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Triathlon - Trois pour le prix d'un

Jean Dion   2 août 2008  Sports
Vendredi prochain, les XXIXes Jeux olympiques d'été se mettront en branle à Pékin. Ces dernières semaines, nous avons présenté des portraits d'athlètes québécois qui y participeront. Des parcours originaux, des personnalités déterminées, des espoirs minutieusement entretenus. Aujourd'hui, dernier article de la série: Kathy Tremblay, triathlon.

Elle dit cela de la manière la plus banale, au détour d'une phrase: «Quand j'ai eu 12 ans, j'ai eu besoin d'un nouveau défi.» On l'interrompt aussitôt: pardon, mademoiselle? Un nouveau défi? À 12 ans? C'est pas un peu tôt pour parler comme les grands bonzes des affaires ou de la politique? «Je suis une fille qui aime le changement, répond Kathy Tremblay. Quand j'étais plus jeune, je virais tout de bord dans ma chambre tous les mois.» Mais malgré cette tendance à la bougeotte, il y a une constante dans sa vie: le désir d'aller aux Jeux olympiques. «Je regardais la natation lorsque j'étais petite et, quand quelqu'un montait sur le podium, j'en avais des frissons. Je pleurais avec eux. Ç'a toujours été quelque chose que j'ai anticipé. La première course que j'ai faite en triathlon, je l'ai gagnée, et je me suis dit: "Ça y est, je peux entretenir le rêve."»

Or, le 18 août, sur le quai du réservoir des tombeaux Ming, dans le district de Chingpang situé à une heure de Pékin, ce ne sera plus un rêve. L'athlète petit format (5 pieds 2 pouces, 106 livres) s'élancera avec une cinquantaine d'autres participantes pour disputer l'une des épreuves les plus exigeantes du programme olympique.

En fait, quand elle parle de nouveau défi, c'est que Kathy Tremblay avait commencé à faire de la natation dès l'âge de quatre ans. Compétitions provinciales, quelques titres de club. Des années plus tard, «à un moment, je me suis tannée de faire des longueurs dans une piscine. Je trouvais ça... long», raconte-t-elle par un samedi matin de juillet, justement au sortir de la piscine du centre sportif de Dollard-des-Ormeaux où elle vient de se taper des dizaines de longueurs sous l'oeil expert de Marc Beaudry, l'un de ses entraîneurs. Elle découvre alors le triathlon. «J'étais une nageuse, mais j'étais surtout une petite fille qui courait partout. Ç'a été le coup de foudre.»

Le triathlon, qui n'était pas inscrit aux JO à l'époque mais le fut à partir de Sydney 2000, consiste en un enchaînement épuisant même sur sa distance olympique: 1,5 kilomètre de nage en eaux libres, puis on enfourche le vélo pour 40 km et on n'en descend que pour se taper 10 km de course à pied. Le parcours se négocie en un peu plus de deux heures chez les dames. Trois sports pour le prix d'un, mais quel prix...

Et la discipline a la réputation de ne pas faire de cadeaux à ceux qui la pratiquent. Si des nageurs classiques ont dit ressentir un effet «machine à laver» lorsqu'ils occupent un corridor adjacent à celui d'un puissant concurrent, imaginons ce qui se passe lorsqu'ils plongent à cinquante en même temps et se disputent le même espace. «Il y a des virages en épingle autour de bouées, et ça crée un effet d'entonnoir, dit Tremblay. Et, oui, ça joue cochon. Ça se cale, ça se donne des coups de poing sur la baboune.»

«Cette fois, il y aura des caméras situées à proximité des bouées, et les juges pourront imposer des disqualifications. Ça devrait être plus "politiquement correct". Mais en même temps, ça fait partie de la "game". C'est comme ça que ça se passe. T'as juste à nager plus vite si tu ne veux pas être dans le trafic...»

Elle en avait donc marre de la seule natation mais tenait à continuer à en faire, ne serait-ce que pour cette sensation sans pareille «des bras qui embrassent l'eau». Avec le triathlon, elle a diversifié le processus. «Je trouve ça génial parce que tu pratiques dehors la majorité du temps. À vélo, tu peux t'entraîner partout. Tu peux rouler à un endroit différent chaque jour. Tu peux courir dans les bois, surtout quand il pleut, il n'y a personne. Tu es seule au monde, tu peux entrer dans ta bulle et te concentrer sur plein de trucs. Le sport, c'est plus que des performances physiques. Tu grandis à tous les niveaux là-dedans. J'adore la nature. J'ai hâte d'avoir ma petite maison en bois rond; j'irai courir en arrière de chez moi», dit-elle avec entrain.

Et de l'entrain, elle n'en manque pas. Voilà une jeune femme qui, de toute évidence, sait où elle s'en va. Elle possède son propre site Web. Elle conduit une voiture sur laquelle sont reproduits son nom, sa photo et les logos des commanditaires qu'elle a patiemment dénichés. Elle a décroché un certificat universitaire en relations publiques et, visiblement, sait y faire. Elle veut démarrer sa propre entreprise mais, vu son horaire d'entraînement chargé, nourrit le projet de débuter comme conférencière. «Mes parents, explique-t-elle, m'ont donné de belles valeurs, et l'une de ces valeurs essentielles est de finir ce qu'on commence. D'aller jusqu'au bout, de faire tout ce qui est possible, je le leur dois. Eux aussi ont fait des sacrifices. Ce sont eux qui se sont levés le matin pour m'emmener à la piscine. Ce sont eux qui m'ont ouvert les portes. Quand tu es jeune, tu ne connais rien. Ce sont eux qui m'ont appris. Ça s'appelle l'éducation.»

L'obtention du billet pour Pékin n'a cependant pas été de tout repos. En juin dernier, lors des championnats du monde à Vancouver, Kathy devait terminer dans les huit premiers rangs pour décrocher automatiquement sa qualification olympique. Dans des conditions climatiques affreuses — 13 degrés Celsius, eau à 10 °C —, «j'ai sauté à sept kilomètres de la fin», dit-elle, façon de dire qu'elle a manqué de jus. Résultat: 21e place. Mais comme elle est la meilleure triathlonienne au pays et qu'elle avait fait ses preuves avec d'excellents résultats plus tôt en 2008, elle a bénéficié d'un choix discrétionnaire de Triathlon Canada. «Et je le mérite», lance-t-elle sans fausse modestie, tout en reconnaissant qu'elle doit «travailler sur [s]on vélo», son point faible.

Les Jeux olympiques étant une affaire collective dans la famille Tremblay, ce sera donc cap sur la Chine non seulement pour l'athlète, mais aussi pour son père, sa mère, sa soeur et son copain. Nerveuse, la dame de 26 ans? «Non. Vraiment excitée. Ça fait tellement longtemps que je les vois [les Jeux] dans ma tête. Je suis vraiment prête. C'est comme un examen à l'école. Si tu as fait le party pendant toute la semaine, tu as le droit d'être stressé parce que tu vas peut-être te planter. Moi, j'ai étudié avant mon examen. J'ai fait tout ce que j'avais à faire. J'ai fait mes devoirs. J'ai toutes les raisons de réussir.»

Native de Québec, maintenant Montréalaise, Kathy Tremblay assure qu'elle ne s'en va pas «faire la touriste» à Pékin. «Je m'en vais là-bas pour faire la meilleure performance de ma vie. Je peux vous surprendre. Un top 10 serait réaliste, un podium, c'est dans mon coeur», dit-elle en rappelant que Simon Whitfield, le Canadien qui avait arraché l'or à Sydney, n'avait jamais jusque-là figuré parmi les 10 premiers en compétition internationale. «Je dis qu'avec un top 10 je serais contente, mais tant que je n'aurai pas fait un podium, je ne serai pas satisfaite. Tant que je n'y monterai pas, je vais continuer à me lever tous les matins pour faire ce que je fais.» En fait, poursuivra-t-elle presque sur le ton de la confidence, l'objectif était d'aller à Pékin, mais il ne s'agirait que, disons, d'un aboutissement provisoire. «Une médaille pour 2012», glisse-t-elle.

Car le trajet ne sera pas terminé, loin s'en faut. «Ce que j'aime dans le triathlon, c'est que, si c'était si facile, tout le monde pourrait le faire. Mais il y a le défi de te pousser jusqu'à la dernière limite. C'est comme le boxeur qui monte sur le ring: il a peur mais il a hâte en même temps. On va chercher quelque chose. Ce goût de victoire-là, c'est une drogue puissante.»






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