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Du cartilage de requin pour soigner le cancer

Des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine et de l'UQAM expliquent comment ce produit permet d'affamer les tumeurs cancéreuses

Les mécanismes d'action par lesquels le cartilage de requin parvient à freiner l'expansion d'un cancer, voire à le réduire à néant viennent d'être élucidés par l'équipe de chercheurs du Laboratoire de médecine moléculaire de l'Hôpital Sainte-Justine et de l'UQAM qui révélaient hier lors du congrès de l'Acfas des résultats fort intéressants qui seront publiés dans la revue scientifique Molecular Cancer Therapeutics.

Les scientifiques ont également affirmé que l'extrait de cartilage de requin, nommé Néovastat, qui est préparé par la société Aetherna de Québec dont le directeur est le découvreur de ses puissantes propriétés anticancéreuses, fait actuellement l'objet d'études cliniques dans le monde entier pour le traitement des cancers du poumon et du rein. Selon les premières conclusions de ces expérimentations chez l'humain, ce produit de la mer doublerait l'espérance de vie des patients cancéreux. Administré en combinaison avec une radiothérapie, son action serait amplifiée par effet de synergie. Il serait exempt de tout effet secondaire indésirable et conserverait son efficacité à la suite de multiples administrations. «Les patients ne semblent en effet pas développer de résistance», précise Christophe Deckers, étudiant chercheur à l'Hôpital Sainte-Justine.


Une des stratégies les plus prometteuses, qui est explorée depuis quelques années pour combattre le cancer, consiste à prévenir la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui viendraient nourrir la tumeur et ainsi permettre son expansion, voire son essaimage vers d'autres organes. Dans sa quête de substances qui seraient capables de bloquer ce phénomène de vascularisation, appelé angiogénèse, le biochimiste québécois Éric Dupont — aujourd'hui directeur d'Aetherna — s'est intéressé au cartilage de requin adulte, un animal qui est immunisé contre le cancer et dont le cartilage, qui constitue une grande proportion de sa masse corporelle, perd avec l'âge toute trace de vaisseaux sanguins.


Il restait toutefois à dévoiler comment ce tissu se débarrasse de ses conduits sanguins...


L'étudiant-chercheur Sébastien Gendron vient de découvrir que l'extrait de cartilage induit l'apoptose, c'est-à-dire le suicide, des cellules endothéliales, ces briques qui tapissent la paroi interne des vaisseaux sanguins. «Or la prolifération des cellules endothéliales est la première étape dans la construction des vaisseaux sanguins, précise le biochimiste. En provoquant l'apoptose de ces cellules spécifiquement, le Néovastat empêche donc leur formation et prive la tumeur d'un apport de nutriments essentiels à sa croissance.»


Fort heureusement, le Néovastat ne s'en prend qu'aux vaisseaux immatures qui sont en voie de formation. Il ne s'attaque pas à la tuyauterie déjà existante. «À preuve, aucune hémorragie interne ne s'est déclarée chez les patients traités avec le Néovastat», souligne Sébastien Gendron.


Par ailleurs, le Néovastat inhibe également l'action de certaines enzymes qui permettent d'ouvrir une brèche dans la paroi d'un vaisseau existant afin de lancer une nouvelle ramification en direction d'une tumeur. «Ces enzymes, appelées métallo-protéases (MMP), désagrègent l'écorce du vaisseau sanguin — la matrice extracellulaire — ce qui ouvre la voie à la migration des cellules endothéliales qui formeront un nouveau vaisseau en direction de la tumeur», précise pour sa part Christophe Deckers.


Lorsque la tumeur cancéreuse manque d'oxygène, elle réclame la formation de nouveaux vaisseaux sanguins et signale sa demande en relâchant des messagers chimiques, expliquent les chercheurs. Ces signaux rejoignent les récepteurs couvrant la paroi interne des vaisseaux sanguins et leur association à ces récepteurs induit la production des MMP, ces enzymes qui entaillent la paroi des vaisseaux afin de permettre la croissance d'une nouvelle branche destinée à alimenter la tumeur. Or, le Néovastat bloque aussi ces récepteurs.


Tous ces processus préviennent la construction de nouveaux vaisseaux sanguins et affament la tumeur cancéreuse qui finit par étouffer et manquer d'oxygène. Exsangue et asphyxiée, la tumeur régresse. «Si la tumeur est réduite à une petite taille et ne peut plus croître, elle n'est plus nocive. Tout comme les grains de beauté sur la peau qui sont de petites tumeurs qui ne prennent pas d'expansion et ne sont donc pas dangereux», explique Sébastien Gendron.


Les chercheurs du Laboratoire de médecine moléculaire s'appliquent maintenant à débusquer et à isoler de la soupe de cartilage de requin les véritables acteurs de cette spectaculaire activité anti-angiogénique et par conséquent anti-cancéreuse.


De nombreuses équipes de par le monde s'activent à mettre au point et à éprouver un produit qui serait capable de contrecarrer la vascularisation des cancers. La course est féroce... «Le Néovastat sera peut-être le premier médicament anti-angiogénique à être commercialisé», lancent fièrement les deux jeunes scientifiques.
 
 
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