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Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi - Les écoconseillers s'activent au Québec

«Intégrer à l'intérieur des administrations la dimension environnementale»

Plus connus du côté de l'Europe, les écoconseillers multiplient maintenant leurs interventions au Québec. L'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) forme ces spécialistes de l'environnement venus de divers horizons. Ils gravitent, depuis 2003, autour d'une chaire dédiée à la recherche à la fois fondamentale et appliquée.

Un nouveau métier, celui d'écoconseiller, dont l'existence a été provoquée par des nécessités environnementales planétaires, a fait son apparition durant les années 1980 en Europe. Ces professionnels de formation universitaire avancée oeuvrent auprès des collectivités, des communautés, ainsi que des secteurs public et privé, dans le but de réaliser et d'assurer le suivi de projets de développement durable.

Claude Villeneuve, directeur de la chaire et du programme en écoconseil au département des sciences fondamentales de l'UQAC, raconte ce qui s'est passé de l'autre côté de l'Atlantique: «On s'est demandé là-bas comment on pouvait intégrer, à l'intérieur des administrations publiques en particulier, la dimension environnementale, qui était toujours considérée comme émanant de l'extérieur. On s'est dit qu'il était nécessaire de former des gens qui sont capables, par la communication, de faire passer leurs convictions et leur savoir-faire, en amont des problèmes.»

Strasbourg d'abord

Le professeur a vécu de près, avec ses collègues de l'Université de Strasbourg, l'implantation d'une telle formation, et il a même été celui qui a initié le concept de développement durable dans le curriculum vitae, à la fin des années 1980. Il devient clair au début des années 2000, à l'UQAC où il se trouve, qu'il est nécessaire de mettre sur pied un programme de formation de type professionnel en écoconseil qui se donnerait au Canada.

Il développe alors avec ses collègues le programme de diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en écoconseil; la première cohorte d'étudiants s'est présentée en janvier 2002. Il explique la formule de cette formation: «On parle de deuxième cycle. En fait, le DESS n'est pas une maîtrise en tant que telle, mais il comporte le même nombre d'heures de formation, soit 900 heures de cours et 600 heures de stage professionnel.»

Les étudiants, détenteurs d'un baccalauréat, proviennent de divers horizons: «On a des biologistes, des géographes, un physicien, un artiste, un spécialiste en littérature et un autre en tourisme. Une des grandes différences avec d'autres programmes universitaires, c'est qu'on recrute sur une base de diversité des formations et des expériences professionnelles, dans le but d'obtenir des gens dans au moins cinq disciplines et trois cultures différentes.» Les futurs écoconseillers sont âgés de 24 à 42 ans. Pour l'heure, ils sont principalement recherchés par le secteur privé au terme de leur formation: «Le recrutement est plus facile de ce côté. Présentement, on enregistre un taux de placement de 90 % de nos diplômés.»

Une recherche en deux volets

À l'automne 2003, la chaire en écoconseil est implantée dans le sillage de la formation déjà dispensée. Claude Villeneuve et sa collègue Nicole Huybens prennent alors conscience d'une réalité issue du programme en cours: «On est dans une situation où les écoconseillers possèdent des savoir-faire desquels il faudrait qu'émergent des connaissances théoriques, parce qu'on se rend compte que personne n'est capable d'acheter du développement durable au kilo.» Cette notion est en perpétuel mouvement: «C'est plus un processus qu'une fin en soi. C'est vraiment de la cybernétique, dans le sens où on doit s'adapter constamment dans un contexte de perpétuels changements à de multiples niveaux.»

À ce sujet, il cite une phrase de Pierre Dansereau: «Menacé par l'homme, l'environnement sera sauvé par l'homme.» Et il avance ce qui suit: «Il y a toute une série de savoir-faire qui dépassent les sciences de l'environnement, de la gestion, et ce qu'on demande généralement à un spécialiste. Ça requiert, au fond, l'intervention d'une espèce d'ignorant instruit que tout le monde aime, c'est-à-dire de quelqu'un qui, une fois qu'une question lui a été posée, peut prendre du recul par rapport à celle-ci; il peut par la suite fédérer les connaissances disciplinaires d'un ensemble d'acteurs, de sorte qu'ils communiquent entre eux pour résoudre le problème en cause en tenant compte de la plus large satisfaction des besoins humains.» À partir de cette prémisse, la chaire poursuit l'objectif fondamental de faire émerger les connaissances théoriques à partir des savoirs pratiques issus des expériences de terrain.

Regard agricole

En parallèle, le groupe de recherche s'intéresse aussi à des problèmes tangibles, comme celui du développement lié au transport des aliments, pour prendre cet exemple: «On pose que l'agriculture est en crise partout. Plutôt que de s'élever contre la mondialisation et de manifester contre les OGM, on prend du recul en se questionnant sur les raisons qui placent l'agriculture en situation de crise. On se dit que tel est le cas parce que l'agriculteur n'est plus considéré comme une personne qui nourrit l'humanité, mais comme quelqu'un qui produit des intrants pour un système industriel de distribution. On s'intéresse ainsi à ce producteur et au système qui déshumanise tout ce processus-là.»

À partir de là, des projets pratiques peuvent être élaborés et mis sur pied: «On a réalisé cette année celui du boeuf. On s'est rendu compte que, si on met ensemble un épicier, un abattoir et un producteur dans la même région, on est capable d'obtenir une filière alternative du boeuf.» Voilà pour l'aspect intervention à l'intérieur duquel sont intégrés les étudiants qui participent à ce genre de projets. Ce sur quoi le professeur lance cette observation: «Leur travail est branché en direct sur les sociétés. On ne réalise aucuns travaux qui ne sont pas conséquents. L'exercice est d'ordre pratique et comprend un client. De cette façon, on leur apprend à livrer un résultat.»

Progression vers l'international

Claude Villeneuve est pleinement conscient de la dimension universelle des problématiques abordées et de la portée très large de certains travaux de la chaire. Cette dernière est cependant très jeune et il envisage avec sagesse le virage vers l'international. Il utilise une expression alsacienne pour mieux se faire comprendre: «On est au four et au moulin. Par expérience, je sais que cela représente une grande difficulté que de faire de l'enseignement, des voyages, que de tenir des réunions internationale, etc. Ça prend une équipe assez grosse et expérimentée pour y arriver. On est tellement jeune...» Sur le plan des moyens financiers, il se montre toutefois moins inquiet à la lecture du compte de banque de la chaire, qui ne cesse de prendre de l'importance.

Il pose ainsi le défi: «L'enjeu, c'est d'aller chercher de la reconnaissance internationale en étayant et en documentant bien tout ce qu'on fait. À mon sens, ça fait partie de nos objectifs et ça peut arriver plus vite qu'on le pense, mais il faut faire preuve d'une certaine prudence.» Il résume sa vision au sujet de ce type d'expansion: «Le génie ne consiste pas à faire exploser la dynamite, c'est d'arriver à le faire au bon endroit. Nous, on essaie de bâtir les bases solides sur lesquelles on pourra laisser un héritage durable.»
 
 
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