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Fonds de solidarité FTQ - Quand la biotechnologie est plus plus qu'un simple financement

Une formule fondée sur le partenariat

François Huot   28 septembre 2002  Science et technologie
Aux entreprises dans lesquelles il investit — ses partenaires —, le Fonds de solidarité FTQ offre des «services à valeur ajoutée». Objectif: fournir un rendement équitable aux investisseurs, créer des emplois et contribuer à faire du Québec un important pôle biotechnologique de la planète.

Depuis sa création en juin 1983, le Fonds de solidarité FTQ a investi quelque 288 millions dans 57 entreprises de biotechnologie. Le Fonds a, selon la formule désormais classique, ainsi «contribué à créer ou maintenir» 1869 emplois. Nutraceutiques, cosmétiques, produits vétérinaires, chimie verte, bioénergie, etc., les biotechnologies ne concernent pas uniquement la fabrication de médicaments. Voulant ajuster ses appellations à la réalité, le Fonds a décidé en juillet dernier de regrouper tout ce secteur économique sous le nom de Sciences de la vie. Et c'est un ancien journaliste et gestionnaire de développement, Jean-Denis Dubois, qui en assure la vice-présidence.

Le Fonds de solidarité FTQ a beau avoir quelques milliards d'actifs, il ne peut toujours s'avancer seul, car la recherche et le développement de nouveaux produits coûtent extrêmement cher. Aussi le Fonds s'allie-t-il régulièrement avec d'autres sociétés de capital de risque. Non qu'il n'aurait, en théorie du moins, les fonds suffisants pour assumer les coûts totaux du développement de certains produits, mais l'impact serait trop important si quelques échecs survenaient au même moment. Le Fonds, qui gère une partie des économies de plus de 530 000 actionnaires, peut encaisser à l'occasion des pertes — cela arrive et fait partie du «métier» d'investisseur de risque — mais cela ne doit pas survenir trop fréquemment.

C'est pourquoi, à la question «Seul ou avec d'autres?», le Fonds préfère répondre: «Avec d'autres.» D'où des investissements avec d'autres sociétés de capital de risque comme la SGF, Sofinov, Innovatech et MDS Capital. Le Fonds FTQ a aussi contribué directement à la création d'autres fonds tels le Fonds bioalimentaire (créé avec l'Union des producteurs agricoles pour des projets d'investissement de 350 000 $ à 2M $) et le Fonds Bionovation (pour aider des entreprises à mettre au point des innovations technologiques qui en sont au stade initial de développement).

De la valeur ajoutée propre au Fonds

Investir dans des entreprises, les aider et les appuyer ensuite, c'est encore mieuxÉ surtout quand on y a investi des millions de dollars. Cette aide prend diverses formes et commence même avant qu'une entreprise soit formellement aidée. La «solidarité» commence dès qu'une demande d'investissement est déposée par une entreprise: «Dans le cadre de l'examen de votre demande d'investissement, lit-on dans la documentation du Fonds, notre service de recherche étudiera les marchés et l'environnement concurrentiel dans lesquels vous évoluez.»

À ces recherches — utiles aux deux parties — s'ajoutent des éléments propres au Fonds de solidarité, dont l'objectif est de produire un «rendement équitable» et non le plus haut rendement possible. Bref, l'entreprise bénéficie d'un «bilan de gestion des ressources humaines» pour «définir vos points forts et vos zones d'amélioration» et d'une aide en formation économique pour ses employés. Pourquoi une telle formation? Parce qu'une «meilleure connaissance des rouages financiers [É] permet aux employées et employés de mieux comprendre les enjeux de la rentabilité et de la compétitivité ainsi que leurs conséquences sur la sauvegarde de leur emploi». Ces cours sont financés conjointement par le Fonds et l'entreprise, mais sont offerts par la Fondation d'éducation et de formation économique, un organisme sans but lucratif mis sur pied par le Fonds de solidarité FTQ.

Par ailleurs le Fonds, profitant du large bassin d'entreprises dans lesquelles il est engagé, organise des maillages entre celles-ci afin qu'elles trouvent au sein des «entreprises partenaires» des ressources nécessaires à leur développement. Ces rencontres plus ou moins formelles sont si fructueuses que Jean-Denis Dubois veut en organiser uniquement pour les entreprises de son secteur d'investissement.

Vendre ou acheter?

Biochem, l'un des succès de la biotechnologie québécoise, a été vendu à bon prix à un groupe anglais, Shire Pharmaceuticals. Le succès consiste-t-il à développer une entreprise puis à la vendre, ce qui a longtemps été un atavisme de l'économie québécoise? La question conduit Jean-Denis Dubois à préciser la «stratégie économique» du Fonds de solidarité FTQ.

Bien que le Fonds ait pour objectif de se retirer des entreprises après une période de trois à sept ans, il poursuit une politique de conquête de marchés. À partir du cas d'Axcan de Mont-Saint-Hilaire, une entreprise de produits de gastro-entérologie qui a grandi beaucoup grâce à des achats de compagnies étrangères, Jean-Denis Dubois affirme sans ambages: «Ce que nous voulons, ce n'est pas que nos entreprises soient vendues, mais qu'elles en acquièrent d'autres dans le monde, ce qui leur permet à la fois d'accroître leur chiffre d'affaires ainsi que le volume des activités et le nombre d'emplois au Québec. Cela contribue aussi à la réputation du Québec et de sa main-d'oeuvre. Avec d'autres compagnies — les Laboratoires Aeterna de Québec par exemple, nous regardons la possibilité d'acquérir d'autres compagnies internationales.»

Chez Jean-Denis Dubois, ces «ambitions québécoises» se marient naturellement à des associations avec des partenaires investisseurs étrangers. «On adore cela que des compagnies de capital de risque américaines, européennes ou asiatiques investissent avec nous, car cela répartit le risque tout en ouvrant des marchés étrangers aux produits de nos compagnies québécoises et donne plus d'argent à une compagnie pour se développer.»

En fait, il semble même qu'il y ait un «manque de joueurs», comme l'illustre la faillite récente de Origenix, une compagnie dans laquelle le Fonds a investi plus de dix millions de dollars. Arrivé à un moment où il aurait fallu investir encore plus d'argent, le Fonds s'est retrouvé seulÉ et a dû battre en retraite devant l'importance des nouveaux fonds à investir. Conclusion? Le Fonds manque encore de partenaires d'investissement!

Un ancien journaliste à la barre!

Vice-président Investissements-Sciences de la vie, Jean-Denis Dubois a d'abord été journaliste scientifique à la Société Radio-Canada (1977 à 1980) et à Radio-Québec (1981). Il est ensuite devenu professeur puis directeur de la concentration Science et technologie à la Télé-Université de l'Université du Québec. Il se familiarise alors avec la recherche, ce qui le conduit ensuite à occuper de 1982 à 1999 le poste de directeur adjoint à la recherche au Centre hospitalier de l'Université Laval. En 1988, il est le fondateur du téléthon Opération Enfant Soleil pour venir en aide aux hôpitaux pédiatriques du Québec. Il arrive au Fonds de solidarité FTQ en 1999 pour s'occuper d'investissement dans le secteur Biotechnologies et santé, lequel a été «élargi» aux Sciences de la vie en juillet dernier. Il siège également au conseil d'administration du Fonds de la recherche en santé du Québec. Comme quoi le journalisme mène à toutÉ à condition d'en sortir!

SOLIM, le «bras immobilier du Fonds», bâtit

À Laval (11 000 m2) et Sherbrooke (7000 m2), le Fonds bâtit des complexes multilocatifs spécialement adaptés aux besoins des entreprises de biotechnologie. Ces édifices sont construits selon des normes particulières et disposeront d'équipements et de systèmes particuliers. Ainsi, le Centre de développement des biotechnologies de Laval (CDBL) aura des systèmes particuliers d'alimentation en énergie (gaz naturel et azote gazeux), de production d'eau purifiée ou de ventilation. Outre une construction adaptée, ces centres contiendront des équipements spécialisés que les locataires pourraient difficilement acheter et entretenir individuellement.

À cela s'ajoute, grâce aux efforts du gouvernement du Québec, des crédits et exemptions d'impôt fort alléchants pour les entreprises et certains travailleurs qui y oeuvreront. Livraison: fin 2002 pour le centre de Laval et 2003 pour le Centre de développement des biotechnologies de Sherbrooke (construit en partenariat avec l'organisme régional BioMed Développement). Notons enfin que chaque centre est situé à proximité de nombreux centres et organismes de recherche: la Cité de la Biotech à Laval et le Complexe biomédical de Sherbrooke. En biotechnologie, l'enfer, ce n'est pas les autres, c'est d'être seul!
 
 
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