Une culture massive du dopage au baseball
Photo : Agence Reuters
Ce sont plus de 80 joueurs actuels et passés qui sont montrés du doigt par le rapport Mitchell, dont le lanceur québécois Éric Gagné.
Mis à mal par les démêlés judiciaires impliquant quelques-uns de ses joueurs et leurs accointances avec le laboratoire californien BALCO, fabricant de substances dopantes illicites, le baseball majeur a institué il y a bientôt deux ans une enquête indépendante sur l'usage de stéroïdes en son sein. Le rapport de cette enquête, implacable, a été déposé hier. Fait saillant: de très gros noms y sont mentionnés.
On savait déjà en ce qui concerne Jason Giambi, Jose Canseco et David Segui: ils avaient avoué. On avait de sérieux doutes à propos de Barry Bonds et Mark McGwire, dont les dénégations faisaient bien peu le poids devant des transformations physiques ahurissantes. Or voici que la liste des joueurs qui ont eu recours à des substances illicites pendant ce qu'il convient d'appeler «l'ère des stéroïdes» dans le baseball majeur comprend désormais des noms aussi prestigieux que ceux de Roger Clemens, Miguel Tejada, Gary Sheffield, Andy Pettitte et Nomar Garciaparra.
Ainsi qu'Éric Gagné.
Dans un rapport très attendu rendu public hier au terme de 20 mois d'investigation, l'ancien sénateur du Maine (et maintenant membre de la direction des Red Sox de Boston) George Mitchell, enquêteur spécial nommé par le commissaire des ligues majeures Bud Selig, évoque un «usage illégal répandu de stéroïdes anabolisants et d'autres substances visant à améliorer la performance», notamment l'hormone de croissance humaine, au cours de la dernière douzaine d'années au sein du baseball majeur. Il s'agit, peut-on lire, d'«un problème sérieux» qui «désavantage de façon injuste les athlètes honnêtes qui refusent d'avoir recours à des pratiques illégales» et «met en doute la validité de tous les records établis» et de toutes les statistiques accumulées. «Le dopage pose une menace sérieuse à l'intégrité du jeu», dit le rapport, qui fait plus de 400 pages.
En somme, le baseball a prêté le flanc à une véritable culture intensive du dopage à compter du début/milieu des années 90, qui a touché toutes les équipes sans exception. En tout, ce sont plus de 80 joueurs actuels et passés qui sont montrés du doigt par le rapport Mitchell à partir de multiples témoignages, dont quelques-uns livrés par les individus touchés eux-mêmes. Et les dirigeants des ligues majeures et des clubs n'en sortent pas exempts de critiques.
«Tout le monde qui a été impliqué dans le baseball lors des deux dernières décennies, les commissaires, les dirigeants d'équipes, l'Association des joueurs, les joueurs, portent jusqu'à un certain point une part de responsabilité», a déclaré Mitchell. «On a été incapable de reconnaître le problème quand il est apparu et ensuite de composer avec lui.»
Pour l'essentiel, le rapport recommande au baseball majeur de resserrer ses règles relatives à l'interdiction du dopage et aux sanctions à imposer. Certains des gestes proposés pourront être faits unilatéralement par le commissaire du baseball alors que d'autres requerront l'aval de la puissante Association des joueurs, qui a «largement refusé de collaborer» à l'enquête.
En réaction, le commissaire Bud Selig, qui avait commandé la tenue de l'enquête, a qualifié le rapport d'«appel à l'action». «Tant qu'il y aura des tricheurs potentiels, nous devrons surveiller étroitement nos programmes antidopage et les mettre à jour pour attraper ceux qui croient qu'ils peuvent violer impunément les règles. Au nom de l'intégrité, c'est exactement ce que j'entends faire. S'il y a des problèmes, je veux qu'ils soient mis au jour. Il s'agit d'un appel à agir, et je vais agir», a-t-il dit.
Pour sa part, le directeur général de l'Association des joueurs, Donald Fehr, a mis en doute les éléments de preuve utilisés pour désigner les joueurs supposément fautifs. «Plusieurs joueurs sont nommés. Leur réputation a été entachée, probablement pour toujours. Même si on découvre plus tard qu'ils n'auraient pas dû être nommés.»
Sanctions?
Il est à noter que George Mitchell reconnaît lui-même que l'identification de coupables ne mènera probablement pas à des sanctions, amendes ou suspensions, de la part des ligues majeures. Il s'agirait plutôt, pour reprendre les propos du deuxième-but des Dodgers de Los Angeles Jeff Kent, cité dans le rapport, d'«enquêter sur le passé pour faire en sorte que de telles infractions ne se reproduisent pas à l'avenir». «Le commissaire devrait permettre à tout le monde de profiter d'une deuxième chance», a dit Mitchell.
Le commissaire Selig pourrait imposer des pénalités, mais il se retrouverait certainement dès lors dans un sérieux conflit avec l'Association des joueurs. La politique conjointe convenue en 2005 stipule en effet qu'un joueur ne peut être sanctionné que s'il échoue à un test antidopage ou se fait prendre en flagrant délit de possession de substances illicites. L'Association pourrait par ailleurs faire valoir que l'enquête Mitchell est de nature privée, non soumise aux règles de preuve prévues par les lois fédérales américaines, et fonde certaines de ses conclusions sur le témoignage de personnes peu crédibles, comme des vendeurs de stéroïdes, et sur des on-dit.
En fait, outre l'opprobre public, la principale punition qu'encourent les joueurs identifiés consistera probablement à voir un point d'interrogation éternellement accolé à leurs statistiques. Dans le cas des meilleurs, l'intronisation au Temple de la renommée pourrait devenir problématique.
Outre ceux évoqués ci-dessus — et au premier chef le lanceur étoile Roger Clemens, auquel le rapport consacre neuf pages; hier, son avocat a véhémentement démenti toute allégation —, les joueurs actifs pointés par Mitchell comprennent Brian Roberts, Troy Glaus, Paul Lo Duca, Jay Gibbons, Rick Ankiel, Gary Matthews Jr., Paul Byrd et Gregg Zaun. Les retraités comprennent David Justice, Lenny Dykstra, Kevin Brown, Benito Santiago et Mo Vaughn.
Six anciens porte-couleurs des Expos de Montréal sont par ailleurs mentionnés: David Segui, Rondell White, Mike Lansing, F. P. Santangelo, Matt Herges et Tim Laker.
Éric Gagné
Dans le cas d'Éric Gagné, qui a remporté le trophée Cy Young en 2003 en sauvegardant 55 victoires pour les Dodgers, le rapport Mitchell mentionne que Kirk Radomski, un témoin clé qui fut pendant plusieurs années préposé aux vestiaires chez les Mets de New York, avait parlé un jour au téléphone au lanceur qui lui avait demandé comment retirer l'air d'une seringue. Radomski a aussi déclaré que Gagné plaçait des commandes d'hormones de croissance par l'intermédiaire du receveur Paul Lo Duca, qui a été son coéquipier pendant six saisons à Los Angeles.
Radomski aurait personnellement envoyé deux colis contenant des hormones à Gagné, l'un au domicile du releveur en Floride, l'autre au Dodger Stadium.
Par ailleurs, le directeur général des Red Sox de Boston, Theo Epstein, avait demandé en décembre 2006 à un de ses dépisteurs de lui faire rapport sur Gagné, dont les Red Sox étaient intéressés à acquérir les services. Le dépisteur en question, Mark Delpiano, avait indiqué: «J'ai fait des recherches sur Gagné et il est certainement question de stéroïdes. Il a un passé médical trouble, qui remonte jusqu'à ses années dans les ligues mineures. Il lui manque l'attitude pour rester en santé, garder son corps en bonne condition et se régénérer. Ce qui a fait de lui un releveur tenace, c'est l'effort maximal, plus des substances [stuff].»
Gagné, qui a partagé sa saison 2007 entre le Texas et Boston, a refusé de rencontrer George Mitchell pour discuter de ces éléments.
On savait déjà en ce qui concerne Jason Giambi, Jose Canseco et David Segui: ils avaient avoué. On avait de sérieux doutes à propos de Barry Bonds et Mark McGwire, dont les dénégations faisaient bien peu le poids devant des transformations physiques ahurissantes. Or voici que la liste des joueurs qui ont eu recours à des substances illicites pendant ce qu'il convient d'appeler «l'ère des stéroïdes» dans le baseball majeur comprend désormais des noms aussi prestigieux que ceux de Roger Clemens, Miguel Tejada, Gary Sheffield, Andy Pettitte et Nomar Garciaparra.
Ainsi qu'Éric Gagné.
Dans un rapport très attendu rendu public hier au terme de 20 mois d'investigation, l'ancien sénateur du Maine (et maintenant membre de la direction des Red Sox de Boston) George Mitchell, enquêteur spécial nommé par le commissaire des ligues majeures Bud Selig, évoque un «usage illégal répandu de stéroïdes anabolisants et d'autres substances visant à améliorer la performance», notamment l'hormone de croissance humaine, au cours de la dernière douzaine d'années au sein du baseball majeur. Il s'agit, peut-on lire, d'«un problème sérieux» qui «désavantage de façon injuste les athlètes honnêtes qui refusent d'avoir recours à des pratiques illégales» et «met en doute la validité de tous les records établis» et de toutes les statistiques accumulées. «Le dopage pose une menace sérieuse à l'intégrité du jeu», dit le rapport, qui fait plus de 400 pages.
En somme, le baseball a prêté le flanc à une véritable culture intensive du dopage à compter du début/milieu des années 90, qui a touché toutes les équipes sans exception. En tout, ce sont plus de 80 joueurs actuels et passés qui sont montrés du doigt par le rapport Mitchell à partir de multiples témoignages, dont quelques-uns livrés par les individus touchés eux-mêmes. Et les dirigeants des ligues majeures et des clubs n'en sortent pas exempts de critiques.
«Tout le monde qui a été impliqué dans le baseball lors des deux dernières décennies, les commissaires, les dirigeants d'équipes, l'Association des joueurs, les joueurs, portent jusqu'à un certain point une part de responsabilité», a déclaré Mitchell. «On a été incapable de reconnaître le problème quand il est apparu et ensuite de composer avec lui.»
Pour l'essentiel, le rapport recommande au baseball majeur de resserrer ses règles relatives à l'interdiction du dopage et aux sanctions à imposer. Certains des gestes proposés pourront être faits unilatéralement par le commissaire du baseball alors que d'autres requerront l'aval de la puissante Association des joueurs, qui a «largement refusé de collaborer» à l'enquête.
En réaction, le commissaire Bud Selig, qui avait commandé la tenue de l'enquête, a qualifié le rapport d'«appel à l'action». «Tant qu'il y aura des tricheurs potentiels, nous devrons surveiller étroitement nos programmes antidopage et les mettre à jour pour attraper ceux qui croient qu'ils peuvent violer impunément les règles. Au nom de l'intégrité, c'est exactement ce que j'entends faire. S'il y a des problèmes, je veux qu'ils soient mis au jour. Il s'agit d'un appel à agir, et je vais agir», a-t-il dit.
Pour sa part, le directeur général de l'Association des joueurs, Donald Fehr, a mis en doute les éléments de preuve utilisés pour désigner les joueurs supposément fautifs. «Plusieurs joueurs sont nommés. Leur réputation a été entachée, probablement pour toujours. Même si on découvre plus tard qu'ils n'auraient pas dû être nommés.»
Sanctions?
Il est à noter que George Mitchell reconnaît lui-même que l'identification de coupables ne mènera probablement pas à des sanctions, amendes ou suspensions, de la part des ligues majeures. Il s'agirait plutôt, pour reprendre les propos du deuxième-but des Dodgers de Los Angeles Jeff Kent, cité dans le rapport, d'«enquêter sur le passé pour faire en sorte que de telles infractions ne se reproduisent pas à l'avenir». «Le commissaire devrait permettre à tout le monde de profiter d'une deuxième chance», a dit Mitchell.
Le commissaire Selig pourrait imposer des pénalités, mais il se retrouverait certainement dès lors dans un sérieux conflit avec l'Association des joueurs. La politique conjointe convenue en 2005 stipule en effet qu'un joueur ne peut être sanctionné que s'il échoue à un test antidopage ou se fait prendre en flagrant délit de possession de substances illicites. L'Association pourrait par ailleurs faire valoir que l'enquête Mitchell est de nature privée, non soumise aux règles de preuve prévues par les lois fédérales américaines, et fonde certaines de ses conclusions sur le témoignage de personnes peu crédibles, comme des vendeurs de stéroïdes, et sur des on-dit.
En fait, outre l'opprobre public, la principale punition qu'encourent les joueurs identifiés consistera probablement à voir un point d'interrogation éternellement accolé à leurs statistiques. Dans le cas des meilleurs, l'intronisation au Temple de la renommée pourrait devenir problématique.
Outre ceux évoqués ci-dessus — et au premier chef le lanceur étoile Roger Clemens, auquel le rapport consacre neuf pages; hier, son avocat a véhémentement démenti toute allégation —, les joueurs actifs pointés par Mitchell comprennent Brian Roberts, Troy Glaus, Paul Lo Duca, Jay Gibbons, Rick Ankiel, Gary Matthews Jr., Paul Byrd et Gregg Zaun. Les retraités comprennent David Justice, Lenny Dykstra, Kevin Brown, Benito Santiago et Mo Vaughn.
Six anciens porte-couleurs des Expos de Montréal sont par ailleurs mentionnés: David Segui, Rondell White, Mike Lansing, F. P. Santangelo, Matt Herges et Tim Laker.
Éric Gagné
Dans le cas d'Éric Gagné, qui a remporté le trophée Cy Young en 2003 en sauvegardant 55 victoires pour les Dodgers, le rapport Mitchell mentionne que Kirk Radomski, un témoin clé qui fut pendant plusieurs années préposé aux vestiaires chez les Mets de New York, avait parlé un jour au téléphone au lanceur qui lui avait demandé comment retirer l'air d'une seringue. Radomski a aussi déclaré que Gagné plaçait des commandes d'hormones de croissance par l'intermédiaire du receveur Paul Lo Duca, qui a été son coéquipier pendant six saisons à Los Angeles.
Radomski aurait personnellement envoyé deux colis contenant des hormones à Gagné, l'un au domicile du releveur en Floride, l'autre au Dodger Stadium.
Par ailleurs, le directeur général des Red Sox de Boston, Theo Epstein, avait demandé en décembre 2006 à un de ses dépisteurs de lui faire rapport sur Gagné, dont les Red Sox étaient intéressés à acquérir les services. Le dépisteur en question, Mark Delpiano, avait indiqué: «J'ai fait des recherches sur Gagné et il est certainement question de stéroïdes. Il a un passé médical trouble, qui remonte jusqu'à ses années dans les ligues mineures. Il lui manque l'attitude pour rester en santé, garder son corps en bonne condition et se régénérer. Ce qui a fait de lui un releveur tenace, c'est l'effort maximal, plus des substances [stuff].»
Gagné, qui a partagé sa saison 2007 entre le Texas et Boston, a refusé de rencontrer George Mitchell pour discuter de ces éléments.
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