La montée en puissance des bloqueurs de publicité

L’idée de Google n’est évidemment pas de détruire la publicité en ligne, mais d’exiger des annonceurs des bannières ou des vidéos qui ne feront plus fuir les internautes.
Photo: Daniel SORABJI Agence France-Presse L’idée de Google n’est évidemment pas de détruire la publicité en ligne, mais d’exiger des annonceurs des bannières ou des vidéos qui ne feront plus fuir les internautes.

Plus de 600 millions de personnes dans le monde utilisent Adblock Plus et d’autres extensions Web permettant d’empêcher des publicités d’apparaître sur les sites Internet visités.

C’est presque un paradoxe pour un groupe dont les revenus liés à la publicité ont dépassé les 70 milliards de dollars en 2017. Le 15 février, Google va lancer un bloqueur de publicités intégré à son navigateur Chrome. La firme de Mountain View ne scie pas pour autant la branche sur laquelle elle est assise. Elle s’adapte.

Les adblockers, ces extensions Web censées chasser la publicité des sites Internet et accélérer la navigation, connaissent une période florissante. Leur utilisation a augmenté de 30 % dans le monde en 2016, selon le rapport annuel du cabinet PageFair, et la tendance a dû se poursuivre en 2017.

Au total, 615 millions de personnes utilisent un bloqueur de publicité sur un ordinateur, un téléphone intelligent ou une tablette.

Formats intrusifs

Plutôt que de laisser la main à des développeurs tiers, Google a donc choisi de proposer son propre service. La filiale d’Alphabet fait désormais partie de la Coalition for Better Ads (coalition pour de meilleures publicités), une organisation mondiale militant pour la fin des fenêtres intempestives ou des vidéos avec son se lançant automatiquement.

« Nous pensons que les internautes ne sont pas contre la publicité, qu’ils la savent nécessaire à la pérennité des médias gratuits. Ils s’opposent en fait à certains types de formats publicitaires, notamment sur mobile, qui sont trop intrusifs », a expliqué récemment Carlo d’Asaro Biondo, président de Google Europe.

Publicités « acceptables »

L’idée n’est évidemment pas de détruire la publicité en ligne, mais d’exiger des annonceurs des bannières ou des vidéos qui ne feront plus fuir les internautes. Les autres extensionspeuvent être plus énergiques, avec un impact économique sérieux pour les sites concernés. Selon un calcul de la start-up AdBack, YouTube perd près de 2,5 millions de dollars en revenus publicitaires par an rien qu’en Suisse. Dans le monde, 13 sites enregistreraient un manque à gagner supérieur à 100 millions de dollars.

Le bloqueur de Google Chrome a face à lui des dizaines de concurrents. Parmi eux, Adblock Plus est installé sur 100 millions d’appareils, ce qui en fait le bloqueur de publicité le plus populaire sur la planète.

Nous pensons que les internautes ne sont pas contre la publicité, qu’ils la savent nécessaire à la pérennité des médias gratuits

 

En septembre, Eyeo, maison mère d’Adblock Plus dirigée par l’Allemand Till Faida, a annoncé qu’elle avait trouvé un système pour bloquer les publicités sur Facebook. Mais les ingénieurs du géant de Menlo Park, dont l’équilibre financier dépend des annonceurs, finissent toujours par tromper ceux de la firme de Cologne.

Comme Google et Adblock (autre bloqueur de publicité populaire, utilisé par 40 millions de personnes), Adblock Plus, conscient des réalités de l’écosystème du Web, a mis en place un programme de « publicités acceptables » et une « liste blanche » d’annonceurs autorisés par défaut sur l’extension.

Protection de la vie privée

« Nous aimerions encourager les sites Web à utiliser de la publicité honnête et discrète. C’est pourquoi nous avons établi des lignes directrices strictes afin de recenser les annonces acceptables, par défaut. Si vous souhaitez tout de même bloquer toutes les publicités, vous pouvez désactiver cela dans les paramètres en quelques secondes », prévient l’extension.

Sur le principe, l’initiative agace nombre d’utilisateurs, qui se tournent vers uBlock Origin. Également gratuite et en logiciel libre, l’extension a l’avantage de ne pas solliciter autant la mémoire de l’ordinateur, alors que, sur un même site, le nombre de publicités bloquées (indiquées dans l’icône à côté de la barre URL) par la version standard est sensiblement le même qu’avec Adblock Plus.

Mais des filtres de contenus plus stricts peuvent être facilement ajoutés selon le bon vouloir de l’utilisateur sur les deux extensions.

Logiciel payant

AdGuard, qui se présente comme « le plus avancé des bloqueurs », a également ses amateurs, mais il est payant. Ghostery, qui peut aussi bloquer des fichiers témoins, a adopté une politique de transparence en expliquant clairement que l’extension pouvait vendre les données personnelles collectées.

Or, si le ras-le-bol des internautes vis-à-vis de la publicité explique le succès grandissant des bloqueurs, la sécurité et la protection de la vie privée sont leur autre motivation majeure.

1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 8 janvier 2018 14 h 58

    La pub devient parfois frustrante...

    Entre autre... Radio-Canada TV, sur internet. Si une émission semble intéressante et que nous voulons y jeter un coup d'oeil, il arrive souvent que nous devions écouter 4 publicités, parfois de 30 sec. chacune, pour avoir comme information, après qu'elles sont terminées, l'image nous indiquant que selon l'entente, cette émission ne peut être écouté...

    Tant qu'à faire... pourquoi ne pas obliger des clients à payer au magasin l'objet demandé, pour se faire dire, après qu'il est payé, que cette chose est discontinuée et qu'elle n'est plus disponible, mais... pas question qu'on vous rembourse...