Et puis euh - Le sport est complexe
Résumons-nous donc un peu parce que, franchement, le danger est considérable de se perdre en chemin. Et vous qui croyiez que le merveilleux monde du sportª professionnel n'était qu'un simple exutoire pour gentils demeurés, une affaire facile à comprendre, un vague prétexte pour éviter de parler des vraies choses comme la faim dans le monde, les relations de couple et les couleurs de linge qui seront à la mode cet automne. Alors que le sport, rien qu'à voir on voit bien messieurs dames, a des répercussions politiques, sociales, économiques, artistiques, juridiques, lexicologiques, religieuses, technologiques et mnémoniques* proprement incommensurables.
(*Parfaitement, mnémoniques. Faites le test auprès d'un amateur moyen. Demandez-lui ce qu'il a fait jeudi il y a trois semaines. S'en rappelle pas. Mais demandez-lui de vous raconter la fois où, en 1974, Joe Machinchose avait lancé sur le poteau à la suite d'une descente à deux contre un pendant la prolongation de la demi-finale de l'affrontement du championnat, et vous en aurez jusqu'à 11h même s'il ne s'agit que d'un 5 à 7. D'ailleurs, si vous en avez le temps et les connaissances requises, vous m'expliquerez pourquoi, quand un joueur file vers le but adverse, au soccer il fait une montée et au hockey il fait une descente. Les surfaces de jeu seraient-elles inclinées sans qu'on nous l'ait dit dans un autre complot dont les autorités ont le secret? Et vous qui croyiez que le sport n'était pas arrangé.)
Donc, résumons-nous: Zizou s'excuse, mais il ne regrette pas. Déjà, ici, ce n'est pas rien en fait de matière à décortiquer à partir d'une démarche logico-empirique. Il trouve qu'il a bien fait de faire ce qu'il a fait, mais il déplore que des gens l'aient vu le faire et pensent dès lors qu'il s'agit de la bonne chose à faire alors que ce n'est pas la chose à faire même si lui est justifié de l'avoir fait. Voilà qui est clair, n'est-ce pas? Ben non, c'est complexe. Je vous avais prévenu que le sport était compliqué. Si vous n'en êtes toujours pas convaincu, vous n'avez qu'à lire L'Équipe plus souvent: vous verrez que là où, béotiens, vous ne voyez qu'un ballon, il y a en fait un désir, une mission, une confiance, une destinée, trois individualités, un collectif, une projection, une densité, une rédemption, deux résolutions, quatre potentialités et une infinité de concrétisations virtuelles. Ça vous apprendra à regarder le match sans faire autre chose en même temps, comme manger des cochonneries.
Alors, oui: après s'être fait dire ce qu'il s'est fait dire, Zizou a fait ce qu'il lui fallait faire, mais il ne faut pas faire ce qu'il a fait. Que faut-il donc faire? Ça dépend de ce qui est dit, mais comme il ne dit pas ce qui a été dit, on ne sait pas ce qu'il faudrait faire si on se faisait dire ce qui pourrait avoir été dit. Vous me suivez? Ce n'est pas grave. Tout ce qui est important, c'est que vous croyiez comprendre même s'il n'y a rien à comprendre, car tout cela ne veut rien dire, ce qui est l'objectif d'une opération de relations publiques orchestrée par des professionnels du domaine. Cela nous rappelle, évidemment, tous les personnages publics qui s'excusent «si ce que j'ai dit a pu offenser quiconque». Ils ne s'excusent jamais d'avoir dit une connerie, ils regrettent que des sensibles en fassent tout un plat.
Par ailleurs, si des gens vous disent aujourd'hui qu'ils ont compris quelque chose à ce charabia, ne les croyez pas. Vous pouvez par ailleurs les excuser tout en regrettant de le faire.
***
Quand je vous disais que le sport avait des répercussions un peu tout partout. Dépêche.
«Le vice-président du Sénat italien et dirigeant de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli, a salué "une victoire de l'identité italienne, d'une équipe qui a aligné des Lombards, des Napolitains, des Vénitiens et des Calabrais et qui a gagné contre une équipe de France qui a sacrifié sa propre identité en alignant des Noirs, des islamistes et des communistes pour obtenir des résultats".»
«Il a confirmé ses propos mardi: "Quand je dis que l'équipe de France est composée de Noirs, d'islamistes et de communistes, je dis une chose objective et évidente. Qui se scandalise et réclame des excuses ne se sent pas la conscience tranquille."»
Allez, ne faites pas les innocents. Vous aussi avez noté que l'équipe de France est beaucoup plus bigarrée que toutes les autres sélections européennes réunies. Et vous vous êtes demandé pourquoi. Et vous n'avez pas trouvé de réponse et soupçonné les autres pays européens d'être un peu racistes. Mais encore une fois, si vous avez ce genre de réactions, c'est parce que vous ne regardez pas les matchs de façon assez attentive. Vous vous contentez indûment de superficialités.
Alors que si vous aviez observé les choses de vraiment près, vous auriez vu que M. Calderoli a raison. Moi, par exemple, juste à leur gueule, j'ai identifié 12 communistes chez les Bleus.
***
Que de répercussions. Re-dépêche.
«Un avocat français veut saisir la justice pour faire annuler la finale du Mondial de football perdue par la France face à l'Italie, en demandant aux juges de déterminer les conditions dans lesquelles Zinédine Zidane a été exclu, a-t-on appris [hier] auprès de Me Méhana Mouhou.
«Cet avocat aux barreaux de Rouen et Paris veut saisir en référé le tribunal de grande instance de Paris "afin de faire auditionner le quatrième arbitre et toute personne ayant directement ou indirectement disposé d'une information ayant conduit à la sanction de Zinédine Zidane", exclu de la finale après un coup de tête asséné au joueur italien Marco Materazzi.
«Cette "procédure en constitution de preuve en vue de la manifestation de la vérité" vise à "déterminer si le quatrième arbitre a pris sa décision en fonction d'un moyen illégal, qui est le recours à la vidéo", a expliqué Me Mouhou, qui compte "avoir tout finalisé en fin de semaine prochaine".»
Et donc, s'il gagne sa cause, la vidéo deviendra inadmissible, ce sera comme si personne n'avait rien vu, et Zizou pourra retirer ses excuses tout en continuant à ne rien regretter. Et tout sera enfin limpide. Il faut savoir gré aux avocats d'exister, des fois.
jdion@ledevoir.com
(*Parfaitement, mnémoniques. Faites le test auprès d'un amateur moyen. Demandez-lui ce qu'il a fait jeudi il y a trois semaines. S'en rappelle pas. Mais demandez-lui de vous raconter la fois où, en 1974, Joe Machinchose avait lancé sur le poteau à la suite d'une descente à deux contre un pendant la prolongation de la demi-finale de l'affrontement du championnat, et vous en aurez jusqu'à 11h même s'il ne s'agit que d'un 5 à 7. D'ailleurs, si vous en avez le temps et les connaissances requises, vous m'expliquerez pourquoi, quand un joueur file vers le but adverse, au soccer il fait une montée et au hockey il fait une descente. Les surfaces de jeu seraient-elles inclinées sans qu'on nous l'ait dit dans un autre complot dont les autorités ont le secret? Et vous qui croyiez que le sport n'était pas arrangé.)
Donc, résumons-nous: Zizou s'excuse, mais il ne regrette pas. Déjà, ici, ce n'est pas rien en fait de matière à décortiquer à partir d'une démarche logico-empirique. Il trouve qu'il a bien fait de faire ce qu'il a fait, mais il déplore que des gens l'aient vu le faire et pensent dès lors qu'il s'agit de la bonne chose à faire alors que ce n'est pas la chose à faire même si lui est justifié de l'avoir fait. Voilà qui est clair, n'est-ce pas? Ben non, c'est complexe. Je vous avais prévenu que le sport était compliqué. Si vous n'en êtes toujours pas convaincu, vous n'avez qu'à lire L'Équipe plus souvent: vous verrez que là où, béotiens, vous ne voyez qu'un ballon, il y a en fait un désir, une mission, une confiance, une destinée, trois individualités, un collectif, une projection, une densité, une rédemption, deux résolutions, quatre potentialités et une infinité de concrétisations virtuelles. Ça vous apprendra à regarder le match sans faire autre chose en même temps, comme manger des cochonneries.
Alors, oui: après s'être fait dire ce qu'il s'est fait dire, Zizou a fait ce qu'il lui fallait faire, mais il ne faut pas faire ce qu'il a fait. Que faut-il donc faire? Ça dépend de ce qui est dit, mais comme il ne dit pas ce qui a été dit, on ne sait pas ce qu'il faudrait faire si on se faisait dire ce qui pourrait avoir été dit. Vous me suivez? Ce n'est pas grave. Tout ce qui est important, c'est que vous croyiez comprendre même s'il n'y a rien à comprendre, car tout cela ne veut rien dire, ce qui est l'objectif d'une opération de relations publiques orchestrée par des professionnels du domaine. Cela nous rappelle, évidemment, tous les personnages publics qui s'excusent «si ce que j'ai dit a pu offenser quiconque». Ils ne s'excusent jamais d'avoir dit une connerie, ils regrettent que des sensibles en fassent tout un plat.
Par ailleurs, si des gens vous disent aujourd'hui qu'ils ont compris quelque chose à ce charabia, ne les croyez pas. Vous pouvez par ailleurs les excuser tout en regrettant de le faire.
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Quand je vous disais que le sport avait des répercussions un peu tout partout. Dépêche.
«Le vice-président du Sénat italien et dirigeant de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli, a salué "une victoire de l'identité italienne, d'une équipe qui a aligné des Lombards, des Napolitains, des Vénitiens et des Calabrais et qui a gagné contre une équipe de France qui a sacrifié sa propre identité en alignant des Noirs, des islamistes et des communistes pour obtenir des résultats".»
«Il a confirmé ses propos mardi: "Quand je dis que l'équipe de France est composée de Noirs, d'islamistes et de communistes, je dis une chose objective et évidente. Qui se scandalise et réclame des excuses ne se sent pas la conscience tranquille."»
Allez, ne faites pas les innocents. Vous aussi avez noté que l'équipe de France est beaucoup plus bigarrée que toutes les autres sélections européennes réunies. Et vous vous êtes demandé pourquoi. Et vous n'avez pas trouvé de réponse et soupçonné les autres pays européens d'être un peu racistes. Mais encore une fois, si vous avez ce genre de réactions, c'est parce que vous ne regardez pas les matchs de façon assez attentive. Vous vous contentez indûment de superficialités.
Alors que si vous aviez observé les choses de vraiment près, vous auriez vu que M. Calderoli a raison. Moi, par exemple, juste à leur gueule, j'ai identifié 12 communistes chez les Bleus.
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Que de répercussions. Re-dépêche.
«Un avocat français veut saisir la justice pour faire annuler la finale du Mondial de football perdue par la France face à l'Italie, en demandant aux juges de déterminer les conditions dans lesquelles Zinédine Zidane a été exclu, a-t-on appris [hier] auprès de Me Méhana Mouhou.
«Cet avocat aux barreaux de Rouen et Paris veut saisir en référé le tribunal de grande instance de Paris "afin de faire auditionner le quatrième arbitre et toute personne ayant directement ou indirectement disposé d'une information ayant conduit à la sanction de Zinédine Zidane", exclu de la finale après un coup de tête asséné au joueur italien Marco Materazzi.
«Cette "procédure en constitution de preuve en vue de la manifestation de la vérité" vise à "déterminer si le quatrième arbitre a pris sa décision en fonction d'un moyen illégal, qui est le recours à la vidéo", a expliqué Me Mouhou, qui compte "avoir tout finalisé en fin de semaine prochaine".»
Et donc, s'il gagne sa cause, la vidéo deviendra inadmissible, ce sera comme si personne n'avait rien vu, et Zizou pourra retirer ses excuses tout en continuant à ne rien regretter. Et tout sera enfin limpide. Il faut savoir gré aux avocats d'exister, des fois.
jdion@ledevoir.com
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