TDAH: la maturation du cerveau mise en cause

Selon les chercheurs, les résultats de leur étude renforcent l’hypothèse selon laquelle le TDAH serait attribuable à un retard dans la maturation du cerveau.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Selon les chercheurs, les résultats de leur étude renforcent l’hypothèse selon laquelle le TDAH serait attribuable à un retard dans la maturation du cerveau.

La plus grande étude d’imagerie cérébrale jamais réalisée sur le trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) met en évidence la présence de différences anatomiques dans le cerveau des enfants qui en sont atteints.

Selon les auteurs de cette étude internationale publiée dans The Lancet Psychiatry, cette découverte confirme que le TDAH est un trouble neurobiologique et non pas un simple problème de comportement attribuable à la négligence des parents ou au mauvais caractère de l’enfant.

Les chercheurs ont comparé le cerveau de 1713 personnes atteintes du TDAH à celui de 1529 individus sains. On avait recueilli par résonnance magnétique des images du cerveau des 3242 participants, qui étaient âgés de 4 à 63 ans. Les chercheurs ont alors remarqué que le volume du cerveau entier ainsi que celui de cinq régions cérébrales situées sous le cortex étaient plus petits chez les enfants présentant un TDAH que chez ceux qui en étaient exempts.

Les différences observées dans les deux hémisphères étaient très petites, mais similaires à celles rapportées dans d’autres problèmes psychiatriques, tels que la dépression majeure et la maladie bipolaire.

Trouble neurologique

Parmi les structures qui sont apparues anormalement petites, l’amygdale, qui est impliquée dans la gestion des émotions, était la plus affectée, ce qui expliquerait « les problèmes de régulation des émotions qu’éprouvent un grand nombre de personnes atteintes du TDAH », soulignent les chercheurs.

La taille réduite du noyau accumbens, qui joue un rôle important dans le traitement de la récompense, ainsi que de l’hippocampe serait quant à elle à l’origine du dérèglement de la motivation et des émotions chez les patients avec TDAH.

Les chercheurs ont également noté que les différences de volume n’étaient associées ni avec la sévérité des symptômes ni avec la médication. Ainsi, les personnes qui étaient traitées avec des psychostimulants présentaient les mêmes différences de volume que celles qui ne l’avaient jamais été.

De plus, les différences relevées dans le volume des cinq régions sous-corticales étaient très prononcées chez les enfants et presque inexistantes chez les adultes. Selon les chercheurs, une telle observation renforce l’hypothèse selon laquelle le TDAH serait attribuable à un retard dans la maturation du cerveau.

« Même si les structures du cerveau qui sont clairement affectées chez l’enfant se normalisent chez les adultes, ces derniers présentent néanmoins toujours les symptômes du TDAH. Nous pensons que le développement du cerveau est en quelque sorte retardé chez les enfants atteints du TDAH et, compte tenu de ce retard durant l’enfance, leur cerveau demeurera probablement différent pour le reste de leur vie. Des différences seraient toujours présentes dans les connexions que les différentes régions du cerveau établissent entre elles. Nous avons en effet vu que la matière blanche du cerveau [qui correspond aux faisceaux entourés d’une matière isolante de couleur blanche qui relient les différentes régions du cerveau entre elles] présente encore des différences chez les adultes atteints du TDAH par rapport aux adultes normaux », explique la coauteure de l’étude Barbara Franke, professeure de psychiatrie moléculaire au Radboud University Medical Center, à Nijmegen, aux Pays-Bas.

Même si l’étude ne permet pas de l’affirmer avec certitude, les volumes réduits de certaines structures cérébrales semblent être une caractéristique « héréditaire qui contribuerait d’une manière ou d’une autre au TDAH », avance Mme Franke. « Nous savons qu’en moyenne le TDAH est hautement héréditaire et que certains des gènes qui contribuent à son apparition sont impliqués dans le neurodéveloppement et l’établissement des connexions entre les différentes régions cérébrales. »

15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 février 2017 01 h 19

    il serait temps d'en convenir

    j'aurais tendance a dire , de la maturation de l'affectif, l'affectif n'a-t-il pas sa propre maturité, avons nous peur de le dire, avons nous peur de ce que nous allons découvrir, le cerveau n'en est il pas directement tributaire, enfin un petit effort mes amis les chercheurs, il serait temps d'en convenir

  • Denis Paquette - Abonné 17 février 2017 01 h 19

    il serait temps d'en convenir

    j'aurais tendance a dire , de la maturation de l'affectif, l'affectif n'a-t-il pas sa propre maturité, avons nous peur de le dire, avons nous peur de ce que nous allons découvrir, le cerveau n'en est il pas directement tributaire, enfin un petit effort mes amis les chercheurs, il serait temps d'en convenir

  • Michel Laforge - Abonné 17 février 2017 06 h 36

    Dans nos classes

    Le sachant, que fait-on avec eux dans nos classes?

    • Jean Richard - Abonné 17 février 2017 10 h 33

      Il faudrait que l'école mette en haut de la liste de ses objectifs, l'apprentissage.

      On en est loin. L'école est une industrie parmi tant d'autres. Elle reçoit des matières premières, les enfants, et on lui demande de les mouler, de les usiner selon un modèle étroitement défini, avec des normes de tolérance très serrées. Lors de la fabrication de l'objet, l'enfant-objets, de nombreux, très nombreux contrôles de la qualité interviennent afin que l'objet soit parfait, sans défauts. On est encore dans les années 70 ou 80, quand on avait institué le culte de la qualité totale.

      L'enfant qui résiste au moule, l'enfant qui n'arrive pas à s'adapter au modèle étroit qu'on lui impose, on lui refile le problème qu'il n'a pourtant pas créé.

      Alors, oui, que fait-on avec eux dans nos classes ?

    • Murielle Tétreault - Abonnée 17 février 2017 10 h 53

      Heureusement, il y a des enfants qui deviennent plus forts parce qu'ils développent des côtés différents .Dans leur cas, ce qui ne les tue, les rend plus forts mais ce n'est pas possible pour tous.Il faut une personne, un éducateur, un parent qui ouvre des portes, permet la différence au bon moment.

    • Michel Laforge - Abonné 17 février 2017 19 h 55

      M Richard,

      Il perturbe tout le groupe. Il est impulsif. Il dérange sans cesse. Aussi, il empêche les autres d'avoir accès à l'enseignement auquel ils ont droit

      Dites moi! Vous qui êtes sage.

      Qu'est-ce que je fais avec lui dans ma classe?

      En théorie, on peut faire beaucoup de choses. Mais, en pratique, sur le terrain, à tous les jours, pendant 180 jours, dites moi. Je vous en prie.

      Qu'est-ce que je fais avec lui dans ma classe?

  • Bertrand Ducharme - Inscrit 17 février 2017 07 h 53

    On oublie la plasticité du cerveau

    L'énorme plasticité du cerveau fait en sorte que différentes régions du cerveau se développent en fonction de l'utilisation qui est faite des divers organes du corps humains. Ces organes ont de multiples fonctions de type interne, motrice ou sensorielle. En conséquence, des différences anatomiques au niveau du cerveau n'indiquent rien quant à l'origine de ces différences.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 17 février 2017 15 h 02

      Entièrement d'accord.

      Il est évident que cette étude à pour objectif de soutenir la prescription de médicament. Une étude ne se réalise pas sans moyen financier.

  • Murielle Tétreault - Abonnée 17 février 2017 09 h 36

    TDAH et l'école à Quatre ans.

    À partir de telles connaissance, est-ce que les adeptes de la scolarisation à 4 ans vont réviser leur désir de mettre tous les enfants dans le même moule . Si on laissait les enfants vivre leur enfance pour évoluer à leur rythme au lieu de s'ajuster à la discipline scolaire avant d'être prète , On aurait plus d'enfants qui réussiraientt et moins d'enseignants en brun out.
    Autrefois c'était généralement à six ans que les enfants entraient à l'école. En 1950, on manquait d'écoles et il fallait avoir eu six ans avant le 30 juin pour entrer à l'école en septembre. Je suis née en août, donc j'ai commencé ma première année à 7 ans. J'ai toujours été persuadée que je n'aurais pas réussi comme je l'ai fait si j'avais commencé avant. J'ai développé ma motivation ,ma motricité, mon sens de la responsabilité dans le milieu familial sans le stress de la compétition du groupe. Je suis persuadée que j'aurais échoué ,une année plus tôt, parce que je sais que j'ai des lacunes dans le contrôle des émotions et de la motricité. À cinq et six ans ,ces lacunes étaient trop grandes pour me permettre d'affronter la discipline scolaire, j'en suis persuadée. À sept ans j'étais premiére de classe sans problème de comportement. . Dans le temps oû c'était possible, combien de jeunes, à qui on a fait redoubler une première année , ont obtenu de trés bons résultats par après.Vaut mieux réussir plus tard qu'échouer plus jeune et pendant toute sa scolarité

    • line lamontagne - Inscrite 17 février 2017 19 h 19

      Une rectification à votre commentaire : les maternelles 4 ans dans le système public, sont en milieu défavorisés et la majorité des enfants les fréquentant ne sont pas allés dans un CPE avant.