L'immunothérapie précoce chez les enfants peut éradiquer complètement les allergies

Plus le traitement est engagé tôt dans le cheminement des enfants, plus les chances d’éliminer les allergies sont grandes.
Photo: Thomas Perkins Getty Images Plus le traitement est engagé tôt dans le cheminement des enfants, plus les chances d’éliminer les allergies sont grandes.

Une immunothérapie orale administrée dès l’âge de neuf mois permet d’éliminer définitivement une allergie aux arachides qui vient d’apparaître chez le jeune enfant, indique une étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. Cette nouvelle étude suggère ainsi qu’il serait préférable de procéder le plus tôt possible à une désensibilisation chez les enfants allergiques.

 

Des études antérieures ayant été effectuées chez des enfants plus âgés, voire des adultes, ont montré qu’une désensibilisation à un aliment allergène, tel que les arachides ou les oeufs, permet de prévenir les réactions allergiques violentes, comme le choc anaphylactique. La désensibilisation consiste à administrer tous les jours à la personne allergique de petites doses croissantes de l’allergène. « Tant que les patients prennent leur dose quotidienne, ils sont protégés. Mais s’ils cessent de la consommer, ils peuvent recommencer à réagir à l’allergène », explique le Dr Philippe Bégin, allergologue au CHU–Sainte-Justine ainsi qu’au CHUM.

 

Plus récemment, d’autres études cliniques ont permis de découvrir qu’un traitement de désensibilisation de plusieurs années peut induire une « tolérance soutenue » à l’allergène. Dans ces études, les patients ne réagissaient plus du tout à leur allergène, et ce, même après avoir suspendu leur traitement de désensibilisation pendant quelques semaines. Dans le cadre de ces études, 50 % des enfants ayant subi une désensibilisation aux oeufs pendant quatre ans ou une désensibilisation aux arachides d’une durée de cinq ans ont développé une tolérance soutenue à leur allergène. En d’autres termes, « ils ont été guéris de leur allergie », résume le Dr Bégin.

 

Bambins

 

La nouvelle étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology visait des enfants beaucoup plus jeunes, qui étaient âgés de 9 à 36 mois. Une quarantaine de ces enfants d’âge préscolaire ont reçu quotidiennement une dose de 300 mg ou de 3000 mg de farine d’arachides que l’on mélangeait à une compote ou un yogourt pendant environ trois ans. Pendant cette immunothérapie, la majorité des participants ont éprouvé quelques effets secondaires, tels que des douleurs abdominales, mais ces derniers étaient généralement légers et n’ont pour la plupart pas nécessité de traitement.

 

Cette étude nous porte à croire qu’il est préférable de procéder à une désensibilisation le plus tôt possible, alors que le système immunitaire est encore en formation et avant que la mémoire immunologique se soit établie

Cette immunothérapie orale a ensuite été interrompue pendant quatre semaines. Après ce délai, les chercheurs ont mesuré la réponse immunitaire des enfants au moment où on réintroduisait des arachides dans leur alimentation, et ils l’ont comparée à celle de 154 enfants allergiques n’ayant pas subi d’immunothérapie. Environ 80 % des enfants ayant été traités n’ont manifesté aucune réaction allergique. De plus, aucune différence significative n’est apparue entre le groupe ayant reçu la plus faible dose d’arachides et celui ayant ingéré les 3000 mg de farine de cacahuètes.

 

« Même si on vise normalement à administrer les plus grandes doses possible d’allergène car celles-ci sont censées être plus efficaces pour désensibiliser, cette étude nous indique que l’administration quotidienne de seulement 300 mg, soit l’équivalent d’une seule arachide, est suffisante pour induire une tolérance soutenue. Une telle dose est plus adaptée aux tout-petits que les 3000 mg qui représentent une douzaine d’arachides. Cela permet aussi de commencer la désensibilisation très tôt, ce qui est une bonne nouvelle, car si on commence plus tard, les taux de succès pour l’instauration d’une tolérance soutenue, soit une guérison complète, sont plus faibles. Cette étude nous porte à croire qu’il est préférable de procéder à une désensibilisation le plus tôt possible, alors que le système immunitaire est encore en formation et avant que la mémoire immunologique se soit établie », explique le Dr Bégin, qui encourage les parents à introduire des arachides (sous forme de farine) dès l’âge de 4 ou 6 mois, soit au moment où le bébé commence à manger de la nourriture solide. « L’ingestion d’arachides va aider à induire naturellement une tolérance chez les enfants à risque d’allergie. »

 

« Le tube digestif considère par défaut les aliments comme inoffensifs. Ainsi, le fait d’introduire l’aliment allergène très tôt permet au système immunitaire de le considérer lui aussi comme inoffensif. De plus, des études en bonne et due forme ont montré que plus on retarde l’introduction des arachides dans l’alimentation des bébés, plus on augmente le risque que l’enfant devienne allergique », souligne le chercheur.

 

Et ici?

 

Malheureusement, l’immunothérapie orale n’est pas encore offerte au Québec. Mais des parents d’enfants souffrant d’allergies ont lancé une collecte de fonds (à laquelle on peut contribuer à l’adresse byebyeallergies.ca) visant à permettre l’ouverture d’une première clinique entièrement consacrée à l’immunothérapie orale au CHU–Sainte-Justine, laquelle clinique pourrait, ensuite, chapeauter l’implantation de cliniques périphériques ailleurs au Québec.

  • Daniel Bérubé - Abonné 12 août 2016 10 h 32

    Ça nous prendrait...

    ...Malheureusement, l’immunothérapie orale n’est pas encore offerte au Québec. ...

    Ça nous prendrait des docteurs comme dirigeants politique... ils ne se trompent pas eux, c'est connu !

  • Madelaine Drolet-Savoie - Abonnée 12 août 2016 15 h 49

    WOW ! COUILLARD DOIT FINANCER SANS HÉSITER

    M. Couillard doit absolument financer sans hésiter l'implantation de cette découverte à Ste-Justine, l'hôpital par excellence pour la réaliser,, la suivre, l'adapter si nécessaire, en en réduisant le coût d'opération avec le temps.

    M. Couillard, qui a carburé à ce jour aux coupures et économies d'échelle, mais qui nous en annonce la fin, devrait rapidement s'en convaincre, sinon par devoir humanitaire envers sa population qui subit décès et souffrances innombrables de cette allergie, au moins par l'immense diminution de dépenses publiques qu'il aura le mérite d'avoir initiée... et la rentabilité politique que le geste lui rapportera.

    Les coûts des moyens d'urgence actuels à une réaction allergique aigue (hélicoptère, mobilisation coûteuse de personnel) et de soins hospitaliers réguliers dans ce domaine, ainsi que les mesures actuelles de tentatives de prévention et précautions, dans toutes les lieux de restauration, sont exorbitants et ce, sans garantir le résultat annoncé par cette recherche.

    La campagne de financement populaire n'est pas une mauvaise idée, elle permettrait des visites aux USA associées pour mieux en cibler la performance, mais pour ce qui est de l'implantation même du protocole, elle entrainera évidemment des délais et risques regrettables entretemps, que M. Couillard et la population du Québec ne peuvent se permettre.

    Allez, MM. les docteurs Couillard, Barrette et aures du gouvernement, un bon coup
    à faire sans tergiverser.

    Madelaine D. Savoie, abonnée