Une hormone qui réduirait la xénophobie

Les xénophobes pratiquent le même mécanisme, ils se rassemblent pour écouter leurs modèles sociaux, mais ils sont exposés à des signaux négatifs.
Photo: Robert Michael Agence France-Presse Les xénophobes pratiquent le même mécanisme, ils se rassemblent pour écouter leurs modèles sociaux, mais ils sont exposés à des signaux négatifs.

Alors qu’un récent sondage révélait qu’une part importante de la population québécoise s’oppose à l’accueil des demandeurs d’asile haïtiens qui affluent à la frontière canado-américaine, des chercheurs allemands publient dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) un article proposant des stratégies susceptibles d’atténuer cette attitude de rejet envers les étrangers, voire d’induire un comportement altruiste chez les personnes xénophobes.

 

Ces stratégies consistent à accroître la libération d’ocytocine, une hormone impliquée dans l’empathie, tandis que l’on expose les personnes à des messages décrivant des actions altruistes.

 

L’équipe de René Hurlemann, du Centre médical de l’Université de Bonn, en Allemagne, a mené sa recherche tandis que des milliers de réfugiés en provenance du Moyen-Orient déferlaient vers les pays d’Europe de l’Ouest et étaient accueillis en grand nombre par l’Allemagne.

 

Pour ce faire, les chercheurs ont présenté à 76 Allemands de souche 50 portraits authentiques de personnes pauvres, dont 25 étaient des réfugiés et 25 des Allemands locaux. Avec les 50 euros qu’on leur avait remis, les sujets de l’étude décidaient ensuite s’ils accordaient ou pas une somme n’excédant pas un euro à chacun de ces individus. Ils étaient autorisés à garder pour eux le reste de l’argent qu’ils n’avaient pas distribué.

 

Les chercheurs ont alors observé que les dons aux réfugiés excédaient d’environ 20 % ceux accordés aux Allemands locaux.

 

Attitude positive

 

Dans une deuxième expérience, les chercheurs ont d’abord évalué les attitudes d’une centaine d’Allemands de souche à l’égard des réfugiés à l’aide d’un questionnaire.

 

Dans un second temps, ces sujets devaient s’administrer une dose d’ocytocine — une hormone qui accroît notamment l’attachement de la mère pour son bébé — ou d’un placebo à l’aide d’un vaporisateur nasal avant de décider à qui et combien ils donneraient parmi 25 réfugiés et 25 « locaux » en situation de grande pauvreté.

 

L’administration d’ocytocine, cette hormone sécrétée par une structure du cerveau appelée hypothalamus, a alors incité les sujets présentant une attitude positive à l’égard des réfugiés à doubler leur contribution aux réfugiés et aux « locaux », même si les sommes qu’ils allouaient aux réfugiés demeuraient 30 % plus élevées.

 

L’hormone n’a toutefois pas augmenté la générosité des individus ayant une attitude plutôt hostile à l’égard des réfugiés.

 

Par contre, lorsque les chercheurs ont informé ces derniers sujets de la somme moyenne que leurs pairs avaient décidé d’offrir dans l’expérience précédente, l’administration d’ocytocine les a alors conduits à accroître leurs dons aux réfugiés de 74 %.

 

Message de bienfaisance

 

Selon les chercheurs, ces résultats « fournissent la preuve qu’il est possible de contrer le rejet xénophobe des réfugiés [que manifestent certains citoyens] en combinant un accroissement de l’activité du système sécrétant l’ocytocine avec des incitations à la coopération proférées par des individus ayant un rôle de modèles dans la société. Toutefois, aucune de ces deux interventions n’est suffisante en elle-même pour altérer les comportements égoïstes » des personnes xénophobes.

 

« Des messages de bienfaisance n’étaient pas suffisants pour encourager l’altruisme envers les réfugiés chez les personnes au départ réfractaires à leur venue », souligne M. Hurlemann, avant d’expliquer que l’augmentation de l’activité du système sécrétant l’ocytocine faciliterait vraisemblablement le respect de la norme sociale, et ainsi induirait l’altruisme envers les membres de communautés étrangères chez les individus les plus égoïstes et xénophobes.

 

« Notre intention n’est absolument pas d’administrer de l’ocytocine aux gens comme on l’a fait dans l’étude ! » déclare tout de go M. Hurlemann.

 

« L’ocytocine est une hormone endogène qui est libérée quand les gens célèbrent ensemble, dansent ensemble ou chantent ensemble dans un choeur, par exemple. Cela se produit aussi lors des grands rassemblements de partis politiques. Une telle situation favorise la libération d’ocytocine endogène chez les personnes rassemblées alors qu’au même moment les officiels leur parlent des enjeux qui les concernent. Les xénophobes pratiquent le même mécanisme, ils se rassemblent pour écouter leurs modèles sociaux, mais ils sont exposés à des signaux négatifs. »

 

Norme sociale

 

Selon les chercheurs, de plus amples efforts devraient être déployés pour rendre possibles « les rencontres entre citoyens des pays hôtes au cours desquelles on communique une norme prosociale, notamment en rappelant et en soulignant les avantages de la diversité ethnique, du pluralisme religieux et des différences culturelles ».

 

Cette norme sociale peut aussi être véhiculée par « des reportages équilibrés et informatifs dans les médias et par l’intégration de thèmes reliés aux réfugiés dans les programmes scolaires et universitaires ».

19 commentaires
  • David Cormier - Abonné 16 août 2017 06 h 59

    Jamais de la vie

    Jamais je n'appuierai l'immigration illégale dont nous sommes témoins en ce moment, peu importe la propagande qu'on me balancera par la tête ou le rebalançage d'hormones qu'on tentera de d'inculquer.

    • François Chartier - Inscrit 16 août 2017 09 h 12

      Je suis entièrement d'accord.

  • Jean Lapointe - Abonné 16 août 2017 07 h 13

    Les étiquetés de xénophobes seraient donc des malades ?

    « ...des chercheurs allemands publient dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) un article proposant des stratégies susceptibles d’atténuer cette attitude de rejet envers les étrangers, voire d’induire un comportement altruiste chez les personnes xénophobes.» (Pauline Gravel)

    Wow les gens qu' on considère comme des xénophobes seraient donc considérés comme des malades à soigner?

    J'exagère peut-être mais je ne peux m' empêcher quend je lis cela de penser aux expériences menées par les nazis en Allemagne à une certaine époque.

    Et si ce n'était pas de la xénophobie. Pourquoi les gens n'auraient-ils pas des raisons d' adopter une attitude différente de celle espéré e par les autorités politiques et certains médias? Comment le savoir si on ne prend même pas la peine de les écouter parce que considérés comme xénophobes dès le point de départ?

    Et s'il y en a parmi eux qui pourraient faire preuve de xénophobie, est-ce une raison suffisante pourr les considérer comme malades et donc comme des gens à «soigner»?

    Est-ce que ce n'est pas la xénophobie qu'il faut combattre par l'information et l'éducation plutôt que les soi-disant xénophobes alors que ce n'est même pas sûr qu'ils le soient?

    En sommes-nous rendus à un point où serait considérés comme malades tous ceux qui ne seraient pas conformes à ce que l'Etat et certains médias attendent attendent d'eux?

    Ne serions-nous pas engagés sur une pente dangereuse?

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2017 10 h 25

      J'ai cherché dans toute la page le nombre d'occurences des mots « malade » et « maladie », tant au singulier qu'au pluriel et je ne l'ai trouvé que dans votre commentaire, nulle part ailleurs.

      C'est peut-être dommage car si au moins la xénophobie était une maladie, causée par un virus ou une bactérie, nous aurions un peu plus d'empathie envers les xénophobes. En plus, les soins requis pour se débarrasser de ce cancer pourraient être couverts par notre régime public de soins de santé.

    • Marc Therrien - Abonné 16 août 2017 20 h 19

      Rassurez-vous M. Lapointe, la phobie n’est pas une maladie. Elle réfère seulement à la peur ou parfois au dégoût qui sont de simples émotions primaires avec lesquelles l’humain doit composer depuis toujours. Leur niveau d’intensité est souvent en fonction de leur degré d’irrationnel. À une intensité élevée, on parle plutôt d’un trouble qui embrouille la raison. Mais on peut se consoler un peu en se rappelant que même l’amour, celui qui rend sourd et aveugle, peut se nourrir d’une bonne part d’irrationnel.

      Marc Therrien

  • Brian Monast - Abonné 16 août 2017 07 h 35

    Science ?

    Les autres relèveront les amalgames malsains dont est cousu ce texte.

    Heureusement, on ne nous propose pas d’administrer à tous cette drogue-merveille que serait l’octycine. De toute façon, elle n’augmenterait malheureusement pas la générosité des individus ayant une attitude plutôt hostile en partant.

    Ah... Mais à danser et à chanter ensemble, finit-on par apprendre, on finit par s’aimer plus (et à générer plus d’octycine). Ben, tu ne me dis pas.

    Qu’est-ce que la science ne nous apprendra pas encore ? Y aurait-il autre chose qui se produit dans la petite boule de neurones sur mes épaules qu’une augmentation de l’hormone xyzAB236, et que le savant voyeur n’aurait pas encore fiché, quand j’aime ou que je suis sous l’influence de messages suggérant l’amour ?

    Voilà tout ce que la science ne saura jamais faire, quand elle se donne pour tâche d’explorer le coeur de l’homme.

    Pour le reste, je vous suggère l’amour. Je vous suggère l’amour. Je vous suggère l’amour. Ça marche ! C’est prouvé.

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2017 10 h 34

      Mais quand l'amour tombe en panne, on tente de nous vendre du Viagra.

      C'est possible qu'on en arrive à expliquer chaque facette du comportement humain par une réaction purement chimique. Quand on y croit, on pense le savoir – remplacer la croyance par la connaissance est la raison d'être de la science, jusqu'au moment où on s'aperçoit que vouloir se libérer de toute croyance n'est qu'une illusion. La certitude face à la science est aux antipodes de la démarche scientifique.

  • Benoît Poulin - Inscrit 16 août 2017 08 h 55

    Contrôle des pensées

    Et mettre du lithium dans l'eau du robinet, tant qu'à y être!

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2017 10 h 44

      Avec toutes ces batteries de char qu'on veut nous vendre par millions, ce n'est qu'une question de temps avant que le lithium dans l'eau du robinet soit une réalité. On n'est même pas capable de recycler nos bouteilles de verre... L'argent du fonds vert va dans le lithium, pas dans le recyclage.
      Parler des migrants détourne l'attention : pendant ce temps, on ne parle pas des problèmes environnementaux. Et si jamais le problème des migrants devient trop chaud, on parlera des changements climatiques. On prépare déjà le terrain pour les réfugiés climatiques.

  • Pierre Robineault - Abonné 16 août 2017 09 h 31

    Quelle farce!

    N'est-ce pas?
    Cet article ne produit que provocation sans rien régler. J'ose croire, car c'est là le mieux que je puisse faire, que la rédactrice n'a pas eu le réflexe de se relire en pensant à tous lecteurs et lectrices.
    Parfois mon quotidien favori me déçoit grandement, mais pas toujours!

    "Pour ce faire, les chercheurs ont présenté à 76 Allemands de souche 50 portraits authentiques de personnes pauvres, dont 25 étaient des réfugiés et 25 des Allemands locaux."

    Et si ces chercheurs avaient plutôt présentés 25 (sic) personnes en train de franchir la frontière comme si de rien n'était et 25 (re-sic) autres attendant patiemment la réponse de l'Immigration sur leur acceptation depuis des années?

    Le syndrôme de Stockholm, madame, vous connaissez? Je vous signale l'apparition du syndrôme de Monréal dont sont affectés une certaine minorité de personnes.

    • David Cormier - Abonné 16 août 2017 14 h 41

      "Parfois mon quotidien favori me déçoit grandement, mais pas toujours!"

      Moi de même. Je me demande souvent pourquoi je consens encore à payer pour le lire. Et on parle ici d'une personne qui se disait un inconditionnel de ce journal à l'époque de M. Descôteaux.