Nouvelles formes d'économie sociale au Québec - Une solidarité émergente
Un jour, «nous n'aurons plus d'autre choix que de nous tourner massivement vers des pratiques écologiques et solidaires»
En marge du système néolibéral où le consommateur prend la place du citoyen, une nouvelle économie sociale émerge actuellement au Québec. Ces pratiques solidaires, plus radicales et moins institutionnalisées que les traditionnels organismes sans but lucratif, s'illustrent sous différentes formes dans de petits commerces de produits équitables, dans le réseau d'agriculture soutenue par la communauté et même sur Internet.
Grâce au dynamisme des défenseurs des produits équitables, beaucoup d'Occidentaux ont adopté des habitudes de consommation respectueuses envers les petits producteurs des pays du Sud. Cette solidarité s'exprime maintenant de diverses façons dans les échanges s'effectuant entre les citoyens des pays industrialisés. «Nous avons regardé des entreprises québécoises entretenant un rapport différent à l'économie et nous croyons qu'elles peuvent être porteuses d'une nouvelle forme de solidarité», explique le professeur au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal et responsable du Groupe de recherche sur les pratiques solidaires émergentes (GRPSE), Jean-Marc Fontan.
Faisant partie d'une coopérative nord-américaine, la boutique Café Rico à Montréal est solidaire avec les pays du Sud puisqu'elle propose uniquement du café équitable sur ses tablettes. Les boutiques canadiennes et américaines entretiennent également un lien très fort entre elles puisqu'elles achètent collectivement leur café et s'entraident pour gérer les boutiques et en ouvrir de nouvelles.
«Café Rico réussit à vendre du café équitable à très bas prix tout en faisant la promotion de ce type de commerce solidaire. La coopérative associe les produits de consommation à des valeurs sociales, comme le fait Laure Waridel dans son livre Acheter, c'est voter. C'est quelque chose de nouveau allant à contre-courant de l'économie de marché», poursuit M. Fontan, qui présentera la première synthèse des travaux de son groupe affilié au Centre de recherche sur les innovations sociales au prochain congrès de l'Acfas.
Citadins et agriculteurs solidaires
Instaurée il y a environ 10 ans par l'organisme Équiterre, l'agriculture soutenue par la communauté (ASC) permet aux producteurs d'ici de vendre leurs récoltes biologiques aux citadins sans intermédiaire. L'agriculteur est payé au début de la saison et il s'engage à déposer hebdomadairement des paniers au point de chute convenu. Ses clients n'ont qu'à passer les récupérer pour découvrir les fruits de la récolte de la semaine.
«L'ASC renverse la logique du système économique habituel puisque le consommateur paye un produit avant d'en prendre possession. Un rapport de confiance s'établit entre l'agriculteur et le citadin», croit l'étudiant participant au GRPSE, Marco Silvestro. L'ASC est très engageante pour le consommateur devenant partenaire de la ferme. Comme il paye un montant fixe pour son approvisionnement, il partage les risques du métier de l'agriculteur puisqu'il reçoit moins de produits si la récolte est peu abondante. Certains participants se rendent même sur les terres pour donner un coup de main aux producteurs. «On est loin du supermarché où le client se retrouve devant une montagne de tomates et en écrase trois pour en choisir deux», constate M. Fontan.
Sortir du système économique
Beaucoup plus informels, les systèmes d'échanges locaux (SEL) sont formés lorsque des résidants d'un quartier se réunissent pour faire une liste de leurs savoir-faire, de la marchandise qu'ils ont à offrir et de ce qu'ils recherchent. À l'aide d'un organisme central tenant les comptes à jour, les citoyens peuvent troquer des biens et services après en avoir négocié la valeur.
«Qui a dit qu'une heure de travail d'un plombier vaut moins cher que celle d'un médecin? Les SEL permettent aux citoyens de réévaluer la valeur des choses et de fonctionner selon les règles qu'ils établissent», explique M. Fontan. Par ce mode de vie basé sur l'entraide, l'amitié, la convivialité et la solidarité, les richesses personnelles de chacun sont valorisées et l'échange se fait à l'extérieur du système économique déshumanisant.
Le partage à l'ère d'Internet
Grâce à l'apparition des logiciels libres comme le système d'exploitation Linux et le navigateur Mozilla Firefox, la solidarité prend un virage global. Ces biens immatériels traversent les frontières des pays sans difficulté et profitent gratuitement à tous ceux qui les téléchargent. La philosophie des logiciels libres est basée sur l'idée de partage universel du savoir, même si beaucoup de personnes en sont privées puisque le niveau de développement technologique de leur pays a pris trop de retard.
Les créateurs de logiciels libres fonctionnent à l'extérieur du système de copyright. «Ils souhaitent partager leur travail avec tout le monde, sans recevoir d'argent en retour. On peut y voir une nouvelle forme de solidarité», affirme M. Fontan.
L'avenir de cette nouvelle économie sociale
Même si ces nouvelles initiatives solidaires sont très minoritaires dans l'économie néolibérale, le GRPSE s'est aperçu que certaines sont plus solides que d'autres et qu'elles pourraient même réussir à faire contrepoids au système dominant. «Les logiciels libres ont une portée très puissante et le commerce équitable a déjà réussi à influencer les pratiques du commerce régulier», constate Marco Silvestro. «Ces nouvelles manières de penser et de gérer des entreprises ne feront pas disparaître la rentabilité, mais elle passera de rentabilité économique à rentabilité sociale», affirme M. Fontan.
La pauvreté désolante de plusieurs pays en voie de développement et les problèmes liés au réchauffement de la planète sont des signes évidents du coût social énorme engendré par l'activité économique telle qu'elle est généralement pratiquée aujourd'hui, croit M. Fontan. «Les expérimentations actuelles serviront à tout le monde lorsque nous n'aurons plus d'autre choix que de nous tourner massivement vers des pratiques écologiques et solidaires», conclut-il.
***
Pratiques économiques solidaires, insertion sociale et développement durable: une typologie des exemples émergents dans la pratique québécoise, un colloque présenté le mardi 10 mai par Jean-Marc Fontan, Marco Silvestro, Yanick Noiseux et Jérôme Leblanc.
Grâce au dynamisme des défenseurs des produits équitables, beaucoup d'Occidentaux ont adopté des habitudes de consommation respectueuses envers les petits producteurs des pays du Sud. Cette solidarité s'exprime maintenant de diverses façons dans les échanges s'effectuant entre les citoyens des pays industrialisés. «Nous avons regardé des entreprises québécoises entretenant un rapport différent à l'économie et nous croyons qu'elles peuvent être porteuses d'une nouvelle forme de solidarité», explique le professeur au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal et responsable du Groupe de recherche sur les pratiques solidaires émergentes (GRPSE), Jean-Marc Fontan.
Faisant partie d'une coopérative nord-américaine, la boutique Café Rico à Montréal est solidaire avec les pays du Sud puisqu'elle propose uniquement du café équitable sur ses tablettes. Les boutiques canadiennes et américaines entretiennent également un lien très fort entre elles puisqu'elles achètent collectivement leur café et s'entraident pour gérer les boutiques et en ouvrir de nouvelles.
«Café Rico réussit à vendre du café équitable à très bas prix tout en faisant la promotion de ce type de commerce solidaire. La coopérative associe les produits de consommation à des valeurs sociales, comme le fait Laure Waridel dans son livre Acheter, c'est voter. C'est quelque chose de nouveau allant à contre-courant de l'économie de marché», poursuit M. Fontan, qui présentera la première synthèse des travaux de son groupe affilié au Centre de recherche sur les innovations sociales au prochain congrès de l'Acfas.
Citadins et agriculteurs solidaires
Instaurée il y a environ 10 ans par l'organisme Équiterre, l'agriculture soutenue par la communauté (ASC) permet aux producteurs d'ici de vendre leurs récoltes biologiques aux citadins sans intermédiaire. L'agriculteur est payé au début de la saison et il s'engage à déposer hebdomadairement des paniers au point de chute convenu. Ses clients n'ont qu'à passer les récupérer pour découvrir les fruits de la récolte de la semaine.
«L'ASC renverse la logique du système économique habituel puisque le consommateur paye un produit avant d'en prendre possession. Un rapport de confiance s'établit entre l'agriculteur et le citadin», croit l'étudiant participant au GRPSE, Marco Silvestro. L'ASC est très engageante pour le consommateur devenant partenaire de la ferme. Comme il paye un montant fixe pour son approvisionnement, il partage les risques du métier de l'agriculteur puisqu'il reçoit moins de produits si la récolte est peu abondante. Certains participants se rendent même sur les terres pour donner un coup de main aux producteurs. «On est loin du supermarché où le client se retrouve devant une montagne de tomates et en écrase trois pour en choisir deux», constate M. Fontan.
Sortir du système économique
Beaucoup plus informels, les systèmes d'échanges locaux (SEL) sont formés lorsque des résidants d'un quartier se réunissent pour faire une liste de leurs savoir-faire, de la marchandise qu'ils ont à offrir et de ce qu'ils recherchent. À l'aide d'un organisme central tenant les comptes à jour, les citoyens peuvent troquer des biens et services après en avoir négocié la valeur.
«Qui a dit qu'une heure de travail d'un plombier vaut moins cher que celle d'un médecin? Les SEL permettent aux citoyens de réévaluer la valeur des choses et de fonctionner selon les règles qu'ils établissent», explique M. Fontan. Par ce mode de vie basé sur l'entraide, l'amitié, la convivialité et la solidarité, les richesses personnelles de chacun sont valorisées et l'échange se fait à l'extérieur du système économique déshumanisant.
Le partage à l'ère d'Internet
Grâce à l'apparition des logiciels libres comme le système d'exploitation Linux et le navigateur Mozilla Firefox, la solidarité prend un virage global. Ces biens immatériels traversent les frontières des pays sans difficulté et profitent gratuitement à tous ceux qui les téléchargent. La philosophie des logiciels libres est basée sur l'idée de partage universel du savoir, même si beaucoup de personnes en sont privées puisque le niveau de développement technologique de leur pays a pris trop de retard.
Les créateurs de logiciels libres fonctionnent à l'extérieur du système de copyright. «Ils souhaitent partager leur travail avec tout le monde, sans recevoir d'argent en retour. On peut y voir une nouvelle forme de solidarité», affirme M. Fontan.
L'avenir de cette nouvelle économie sociale
Même si ces nouvelles initiatives solidaires sont très minoritaires dans l'économie néolibérale, le GRPSE s'est aperçu que certaines sont plus solides que d'autres et qu'elles pourraient même réussir à faire contrepoids au système dominant. «Les logiciels libres ont une portée très puissante et le commerce équitable a déjà réussi à influencer les pratiques du commerce régulier», constate Marco Silvestro. «Ces nouvelles manières de penser et de gérer des entreprises ne feront pas disparaître la rentabilité, mais elle passera de rentabilité économique à rentabilité sociale», affirme M. Fontan.
La pauvreté désolante de plusieurs pays en voie de développement et les problèmes liés au réchauffement de la planète sont des signes évidents du coût social énorme engendré par l'activité économique telle qu'elle est généralement pratiquée aujourd'hui, croit M. Fontan. «Les expérimentations actuelles serviront à tout le monde lorsque nous n'aurons plus d'autre choix que de nous tourner massivement vers des pratiques écologiques et solidaires», conclut-il.
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Pratiques économiques solidaires, insertion sociale et développement durable: une typologie des exemples émergents dans la pratique québécoise, un colloque présenté le mardi 10 mai par Jean-Marc Fontan, Marco Silvestro, Yanick Noiseux et Jérôme Leblanc.
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