Anthropologie - Une histoire inscrite dans les os

L’anthropologie médico-légale permet de reconstituer des squelettes et leur histoire, comme ce fut le cas après la découverte de fosses communes en Irak.
Photo: Agence Reuters Ali Al-Saadi L’anthropologie médico-légale permet de reconstituer des squelettes et leur histoire, comme ce fut le cas après la découverte de fosses communes en Irak.

Publié chez EDP sciences, Secrets d'ossements, de l'anthropologue Guy Gauthier, qui paraît ces jours-ci à Montréal, montre comment l'anthropologie médico-légale a résolu ou laissé pendantes les grandes enquêtes de l'histoire.

Lorsqu'un cadavre se décompose, dans un climat chaud, la mouche bleue à viande y fait son apparition dans les trois premiers jours. Dans les quatre jours suivants, ce sont les coléoptères qui s'y installent. Viennent ensuite, entre 8 et 18 jours après le décès, les fourmis et les blattes. Suivent enfin les collemboles dans le corps post-décomposé, puis après 30 jours, alors que le corps est sec, c'est le lucane africain qui y trouve refuge.

C'est l'entomologie judiciaire qui aide à déterminer le moment du décès lorsqu'un cadavre est retrouvé. «Les entomologistes ont recensé plus de 524 espèces d'insectes différentes colonisant les cadavres», écrit Guy Gauthier. «Chaque espèce a sa propre durée de développement. La nature des larves et leur degré de maturité déterminent le moment du décès.»

L'entomologie judiciaire est l'une des nombreuses techniques que Guy Gauthier explore dans son livre, principalement à travers la mention de grandes enquêtes, de celle entourant le corps du tsar Nicolas II à celle portant sur l'empoisonnement de Napoléon ou de Toutankhamon, en passant par celle menant à la condamnation du nazi Klaus Barbie, surnommé le boucher de Lyon, pour les massacres perpétrés durant la Seconde Guerre mondiale. C'est l'analyse des os crâniens figurant sur différentes photos qui a permis d'associer de façon déterminante le Klaus Barbie actif durant la guerre et le Klaus Altmann réfugié en Bolivie jusqu'en 1987 où il travaillait comme conseiller militaire pour le gouvernement...

Les squelettes n'indiquent pas seulement comment ou quand on est mort, ils donnent également des indices sur la façon dont nous avons vécu. En 1986 et 1987, on découvre, en faisant des travaux de restauration des remparts de Québec, les ossements de cinquante squelettes emmurés. On finit par les identifier par des journaux personnels écrits par des prisonniers anglais, du temps de la Nouvelle-France. Ce sont des prisonniers anglais victimes de la guerre de succession d'Autriche, qui a opposé la France et l'Angleterre. Au moment de la découverte, l'anthropologue physique du Musée canadien de la civilisation peut, en analysant les ossements, déterminer qu'ils ont entre 8 et 74 ans, 45 sont des hommes, quatre sont des femmes, un est de sexe inconnu. Ils ont une stature moyenne de 1,70 mètre. La très grande majorité ont des abcès et des dents cariées, ce qui indique une alimentation riche en sucre et en féculents, dont, semble-t-il, de la mélasse et des pommes de terre. Leurs dents sont souvent usées par le va-et-vient du tuyau abrasif d'une pipe de terre. La plupart seraient morts d'affections aiguës ne laissant pas de traces sur les os. L'état de leur dos montrait par ailleurs qu'ils avaient dû porter de lourdes charges.

De la même façon, lorsque l'on a découvert à Herculanum, au début des années 80, 84 squelettes figés depuis l'an 79 après J.-C. dans les coulées de boue du Vésuve, l'analyse des squelettes étonnamment bien préservés a donné une foule d'informations sur leur mode de vie. La plupart des squelettes étaient de gens en bonne santé au moment de leur mort, «à l'exception des esclaves, qui souffraient d'anémie, de malnutrition et qui portaient souvent des charges trop lourdes». D'ailleurs, l'analyse de traits négroïdes, mongoloïdes et caucasiens de quatre squelettes découverts dans une maison de Pointe-au-Chêne en 1996, au Québec, a permis à des anthropologues d'avancer qu'il y avait là un cimetière de Noirs datant de plus de 100 ans, «ce qui laisse supposer que l'esclavage était pratiqué dans cette région», écrit Gauthier.

Nos ongles révèlent nos épisodes de stress et nos carences alimentaires ou en fer, notre diabète, nos insuffisances rénales, ou nos cancers. Ils se carbonisent par ailleurs complètement à 400 degrés Celsius, comme nos dents. Les poils de notre corps commencent à se carboniser à 250 degrés, et enfin, notre corps se calcine complètement entre 600 et 1000 degrés.

Lors des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center de New York, seulement 1594 personnes ont été identifiées, à partir des quelque 20 000 restes humains qui y ont été découverts, sur les 2749 qui y ont perdu la vie. Les dépouilles identifiées ont été remises aux familles. Certaines n'ont reçu qu'un doigt, sur lequel on avait prélevé des empreintes digitales... C'est sans parler évidemment de l'ADN, désormais omniprésent dans le processus d'identification d'un cadavre, qui a permis d'identifier 850 victimes de l'attentat de New York. Dans les milieux froids, les déserts chauds et secs, les tourbières et les fosses à goudron, l'ADN ancien peut être très bien préservé. On en a prélevé sur un coléoptère fossilisé du crétacé, c'est-à-dire d'il y a 120 à 135 millions d'années.

L'anthropologie médico-légale pose parfois des balises à l'histoire elle-même, notamment en ce qui a trait au peuplement de l'Amérique. En 1996, on retrouve dans le bassin d'un squelette, découvert dans la rivière Columbia à Washington, une pointe de flèche semblable à celles utilisées il y a 17 000 ans en France et en Espagne par la culture des Solutréens. Selon certains anthropologues, ce squelette présente des caractéristiques caucasiennes, d'autres chercheurs le rapprochent plutôt des Polynésiens ou des Ainus, un peuple autochtone du Japon. L'anthropologue Jon Erlandson croit par ailleurs que ce squelette, que l'on a baptisé l'homme de Kennewick, se serait trouvé parmi une vague d'immigration arrivée en Amérique par bateau il y a 12 500 ans. L'histoire est à suivre...
8 commentaires
  • France de Palma - Inscrite 26 janvier 2010 09 h 15

    Anthropologie - Une histoire inscrite dans les os

    Article très intéressant, mais votre journaliste devrait faire réviser ses textes! Voici une des "perles" que l'on y trouve :
    " La plupart des squelettes étaient en bonne santé au moment de leur mort ".
    Je n'en croyais pas mes yeux!! C'est le genre d'erreur que l"on fait en 5e année! Je ne m'attendais pas à ça du Devoir! Mais au moins j'ai commencé la journée en riant!

  • France Marcotte - Abonnée 26 janvier 2010 09 h 18

    Les squelettes veulent parler

    Vraiment très touchant de constater ce que les squelettes peuvent apprendre aux vivants, en autant qu'on les sorte de terre pour les faire parler. Une ponction faite dans le cimetière de tous les villages du Québec sur différentes époques nous révèlerait une histoire fascinante et précise, comme cette découverte d'un cimetière de Noirs à Pointe-au-Chêne. Et on n'aurait aucun mal à intéresser les écoliers à une histoire du Québec ainsi racontée. Mais le respect aux morts prime même sur la recherche de la vérité et il semble que les anthropologues doivent se contenter des squelettes que le hasard place sur leur route. D'où l'expression: il est mort en emportant son secret avec lui...

  • Maurice Monette - Inscrit 26 janvier 2010 11 h 44

    Enfin...

    ...il est à peu près temps ! Depuis le temps où l'église catholique a enfermés(es) certains(es) personnes dominantes dans un tissu de mensonges, ignorant toutes ces vérités évidentes de l'histoire de l'espèce humaine et fomentant des arnaques pleines de mystères devant être considérés comme des dogmes sur lesquels aucune question ne devait être formulées, sous peine de se retrouver en "enfer", il commencerait à être temps que la population cesse d'être bernée de façon aussi cavalière. Ce groupe de machistes qui a régné sur le monde depuis l'occultation de la réhabilitation de Jésus le Nazaréen, après sa soit-disante mort sur la croix, et nous nous retrouvons dans une fosse abyssale financière, parce qu'il n'y a plus de limite à ce vice de "l'amour de l'argent" ou, ce qui est désigné par le terme "Cupidité".

    Par toutes ces évidences qui ne peuvent plus être "cachées sous le boisseau", est-ce que la majorité silencieuse pourra enfin être conscientisée de notre venue ici-bas pour vivre des expériences de vie incarnée et tenter d'affiner l'usage de notre "libre-arbitre", en tentant de bonifier la maturité de notre esprit ou âme...?

    Il est à espérer que ce n'est que le début d'une certaine prise de conscience qui fera tomber tous ces machistes dominants et qu'enfin la "Lumière" pourra poindre dans la majorité de ceux-ci / celles-ci. Ainsi, on pourraient enfin cesser de "tourner en rond" et rester toujours au même point de leur monde économique catastrohique, qui enferme les gens dans cette "bulle économique imaginaire" et paralyse l'Évolution des esprits ou âmes. Ce qui est complètement contraire à la finalité pour laquelle nous avons la chance de revenir ici-bas, pour grandir en $age$$e (sagesse), en humilité et en grâces.

    Serait-ce enfin le "Retour vers le Futur"...?

    Bien vôtre,
    Maurice Monette
    Biologiste #939

  • coungo - Inscrit 26 janvier 2010 14 h 08

    " La plupart des squelettes étaient en bonne santé au moment de leur mort ".

    Voici la phrase de l'article:La plupart des squelettes étaient de gens en bonne santé au moment de leur mort, «à l'exception des esclaves, qui souffraient d'anémie, de malnutrition et qui portaient souvent des charges trop lourdes»
    Il n'y a donc aucune perle! C'est tout de même bien d'avoir commencé la journée en riant; par auto-désinformation........

  • France de Palma - Inscrite 26 janvier 2010 17 h 02

    Des squelettes en bonne santé...

    À l'attention de coungo : merci de m'avoir fait remarquer que quelqu'un a modifié la phrase après ma remarque de ce matin. Lorsque j'ai lu l'article à 8h50, la phrase était bel et bien telle que je l'ai citée - j'avais fait un copier/coller pour la mettre telle quelle dans mon commentaire, justement pour m'assurer de la transcrire verbatim. Comme il s'agissait d'une erreur assez grosse, quelqu'un s'est empressé de la corriger. Bravo!