Hors-jeux - Avancez en arrière
Depuis le début des épreuves de natation à Pékin, des records sont établis de manière routinière. En plus de récolter sa troisième médaille d’or — au 200 mètres style libre — l’Américain Michael Phelps en a pulvérisé deux hier, dont
Quel bruit fait un record du monde qui tombe quand la personne qui l'écoute est en train de bâiller profondément? Faites le test: bâillez pendant que quelqu'un vous parle. Non seulement vous aurez la paix parce que ce quelqu'un s'en trouvera insulté et ne vous adressera plus la parole, mais vous n'auriez rien entendu et devrez lui demander de répéter.
À la natation olympique, pas de problème. L'ennui a induit en vous une distraction qui vous a fait rater l'établissement d'une meilleure marque de tous les temps? Attendez 30 secondes, un autre record historique chutera. (Historique, au sens où il tient depuis plus de 12 heures. Simplement parce qu'il n'y avait pas d'épreuves dans les 12 dernières heures.) Des records sont même établis de manière routinière dans les qualifications. Vous dire, c'était bien mieux dans le temps, quand les records du monde suscitaient des festivités dans les chaumières et qu'on en virait une maudite à la santé de Ben Johnson.
Remarquez, cela ne signifie pas qu'on n'a pas droit à de la grosse nage. La finale du relais 4 x 100 mètres masculin, dimanche soir chez nous, lundi matin à Pékin et jeudi prochain pour ceux qui préfèrent les reprises, était une authentique pièce d'anthologie. Mais «record mondial» hurlé à la cantonade? Après l'avoir entendu 326 fois, on a presque hâte de se faire dire qu'on vient d'assister à la course la plus lente depuis la belle époque où ils nageaient avec des costumes de bain en laine.
Et le plus drôle reste que si cela se produisait dans presque toutes les autres disciplines, le peuple crierait «Drogue! Drogue! Drogue!» et irait regarder Canal Vie. Mais en natation, la combinaison révolutionnaire qui permet de reproduire les régates de Valleyfield en piscine et la configuration du bassin semblent expliquer tout à la satisfaction de tout le monde.
Ça doit être l'eau qui rend propre. Avez-vous entendu quiconque se plaindre de la qualité de l'eau à Pékin? Vous voyez bien.
***
Vous me connaissez un peu depuis le temps, généralement d'humeur badine mais toujours introspectif. Aussi quand, regardant un peu de boxe à Radio-Canada pour me changer les idées, j'entendis «Selimov tire de l'arrière devant Lomachenko», je m'interpellai sur-le-champ dans mon Dave Ford intérieur — qui, lui, fait du kayak en eaux vives, et croyez-moi, si votre Ford intérieur fait aussi du kayak en eaux vives, il est préférable que vous évitiez avant de concourir d'ingérer des crottes de fromage accompagnées de crème de menthe verte —, oui, je m'interpellai: ben voyons donc, comment est-il possible de tirer de l'arrière devant quelqu'un?
Ça faisait quatre heures que j'y pensais sans arrêt, sur le point d'en causer à mon psy, lorsqu'enfin je compris: l'aviron, hé patate. Où notre huit messieurs canadien s'est qualifié hier pour la finale de dimanche.
En aviron, ils ont l'air comme ça d'avancer très vite, mais au fond, ce n'est qu'illusion d'optique. En fait, ils reculent. Ils reculent tous, sauf le barreur, mais le barreur ne compte pas parce qu'il est juste là pour se laisser traîner et engueuler ceux qui ne rament pas assez vite. Les autres, par un prodige de la physique moderne, avancent vers l'arrière. N'est-ce pas, comment dire, incroyable?
C'est donc dire que les embarcations qui tirent de l'arrière sont situées devant celles qui mènent, que l'arrière du bateau arrive en premier, que ceux qui mènent tout du long ne peuvent pas dire qu'ils n'ont jamais regardé en arrière, qu'il faut surveiller ses avants et que la victoire en aviron nécessite beaucoup de recul.
Il paraît d'ailleurs que les médailles remises aux avironneurs ont le revers sur le côte face et l'envers au dos. Enfin, c'est très compliqué.
***
Il est beaucoup question du chiffre 8 au cours de ces Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine. Il s'agit du nombre de médailles d'or après lesquelles court Michael Phelps, on le saura, il s'agit du nombre de couloirs qu'on retrouve en natation et en athlétisme, il s'agit aussi du numéro que portait Yogi Berra, qui s'y connaît en arithmétique appliquée et qui a déjà déclaré que «le baseball est à 90 % mental, et l'autre moitié est physique». Yogi Berra n'a rien à voir avec les Jeux olympiques, mais le mental, alors là énormément, à ce qu'on peut entendre un peu partout.
Et les cérémonies d'ouverture ont démarré à 8 heures du soir le 08-08-08. (Ces Jeux, en passant, sont les huitièmes d'été depuis que la Chine a réintégré le mouvement olympique. Certes, on vous racontera que les Chinois sont arrivés pour de bon en 1984, mais le pays avait officiellement été réadmis à l'ombre des cinq anneaux en 1979, et il s'est joint au boycott occidental des Jeux de Moscou, en 1980. Ceci pour dire qu'il ne faut pas croire tout ce qu'on vous raconte, sauf dans cette rubrique.) Dans la culture chinoise, le 8 serait signe de prospérité. Plusieurs personnes sont même disposées à déverser des frais supplémentaires pour en avoir un dans leur numéro de téléphone ou leur plaque d'immatriculation.
Évidemment, sans vouloir manquer de respect, fadaises et billevesées que tout ça. Les chiffres chanceux ou malchanceux n'existent que dans la tête de l'humain assoiffé de sens et qui croit en trouver là où il n'y en a pas. Rien n'a de sens, messieurs dames, sinon notre Canada ne serait pas penaud avec pas de médailles encore. Remarquez, ça n'a pas empêché la Chine d'enregistrer un sérieux record parasportif: selon des statistiques officielles, vendredi, le 08-08-08, 314 224 couples s'y sont mariés. On observera d'ailleurs ici que si rien n'a de sens, rien n'est non plus innocent et toute est dans toute, et que si l'on fait l'addition des trois premiers chiffres de ce nombre, ça donne 8, et des trois derniers, ça donne 8 aussi, et que si vous divisez 314 224 par 8, ça donne 39 278, dont l'addition des chiffres donne 29, comme dans XXIXe olympiade. Hé, voilà le genre d'exercice auquel vous vous livrez malgré vous quand vous venez de regarder huit heures consécutives de compétitions à la télé sans même être allé voir qu'il n'y a rien dans le frigo parce que vous passez votre temps à regarder des compétitions à la télé.
Toujours est-il que les Jeux olympiques provoquent inévitablement une orgie de chiffres et que, ne reculant devant aucune dépense, Hors-Jeux a embauché un expert bénévole pour nous emmener plus loin dans cet univers que Charles Tisseyre n'hésiterait pas à qualifier de fascinant, j'ai nommé Mathématthieu, complice de longue date, expert ès chiffres en résidence et esprit toujours fiévreusement volontaire pour un calcul tordu qui nous enrichira épisodiquement.
Or huit, nous informe-t-il, «est le plus petit des cinq nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur cube. En effet, le cube de 8 est 512, et 5 + 1 + 2 = 8. Les autres nombres ayant cette propriété sont 17, 18, 26 et 27 et il est amusant de constater que parmi ces nombres, deux, à savoir 8 et 27, sont eux-mêmes des cubes». J'ajouterai: tout cela alors que le Cube d'eau, où se déroulent les épreuves de natation et de plongeon, n'a que six faces, et encore si on compte le plancher qui n'est au mieux qu'une face cachée.
Par ailleurs, «il existe exactement huit nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur puissance septième: 18, 27, 31, 34, 43, 53, 58 et 68. À titre d'illustration, la puissance septième de 18 est 10 460 353 203, et la somme de ces chiffres est bien 27. Pour relancer avec éclat une discussion qui tombe à plat dans un coquetel dînatoire, on peut donc faire remarquer que 18 et 27 sont à la fois la somme des chiffres de leur cube et de leur puissance septième».
Si cet exposé vous a épuisés, vous avez le droit d'aller faire un tour au frigo. Il doit y avoir quelque chose dedans. Vous ne passez pas votre temps à regarder les Jeux olympiques, vous. Vous êtes normaux, vous.
***
Voyez qu'au fond, les maths, c'est facile. Un analyste du réseau NBC nous expliquait comment on compte les points en gymnastique. On prend 10, puis «on soustrait les déductions». Hé ben.
À la natation olympique, pas de problème. L'ennui a induit en vous une distraction qui vous a fait rater l'établissement d'une meilleure marque de tous les temps? Attendez 30 secondes, un autre record historique chutera. (Historique, au sens où il tient depuis plus de 12 heures. Simplement parce qu'il n'y avait pas d'épreuves dans les 12 dernières heures.) Des records sont même établis de manière routinière dans les qualifications. Vous dire, c'était bien mieux dans le temps, quand les records du monde suscitaient des festivités dans les chaumières et qu'on en virait une maudite à la santé de Ben Johnson.
Remarquez, cela ne signifie pas qu'on n'a pas droit à de la grosse nage. La finale du relais 4 x 100 mètres masculin, dimanche soir chez nous, lundi matin à Pékin et jeudi prochain pour ceux qui préfèrent les reprises, était une authentique pièce d'anthologie. Mais «record mondial» hurlé à la cantonade? Après l'avoir entendu 326 fois, on a presque hâte de se faire dire qu'on vient d'assister à la course la plus lente depuis la belle époque où ils nageaient avec des costumes de bain en laine.
Et le plus drôle reste que si cela se produisait dans presque toutes les autres disciplines, le peuple crierait «Drogue! Drogue! Drogue!» et irait regarder Canal Vie. Mais en natation, la combinaison révolutionnaire qui permet de reproduire les régates de Valleyfield en piscine et la configuration du bassin semblent expliquer tout à la satisfaction de tout le monde.
Ça doit être l'eau qui rend propre. Avez-vous entendu quiconque se plaindre de la qualité de l'eau à Pékin? Vous voyez bien.
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Vous me connaissez un peu depuis le temps, généralement d'humeur badine mais toujours introspectif. Aussi quand, regardant un peu de boxe à Radio-Canada pour me changer les idées, j'entendis «Selimov tire de l'arrière devant Lomachenko», je m'interpellai sur-le-champ dans mon Dave Ford intérieur — qui, lui, fait du kayak en eaux vives, et croyez-moi, si votre Ford intérieur fait aussi du kayak en eaux vives, il est préférable que vous évitiez avant de concourir d'ingérer des crottes de fromage accompagnées de crème de menthe verte —, oui, je m'interpellai: ben voyons donc, comment est-il possible de tirer de l'arrière devant quelqu'un?
Ça faisait quatre heures que j'y pensais sans arrêt, sur le point d'en causer à mon psy, lorsqu'enfin je compris: l'aviron, hé patate. Où notre huit messieurs canadien s'est qualifié hier pour la finale de dimanche.
En aviron, ils ont l'air comme ça d'avancer très vite, mais au fond, ce n'est qu'illusion d'optique. En fait, ils reculent. Ils reculent tous, sauf le barreur, mais le barreur ne compte pas parce qu'il est juste là pour se laisser traîner et engueuler ceux qui ne rament pas assez vite. Les autres, par un prodige de la physique moderne, avancent vers l'arrière. N'est-ce pas, comment dire, incroyable?
C'est donc dire que les embarcations qui tirent de l'arrière sont situées devant celles qui mènent, que l'arrière du bateau arrive en premier, que ceux qui mènent tout du long ne peuvent pas dire qu'ils n'ont jamais regardé en arrière, qu'il faut surveiller ses avants et que la victoire en aviron nécessite beaucoup de recul.
Il paraît d'ailleurs que les médailles remises aux avironneurs ont le revers sur le côte face et l'envers au dos. Enfin, c'est très compliqué.
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Il est beaucoup question du chiffre 8 au cours de ces Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine. Il s'agit du nombre de médailles d'or après lesquelles court Michael Phelps, on le saura, il s'agit du nombre de couloirs qu'on retrouve en natation et en athlétisme, il s'agit aussi du numéro que portait Yogi Berra, qui s'y connaît en arithmétique appliquée et qui a déjà déclaré que «le baseball est à 90 % mental, et l'autre moitié est physique». Yogi Berra n'a rien à voir avec les Jeux olympiques, mais le mental, alors là énormément, à ce qu'on peut entendre un peu partout.
Et les cérémonies d'ouverture ont démarré à 8 heures du soir le 08-08-08. (Ces Jeux, en passant, sont les huitièmes d'été depuis que la Chine a réintégré le mouvement olympique. Certes, on vous racontera que les Chinois sont arrivés pour de bon en 1984, mais le pays avait officiellement été réadmis à l'ombre des cinq anneaux en 1979, et il s'est joint au boycott occidental des Jeux de Moscou, en 1980. Ceci pour dire qu'il ne faut pas croire tout ce qu'on vous raconte, sauf dans cette rubrique.) Dans la culture chinoise, le 8 serait signe de prospérité. Plusieurs personnes sont même disposées à déverser des frais supplémentaires pour en avoir un dans leur numéro de téléphone ou leur plaque d'immatriculation.
Évidemment, sans vouloir manquer de respect, fadaises et billevesées que tout ça. Les chiffres chanceux ou malchanceux n'existent que dans la tête de l'humain assoiffé de sens et qui croit en trouver là où il n'y en a pas. Rien n'a de sens, messieurs dames, sinon notre Canada ne serait pas penaud avec pas de médailles encore. Remarquez, ça n'a pas empêché la Chine d'enregistrer un sérieux record parasportif: selon des statistiques officielles, vendredi, le 08-08-08, 314 224 couples s'y sont mariés. On observera d'ailleurs ici que si rien n'a de sens, rien n'est non plus innocent et toute est dans toute, et que si l'on fait l'addition des trois premiers chiffres de ce nombre, ça donne 8, et des trois derniers, ça donne 8 aussi, et que si vous divisez 314 224 par 8, ça donne 39 278, dont l'addition des chiffres donne 29, comme dans XXIXe olympiade. Hé, voilà le genre d'exercice auquel vous vous livrez malgré vous quand vous venez de regarder huit heures consécutives de compétitions à la télé sans même être allé voir qu'il n'y a rien dans le frigo parce que vous passez votre temps à regarder des compétitions à la télé.
Toujours est-il que les Jeux olympiques provoquent inévitablement une orgie de chiffres et que, ne reculant devant aucune dépense, Hors-Jeux a embauché un expert bénévole pour nous emmener plus loin dans cet univers que Charles Tisseyre n'hésiterait pas à qualifier de fascinant, j'ai nommé Mathématthieu, complice de longue date, expert ès chiffres en résidence et esprit toujours fiévreusement volontaire pour un calcul tordu qui nous enrichira épisodiquement.
Or huit, nous informe-t-il, «est le plus petit des cinq nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur cube. En effet, le cube de 8 est 512, et 5 + 1 + 2 = 8. Les autres nombres ayant cette propriété sont 17, 18, 26 et 27 et il est amusant de constater que parmi ces nombres, deux, à savoir 8 et 27, sont eux-mêmes des cubes». J'ajouterai: tout cela alors que le Cube d'eau, où se déroulent les épreuves de natation et de plongeon, n'a que six faces, et encore si on compte le plancher qui n'est au mieux qu'une face cachée.
Par ailleurs, «il existe exactement huit nombres qui sont égaux à la somme des chiffres de leur puissance septième: 18, 27, 31, 34, 43, 53, 58 et 68. À titre d'illustration, la puissance septième de 18 est 10 460 353 203, et la somme de ces chiffres est bien 27. Pour relancer avec éclat une discussion qui tombe à plat dans un coquetel dînatoire, on peut donc faire remarquer que 18 et 27 sont à la fois la somme des chiffres de leur cube et de leur puissance septième».
Si cet exposé vous a épuisés, vous avez le droit d'aller faire un tour au frigo. Il doit y avoir quelque chose dedans. Vous ne passez pas votre temps à regarder les Jeux olympiques, vous. Vous êtes normaux, vous.
***
Voyez qu'au fond, les maths, c'est facile. Un analyste du réseau NBC nous expliquait comment on compte les points en gymnastique. On prend 10, puis «on soustrait les déductions». Hé ben.
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