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Et puis euh - Mathémagiques (2)

Jean Dion   14 décembre 2006  Sports
Avant-hier, comme on s'en souviendra si on n'était pas en train de siroter un egg nog de trop pour célébrer la naissance imminente du Sauveur, nous nous étions laissés bons amis sur deux assertions défiant toute logique apparente et prouvant que dans le merveilleux monde du sportª, tout est possible. Remarquez, ce n'est pas un bien grand exploit que de défier la logique, l'humain passe son temps à faire ça. Prenons par exemple Noël. Si Noël a été positionné le 25 décembre, c'est pour plusieurs raisons compliquées qui ne nous regardent pas mais dont deux ressortent: 1. la proximité du solstice d'hiver, donc le début du rallongement des journées, signe de renaissance; 2. une machination de l'industrie du transport aérien pour inciter le plus grand nombre à sacrer son camp dans le Sud afin d'éviter la dinde, la bûche, une autre cravate en cadeau et toute une soirée à écouter mononcle déblatérer à propos de [inscrivez ici le nom d'un politicien ou d'un joueur du Canadien].

Pourtant, la logique n'y est pas. Ainsi l'humain n'est-il jamais autant en prise avec l'esprit des Fêtes que dans ses partys de bureau, qui se déroulent alors que les journées sont encore en train de raccourcir et qu'il n'est pas supposé savoir ce qui s'en vient car le Christ viendra comme un voleur dans la nuit. Puis, le solstice arrivé, alors qu'il devrait se réjouir de toutes ses fibres, il erre déconfit, morose, de par les allées trop éclairées des magasins, à la recherche de quelque cossin pour se débarrasser, son gros manteau sur le dos — et courant de ce fait le risque réel de dégager une odeur de boeuf et d'âne —, ce qui n'arriverait pas si Noël avait la décence de se déployer en été. Comme antilogique, tenez, ça nous rappelle, mais à l'envers, les inévitables gars qui assistent à un match de football américain par moins 40 degrés en bedaine (ce sont les gars qui sont en bedaine, pas le football américain ni les moins 40 degrés).

Donc, deux assertions en apparent déni de logique. Et bien sûr qu'elles viennent en renfort au lieu commun voulant que tout soit possible. Si tout n'était pas possible dans le sport, le sport n'existerait pas ou, en tout cas, il existerait beaucoup moins qu'il n'existe actuellement. Tenez, au fil de toutes ces années passées à mater le petit écran d'un air ahuri pour vérifier le quotient de résistance des synapses transversales et du corps calleux aux clichés (ça les ramollit, mais ils tiennent le coup), j'ai collectionné les citations des experts. «Tout peut arriver dans un match de hockey.» «On ne sait jamais ce qui peut se produire dans un match de baseball.» «Un match de football, ce n'est jamais terminé.» «Un match de basketball peut aller dans un sens ou dans l'autre.» «C'est la beauté du soccer: l'incertitude quant à l'issue d'un match.» «Rien n'est jamais acquis dans un omnium de mini-putt.» «Mes commentaires sont toujours les mêmes, de sorte qu'il s'agit du seul lieu sportif où on peut être certain que rien ne va arriver.»

Première assertion: «Au baseball, mettons, un joueur peut présenter une moyenne au bâton inférieure à un autre pendant la première moitié de saison, il peut aussi présenter une moyenne au bâton inférieure au même autre pendant la deuxième moitié de saison, et, malgré tout, présenter une moyenne au bâton supérieure à cet autre sur l'ensemble de la saison.» Ceci m'a valu un courrier surabondant, j'ai même été apostrophé dans la rue, on m'a lancé des Glosettes aux raisins, toutes activités qu'on peut résumer ainsi: tu mens, scélérat, on veut bien croire que tout est possible dans le monde du sport, mais pas ça, ça se peut pas. Pourtant, vous devriez savoir que votre ami Rogatien dit toujours la vérité, sauf quand ça ne lui tente pas. Et cette fois, ça lui tentait.

Souffrez donc qu'on vous présente le paradoxe de Simpson, une ténébreuse contorsion statistique en vertu de laquelle, selon mes sources, «le succès de plusieurs groupes semble s'inverser lorsque les groupes sont combinés». Le Simpson en question, précisons-le, n'est ni O. J., ni Robert «Shmoe», qui s'illustra pour les Castors de Sherbrooke dans les années 1970, ni Craig, ni Bart, ni Homer mais Edward. Un penseur, sans doute.

Posons un joueur A. Dans la première moitié de la saison, il obtient 4 coups sûrs en 10 présences au bâton, pour une moyenne de ,400. En deuxième moitié, 25 en 100 pour un rendement de ,250. Total: 29 en 110, soit ,264. Posons maintenant un joueur B, ça ne coûte rien avec les appareils photo numériques (qui permettent en passant de prendre mille photos dans un party de bureau pré-solstice et d'ensuite vous livrer à un chantage éhonté à l'endroit de vos collègues). Première moitié: 35 en 100, ,350. Deuxième moitié, 2 en 10, ,200. Total: 37 en 110, ,336.

,400 contre ,350, ,250 contre ,200 et, à la fin, ,264 contre ,336. À décoller la tapisserie, pas vrai? Avouez que les bras raccourcis vous en sont tombés du ciel comme la misère des riches sur le pauvre monde du sport.

C'est ce que j'ai appelé l'autre jour, au moment même où je découvrais qu'au football américain, lorsqu'une équipe a possession du ballon à l'intérieur de sa propre ligne de 20, c'est l'équipe en défensive qui a les meilleures chances d'être la prochaine à marquer des points, comme quoi le contrôle du ballon a ses limites, oui, c'est ce que j'ai appelé l'autre jour des mathémagiques.

Deuxième assertion: «Au football américain, les équipes qui marquent 13 points dans un match donné gagnent nettement plus régulièrement le match en question que les équipes qui en marquent 14.» Pourtant, on serait porté à penser que le taux de succès d'un club marquant n points serait inférieur à celui qui en compte n + 1. Mais ha ha, vous avez tort de vous fier à votre raison raisonnante. On ne voit bien qu'avec le coeur, comme l'a si bien illustré l'auteur du larmoyant Dessine-moi un motton.

Bon, ici, la démonstration est un peu plus difficile d'approche lorsqu'on est plein d'egg nog, et voyez un peu combien le bas de page approche à pas de loup pour l'homme que la faim fait sortir du bois qui n'a point d'oreilles. Pour les trois ou quatre que ça intéresse, tous les détails sont au www.pro-football-reference.com/blog/wordpress/?p=192.

La prochaine fois, nous verrons s'il est logique que Sylvester Stallone personnifie un boxeur à 60 ans (c'est Stallone qui a 60 ans, pas le boxeur personnifié).






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