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Technologie: Logiciel libre, prenez-vous vos responsabilités?

Quelle est notre responsabilité en tant qu'utilisateur de logiciels libres? Sommes-nous tenus de soutenir d'une quelconque façon le développeur principal ou la communauté d'un logiciel libre que nous avons téléchargé et que nous utilisons quotidiennement? J'en conviens, la question a de quoi surprendre sachant que, depuis toujours, on vous affirme dans ces pages que les logiciels libres sont gratuits.

Pourtant, depuis quelques jours, je ne cesse de me poser cette question. La bévue commise par Matt Mullenweg, le concepteur de la plateforme WordPress, est sans aucun doute le grand déclencheur de cette réflexion à laquelle je vous convie.

La semaine dernière, les responsables du moteur de recherche Google ont retiré à la page d'accueil du site WordPress.org sa note élevée de 8/10 à l'indice «Pagerank». Le «Pagerank» est une des normes utilisées par Google dans son algorithme afin de classer les sites Internet par importance. Le principe en est fort simple: plus votre site est lié par hyperliens à d'autres sites, et plus d'autres sites vous lient à eux, plus Google conclut que votre site est important et populaire. Heureusement, d'autres éléments de l'algorithme de Google peuvent tempérer l'indice «Pagerank». À vrai dire, selon Google, «plus de 100 facteurs déterminent automatiquement l'ordre d'affichage des résultats».

Les liens cachés

Alors, pourquoi tant de personnes attachent-elles autant d'importance à l'indice Pagerank? Dans le cas qui nous préoccupe, l'important «Pagerank» du site Wordpress.org lui permettait d'être présent dans le «top 1» de nombreuses recherches effectuées sur Google. Cependant, pour s'assurer que les résultats de recherche sont le plus démocratique possible, Google interdit aux sites Internet l'utilisation de liens cachés n'ayant aucun rapport avec la mission du site. Dans le jargon des spécialistes du référencement, on dit de cette pratique qu'elle «spamme» les moteurs de recherche.

Or, la semaine dernière, le site Internet Waxy.org a révélé que Wordpress.org hébergeait quasi confidentiellement sur son site plus de 120 000 articles touchant des sujets aussi excitants que les médicaments censés redonner vigueur au membre masculin, l'obtention de crédit facile et de nombreux autres sujets associés au pourriel. Le développeur principal de Wordpress a avoué avoir passé un accord financier avec une firme de placement publicitaire afin de bénéficier de revenus. Quant à la firme publicitaire, le but avoué était de faire la promotion des produits de ses annonceurs grâce à l'important Pagerank de WordPress.

Sanction rapide

Une fois ces faits connus, la sanction de Google ne s'est pas fait attendre: perte pour Wordpress.org de son indice Pagerank et une moins grande popularité dans les résultats de recherche. Heureusement pour WordPress, après que furent retirés les articles incriminants, Google lui a redonné son indice. Fin du psychodrame qui a secoué principalement la blogosphère. Pour Matt Mullenweg toutefois, cette perte de revenus l'empêchera-t-il de se consacrer autant qu'il le voudrait au développement de son produit?

Dans toute cette histoire, on peut affirmer sans se trop tromper que le développeur principal de Wordpress, Matt Mullenweg, a péché par stupidité, une conclusion qu'appuie un des développeurs associés au projet WordPress, le Dr Dave: «Cette décision de Matt est probablement l'une des plus stupides de toute l'histoire du projet. Mais plutôt que d'y voir une intention malfaisante ou même foncièrement égoïste, je l'interprète surtout comme un reflet de ce qui représente le problème majeur de WP. Un problème très commun qui se retrouve dans plus d'un projet Open Source: l'ego surdimensionné de son développeur principal.»

Coûts faramineux

Pour ma part, j'y vois un des problèmes auxquels, de plus en plus, sont confrontés les concepteurs de logiciels libres qui gagnent soudainement en popularité. Que faire lorsqu'un projet auquel on planche quasiment à plein temps, sans revenu aucun, et dans lequel on doit synchroniser les efforts d'une foule de programmeurs associés, devient un gouffre financier? Pour donner une idée de la popularité du logiciel, en quelques semaines, plus de 100 000 personnes ont téléchargé la nouvelle version de Wordpress. Je n'ose imaginer les coûts en termes de bande passante. Ceux-ci doivent être faramineux. Et n'oublions pas les milliers d'heures passées à répondre aux suppliques des utilisateurs qui demandent constamment, à quand telle ou telle fonctionnalité ou à quand la sortie d'une nouvelle version améliorée? Et quid de sa vie personnelle et de la productivité dans son emploi permanent?

En tant qu'utilisateur de WordPress, l'outil qui me sert à rédiger mon carnet Web personnel, je me sens personnellement interpellé par toute cette histoire. Je me sens une responsabilité morale à contribuer d'une quelconque façon aux efforts de la communauté WordPress. Morale, mais aucunement légale, car lorsqu'on relit attentivement la licence GPL accompagnant le logiciel, rien ne m'oblige à donner ne serait-ce qu'un dollar afin de continuer à utiliser WordPress. Et il en est de même pour tous les logiciels libres que j'utilise sur mes différentes machines.

Un don

En ce qui me concerne, j'ai résolu ce conflit éthique en envoyant un don en argent à la communauté WordPress équivalant au service qu'elle me rend. Mais j'aurais pu tout autant prendre comme décision de donner de mon temps à la communauté afin de contribuer à la localisation du produit ou à son amélioration. Encore une fois, rien ne m'obligeait à faire ce don, et rien ne vous oblige non plus à en faire de même. De même, rien ne vous oblige à donner un montant important. Ce qu'il y a de bien avec le libre, c'est que chacun est libre d'estimer la valeur qu'il accorde à un produit.

Et vous, amis lecteurs? Utilisez-vous quotidiennement des logiciels libres? Sûrement! Par exemple, si vous naviguez sur la Toile avec le fureteur Firefox, vous avez entre les mains un des fleurons du libre. Considérez-vous avoir une quelconque responsabilité envers sa communauté de développeurs? Avez-vous envoyé un don à une communauté du libre? Contribuez-vous de votre temps à l'amélioration d'un logiciel libre? Vous sentez-vous une responsabilité morale à soutenir d'une quelconque façon le logiciel libre? J'aimerais bien vous entendre à ce sujet.

mdumais@ledevoir.com






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  • Barthelemy Dagenais
    Abonné
    lundi 4 avril 2005 07h28
    Il faut assumer
    « Il y a un coût à long terme à offrir des logiciels libres puis gratuits que la communauté informatique doit assumer. C'est toute la profession de développeur de logiciels qui a été remise en cause avec l'avènement des logiciels libres. Bien entendu, cette conception intéressante des logiciels a permis la diffusion et l'implantation d'idées novatrices qui n'auraient jamais pu dépasser le stade de la planche à dessiner. J'utilise chaque jour des logiciels libres ou des composants libres que j'incorpore à mes propres logiciels et je me trouve chanceux de vivre à une telle époque.

    D'un autre côté, plusieurs grandes entreprises ont vu dans le mouvement des logiciels libres une avenue intéressante pour écraser la compétition et augmenter leur part de marché : elles financent d'immenses projets (comme Eclipse et Firefox) ce qui tue carrément les produits compétiteurs (comme IntelliJ et Opera) en plus de leur permettre d'intégrer ces produits dans leur gamme de produits propriétaires si la licence le permet. De plus, que diraient les libraires si demain matin, on distribuait les livres gratuitement? On peut aussi étendre cette logique à tous les produits et les services. Il apparaît alors évident que l'on assiste à une remise en question de la profession de développeur logiciels : si on ne peut plus gagner sa vie ainsi parce que l'on ne peut plus obtenir une rétribution juste pour le travail qu'on a accompli, le métier devient alors rapidement l'apanage des plus riches ou de ceux travaillant pour les grosses corporations. On peut réfuter qu'il restera toujours un marché pour des applications spécialisées ou plus complexes, mais si le mouvement des logiciels libres a réussi à accoucher d'un système d'exploitation (Linux), il semble alors que ce mouvement soit capable de tout, ce qui est tout de même extraordinaire en soi.

    La communauté des logiciels libres aura bientôt à se poser certaines questions sinon elle contribuera elle-même à son déclin. En attendant, il existe plusieurs façons de diminuer ses goûts et d'augmenter ses revenus avec un logiciel libre. Des sites comme SourceForge.net offrent une multitude de services gratuits (hébergement web, ferme de compilation, contrôle des sources) pour les projets de logiciels libres. De plus, il est toujours possible comme il est mentionné dans l'article de souscrire à un programme de dons ou de vendre une documentation plus détaillée ou une version commerciale du produit. La publicité reste d'après mon expérience le moyen le plus répandu d'obtenir un revenu faible, mais durable pour un projet de logiciel libre. Pour ma part, j'hésite souvent à donner des dons à des projets de logiciels libres, préférant réserver cet argent pour acheter des licences personnelles ou étudiantes de logiciels propriétaires, mais innovateurs provenant de petites entreprises.

    Barthélémy Dagenais
    Étudiant en informatique et génie logiciel, UQÀM
    Créateur du projet de logiciel libre EasyUnit (http://easyunit.sourceforge.net) »

  • Mario Dubé
    Inscrit
    mardi 12 avril 2005 22h12
    Utilisateur
    « Je suis un utilisateur de logiciel libre depuis plusieurs années. Ma contribution comme des milliers d'autres personnes, en est une de volontaire à essayer ces logiciels, tout simplement et permettre ainsi leur développement. Cela a permis de maintenir un certain équilibre, à livrer en quelque sorte une bataille avec le géant qu'est Microsoft. Après bien des années d'essais nous sommes arrivé ,je crois, à la jonction de prendre ou pas, une part active, financièrement parlant, afin de renverser la vapeur et de faire du libre, l'alternative logique, si nous voulons développer, l'informatique d'une façon à rendre la vie sur internet par exemple, plus saine et d'avoir des logiciels qui n'ont pas besoin d'autan de mise à jour. »

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