Rapport de la SAAQ: les citoyens appellent à un virage «sécurité»

Les citoyens réclament des infrastructures sécuritaires — et pas seulement pour se déplacer en voiture.
Photo: iStock Les citoyens réclament des infrastructures sécuritaires — et pas seulement pour se déplacer en voiture.

Diminution de la vitesse dans les rues résidentielles, contrôle policier près des passages pour piétons, aménagement systématique de trottoirs et de pistes cyclables : la protection des personnes les plus vulnérables est au coeur des priorités des citoyens en vue de la réforme promise du Code de la sécurité routière (CSR).

Les Québécois veulent des villes à échelle humaine où l’on peut se déplacer en toute sécurité, peut-on lire dans un rapport de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Ce document de 63 pages fait la synthèse des consultations menées le printemps dernier par la SAAQ en vue de réviser le CSR.

Le gouvernement Couillard s’est engagé il y a trois ans à améliorer le Code de la sécurité routière, entre autres pour protéger le nombre croissant de cyclistes, de piétons et de personnes qui ont des difficultés à se déplacer — notamment à cause du vieillissement de la population.

331
Nombre de mémoires ou de documents de groupes et de citoyens reçus

La SAAQ a transmis le mois dernier ses recommandations à l’ex-ministre des Transports, Laurent Lessard, en vue d’une réforme du CSR, indique-t-on. M. Lessard s’était engagé à déposer un projet de loi cet automne dans le but d’amender le CSR. Le dossier est désormais entre les mains de son successeur André Fortin, nommé aux Transports lors du remaniement ministériel de la semaine dernière.

Environnement meurtrier

Dans une série de rencontres publiques et de consultations menées sur le Web, la SAAQ a reçu pas moins de 13 000 commentaires et 331 mémoires ou documents de groupes et de citoyens intéressés par une réforme du CSR.

Un thème récurrent se dégage, à la lecture de ces avis : les citoyens réclament des infrastructures sécuritaires — et pas seulement pour se déplacer en voiture. Ils sont aussi favorables à un contrôle policier pour faire respecter les limites de vitesse, les traverses de piétons ou même l’interdiction du cannabis au volant, avec la légalisation imminente de la marijuana.

« On n’accepte plus que nos villes soient des environnements meurtriers pour des piétons ou des cyclistes. Pourquoi on accepterait ça ? Il y a aussi une prise de conscience de l’importance d’aménager des infrastructures de qualité », dit Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.

L’organisme organise deux journées de réflexion sur le thème de la « vision zéro », à Québec et à Montréal, les 24 et 25 octobre. Des experts viendront discuter de cette « vision » qui vise à réduire à zéro le nombre de morts et de blessés dus à des collisions sur la route.

La mort du jeune cycliste d’élite Clément Ouimet dans une collision avec un véhicule sur le mont Royal, il y a deux semaines, montre qu’il y a des progrès à faire en matière de protection des cyclistes à Montréal, note Christian Savard.

Les candidats à la mairie de Montréal, Denis Coderre et Valérie Plante, proposent une « vision zéro ». C’est un signe de l’intérêt des électeurs pour les questions d’aménagement urbain, remarque Christian Savard. La vision zéro vient cependant avec la responsabilité d’aménager en tout temps des infrastructures responsables, souligne-t-il.

Des organismes et citoyens ayant pris part aux consultations de la SAAQ réclament ainsi que chaque chantier de réfection des infrastructures (aqueduc et égout) soit l’occasion de réaménager les rues afin d’améliorer la sécurité des piétons, des personnes handicapées et des cyclistes.

« Code de la rue »

C’est aussi ce que proposent les experts Catherine Morency et Jean-François Bruneau, de Polytechnique Montréal, dans un rapport présenté en novembre 2016 au ministère des Transports, dont Le Devoir a fait état la semaine dernière.

Ils estiment réaliste l’implantation au Québec d’un « code de la rue » inspiré de pays européens comme la Belgique, la France et la Suisse. Une initiative comme celle-là accorde la priorité absolue aux piétons et oblige les conducteurs de véhicules à respecter les usagers les plus vulnérables — piétons et cyclistes.

Les consultations de la SAAQ ont donné lieu à des suggestions similaires. Les Québécois demandent, par exemple, que le nouveau CSR encadre davantage la présence de camions lourds en ville.

D’autres suggestions témoignent de la grogne envers les cyclistes : des citoyens ont réclamé l’interdiction pure et simple de la pratique du vélo d’hiver. Certains prônent le port du casque obligatoire, ou encore l’obligation de rouler sur les pistes cyclables — et uniquement sur les pistes cyclables.

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 16 octobre 2017 08 h 00

    Réaménagement oui, mais l'éducation aussi, la course contre la montre de certains joueurs serait de bon aloi.

    À lire ce texte, ce problème relève, entre autres, de l'affrontement de deux cultures. Celle des piétons et des cyclistes versus celle les voitures. C'est sûr qu'à l'intérieur de ces deux cultures il y a toutes sortes de mentalités. Lorsqu'on parle d'affrontement, il s'agit des extrêmes, ce ne sont pas eux qui sont relativement assez éduqués, au point de savoir de quoi ils parlent.

  • Jean Santerre - Abonné 16 octobre 2017 08 h 12

    L'évidence

    Il en coût toujours moins cher d'intégrer aux devis de construction l'ensemble des aménagements routiers que de le faire à la pièce et cela évite aussi le "marchandage politique des réalisations"
    C'est à dire, qu'il faut que les saines habitudes de construction et de planification soient une habitude, pas une exception ni une réalisation extraordinaire.

    Accotement plus large sur toute route secondaire favorise la sécurité, le tourisme et les saines habitudes de vie.

    La "grogne envers les cyclistes" me semble témoignée d'un esprit d'exclusivité des automobilistes entre autres habitués à fréquenter des routes qui ne sont pas toujours adaptées au partage de celle-ci comme le prévoit et permet pourtant la loi.
    Par ce fait même, la loi qui donne les mêmes privilèges aux cyclistes est donc enfreinte par le ministère des Transports qui ne les construit pas en conséquence.
    Combien de fois les cyclistes devront-ils rappeler qu'il n'y a pas d'obligation d'utiliser les pistes cyclables, particulièrement lorsqu'elles sont sales et dégradées et mette en danger les utilisateurs.
    Il est d’ailleurs plus onéreux de construire des réseaux parallèle et étanche que d’en faire un inclusif et responsable.
    De plus, les pistes ont des limitations de vitesse très basse (20 km/h) à plusieurs endroits, contrairement au route régulière et cela ne convient pas à une pratique régulière de ce moyen de transport.