame a dit dans un document présenté par NBC, où l'on voit d'abord Phelps dormir près de son réveille-matin. Et c'est là une image puissante.
Car, selon le magazine Time auquel je suis abonné, Michael Phelps entretient une relation trouble avec le matin. «Je ne suis pas du tout, du tout un gars matinal, explique-t-il. Si j'ai un entraînement à 7h30, je me lève à 6h50.» Or NBC pourrait ici se sentir coupable (d'où la puissance de l'image). Car ayant versé deux milliards de beaux dollars pour les droits de diffusion des Jeux, le réseau s'est senti justifié d'exiger, et a obtenu, que plusieurs finales de natation soient disputées le matin à Pékin afin qu'elle puissent être présentées en direct en soirée, aux heures de grande écoute, aux États-Unis. Si Phelps échouait dans sa quête de huit médailles d'or, il ne dirait pas que c'est la faute des médias, mais on aimerait ça (qu'il le dise, pas qu'il échoue, il ne faut souhaiter du mal à personne même si on a hâte que ça soit fini).
Et puisque vous voulez tout savoir, voici le déroulement d'une journée type de Michael Phelps, telle que déterminée par ESPN. 6h30, lever. 7h, déjeuner à la cafétéria, oeufs et gruau. 8h, exercices pendant une demi-heure. 8h30, discussion avec son entraîneur. Réchauffement dans la piscine pendant 45 minutes. Enfilement de la combinaison LZR Racer, qui prend 20 minutes. Dix minutes de nage, puis il va dans l'antichambre des compétitions 15 minutes avant sa course. Course. Retour dans la piscine de réchauffement. Journalistes. Test antidopage. Lunch. Cérémonie de remise des médailles s'il y a lieu, et il y a souvent lieu. Sieste. Meeting d'équipe. Collation. Navette vers la piscine. Séance de réchauffement. Course. Journalistes. Test antidopage. Navette vers le village olympique. Repas. Dodo. Lever à 6h30. Et ainsi de suite tous les jours pendant une semaine.
Et il y a une autre chose que vous ne saviez pas de Michael Phelps.
Son chien ronfle.
**
Si toutes les gymnastes présentes aux Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin 2008 en Chine ont au moins 16 ans, comme le veut le règlement, j'en ai 212.
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Une malencontreuse erreur de nature technique s'est glissée en position carpée à la faveur de l'obscurité dans la chronique d'hier. 10 460 353 203 est la puissance septième de 27, non de 18. Mes plates excuses aux nombres concernés de même qu'à tous ceux qui auraient donné l'information erronée dans une dégustation de petits fours et auraient conséquemment fait rire d'eux.
Par ailleurs, Mathématthieu nous informe que, «quand je mentionnais les nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur cube et de leur puissance septième, peut-être aurais-je dû ajouter qu'il s'agissait là des solutions non triviales, puisque j'ai exclu d'office 0 et 1 qui sont de façon évidente égaux à la somme des chiffres de n'importe quelle de leur puissance».
0 et 1. Comme dans nombre de médailles pour le Canada et nombre de médailles pour le Togo. Commencez-vous à avoir honte?
***
À l'intention des spectateurs des épreuves de sports équestres qui se déroulent à Hong Kong, apprend-on, les organisateurs des Jeux ont publié une plaquette d'information sous forme d'abécédaire. À la lettre Z, on retrouve le mot «zèbre», avec cette mention: «Les zèbres peuvent marcher, trotter ou galoper tout comme les chevaux. Mais ils sont considérés comme indressables, et n'ont donc pas leur place aux Jeux olympiques.»
En fait, selon des sources, le zèbre était un cheval comme les autres il y a 88 millions d'années. Mais il a décidé de se sauver dans la jungle pour de bon après qu'on eut tenté de le soumettre à une épreuve de dressage par équipes au son de la musique d'ABBA.
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