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Tour de France - Encore un nouveau départ

Guillaume Bourgault-Côté   5 juillet 2008  Sports
Chaque année c'est la même chose: le Tour de France s'amorce avec son lot de promesses de pédaler propre. Mais toujours, les gendarmes débarquent et volent la vedette aux rouleurs de gros braquets et aux grimpeurs de cols. La 95e édition débute aujourd'hui, sans le maillot jaune 2007: portrait de situation.

Ce fut l'an dernier un Tour de France ardu pour les rois de la petite reine. Un Tour «qui a fait mal au cyclisme», avoue Louis Bertrand, vieux routier du vélo et analyste de l'épreuve à Canal Évasion. On s'en souvient: Michael Rasmussen, le «poulet» devenu fort comme un boeuf, ou Alexander Vinokourov, le Kazakh au sang louche comme tout. Les deux évincés dans la honte.

Plusieurs avaient appelé à l'arrêt du Tour. Le journal Libération encourageait en dérision la célèbre «lanterne rouge», surnom donné au dernier coureur du peloton. Il avait près de trois heures 45 minutes de retard sur le meneur. «Tiens bon, écrivait Libé: moins vite!»

Moins vite parce que même le président de la société organisatrice du Tour (ASO) reconnaissait que, dans ce peloton, «il y a malheureusement présomption de culpabilité» envers tous les coureurs performants.

Il faut dire que l'exemple vient d'en haut. Depuis 12 ans, le Tour n'a pas connu un seul grand vainqueur qui n'ait eu dans le sillage de ses rayons des soupçons de dopage. Bjarne Riis (1996), Jan Ullrich (1997) et Marco Pantani (1998) roulaient avec des suppléments vitaminés dans leurs gourdes. Ils ont tous été pincés un jour ou l'autre.

Gagnant entre 1999 et 2005, Lance Armstrong avait le profil du cycliste parfait. Grand grimpeur, excellent rouleur, brillant tacticien, il donnait l'impression de pouvoir supporter toutes les souffrances, en danseuse dans les montagnes. Mais voilà: il roulait à l'EPO lui aussi, du moins en 1999 (révélations de L'Équipe, en août 2005).

Son successeur, Floyd Landis (2006), s'est quant à lui fait prendre avec un taux exubérant de testostérone. Et le champion en titre, Alberto Contador, ne peut pas prendre le départ cette année: sa nouvelle équipe, Astana, a été interdite de course à cause de son lourd passé en matière de dopage.

C'est la deuxième fois en trois ans que Contador ne peut entamer le Tour, puisque son nom avait été mentionné dans l'affaire Puerto. En bref: le jaune est un maillot souillé.

On continue

Cela dit, le Tour reprend la route de la France ce matin... malgré tout, et pour tout. Les commanditaires — dont on disait l'an dernier qu'ils en avaient ras le bol — sont encore présents. Quelques-uns sont partis, d'autres sont arrivés. Les deux chaînes de télévision allemandes qui avaient décidé de boycotter le Tour 2007 sont elles aussi revenues. Tout continue comme avant, et on refait les mêmes promesses.

Ainsi, le patron du Tour, Christian Prudhomme, indiquait hier à l'Associated Press qu'«il y a un vrai changement de mentalité chez les équipes, les coureurs, pour que le cyclisme retrouve sa crédibilité. [...] Sans aucun doute, c'est une année importante pour l'image du cyclisme».

Peut-on s'attendre pour autant à un Tour tranquille? Le journaliste français François Thomazeau ne sait plus quoi répondre à cette question qui revient chaque année depuis qu'a éclaté l'affaire Festina, en 1998. «Cette course nous en fait voir de toutes les couleurs depuis si longtemps», dit celui qui entame sa 19e couverture du Tour aujourd'hui.

«Chaque fois qu'on pense avoir atteint le fond, il se passe quelque chose de rocambolesque. Ça m'étonnerait donc qu'il ne se passe rien, mais quoi?» Chose certaine, pas un gros scandale, estime-t-il. «Personne n'y a intérêt.»

François Thomazeau sait toutefois que plusieurs enquêtes hors Tour aboutissent justement durant la Grande Boucle, «là où tout est amplifié». «Alors, on verra certainement des petites histoires prendre de l'ampleur», anticipe le journaliste.

Mais rien pour forcer les cyclistes à mettre pied à terre. «C'est impossible que ça arrive, dit Louis Bertrand. Le Tour est trop gros, trop important financièrement et sportivement.»

Et trop beau, aussi, avec ses passages dans des cols alpestres suspendus dans le vide, ces champs de tournesols qui éclairent le parcours, ses drames et ses victoires hors normes.

«Je sais ce qui se passe dans le peloton, dit M. Bertrand. Personne n'est dupe. Mais c'est un sport qui procure tellement de frissons, de grands moments. C'est un téléroman dont on écrit un nouvel épisode tous les jours. Parfois, c'est ennuyant pendant trois heures, et subitement la course explose. Je ne peux pas m'empêcher d'aimer ça passionnément.»

Il n'est pas le seul: sur la route du Tour, le public reste présent. «Il y a peut-être une certaine désaffection, mais ce n'est pas majeur», évalue Louis Bertrand.

L'année d'Evans?

Ce public qui viendra voir passer la caravane du Tour aura droit à une course très ouverte cette année, croit par ailleurs M. Bertrand. Alberto Contador absent, les prétendants sont nombreux. Premier favori: Cadel Evans, qui a terminé l'an dernier à 23 petites secondes du vainqueur. Coureur complet, Evans a aussi la particularité de n'avoir jamais été soupçonné de quoi que ce soit de louche. Un fait rare dans le peloton.

Sinon, Denis Menchov, Alejandro Valverde et Carlos Sastre pourraient surprendre, dit-il. Ce sera en tout cas un Tour qui avantagera les grimpeurs, avec moins de kilomètres en contre-la-montre et plus en montagne. Les deux premières étapes ont d'ailleurs été conçues pour éviter les arrivées trop massives.

Mais faire ici des pronostics est chose bien périlleuse: il suffit d'une mauvaise chute, d'une tendinite ou d'une crevaison inopportune pour que les cartes s'embrouillent complètement. Et s'il faut que les gendarmes s'en mêlent en plus...






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Vos réactions

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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 5 juillet 2008 08h38
    A Québec?
    « Dire que le départ aurait pu avoir eu lieu sur la Grande-Allée... »

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