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Lutte contre le bioterrorisme - Des scientifiques protestent

Plus de 750 scientifiques états-uniens viennent d'adresser au directeur des National Institutes of Health (NIH) une pétition dans laquelle ils protestent contre l'accroissement démesuré du financement de la recherche sur quelques obscurs microbes, considérés par le gouvernement américain comme des menaces bioterroristes. Ces scientifiques s'insurgent car cette nouvelle politique financière s'effectue au détriment de la recherche fondamentale et de celle portant sur les pathogènes responsables des grands problèmes de santé publique, comme la tuberculose, la malaria et le choléra.

Les signataires de cette pétition, parmi lesquels figurent deux lauréats du prix Nobel, affirment que depuis l'automne 2001, moment où sont survenues les quelques attaques à l'anthrax, les subventions accordées aux chercheurs qui font des travaux sur six bactéries susceptibles de servir d'armes biologiques, dont celles causant l'anthrax, la peste, la tularémie et la brucellose, ont monté en flèche. Selon les comparaisons effectuées entre les dossiers soutenus par les NIH avant et après le changement de politique du gouvernement en matière de lutte contre le bioterrorisme, ces subventions ont été 15 fois plus élevées entre 2001 et 2004 qu'au cours des quatre années précédentes. Parallèlement à cette augmentation de 1500 %, le nombre de bourses accordées à des études médicales portant sur d'autres pathogènes infectieux nettement plus dévastateurs en matière de santé publique ainsi qu'à des recherches fondamentales a chuté de 27 à 41 %.

Dans la lettre qui sera publiée dans la prochaine édition de la revue Science, les 758 scientifiques qui l'ont paraphée préviennent que ce détournement de fonds vers des projets de «biodéfense», dont l'importance en matière de santé publique est par ailleurs bien faible, représente une très mauvaise orientation des priorités des NIH, ce qui pourrait porter préjudice à la recherche fondamentale en microbiologie.

Le biologiste moléculaire Richard H. Ebright, de l'université Rutgers, au New Jersey, qui a pris l'initiative de lancer cette pétition, fait remarquer que les agents susceptibles de servir pour le bioterrorisme ne font en moyenne aucune victime aux États-Unis chaque année. Les pathogènes actuellement négligés par la nouvelle politique affectent par contre des milliers de personnes tous les ans, dont une bonne part décèdent.

Selon Anthony Fauci, directeur du National Institute on Allergy and Infectious Diseases (NIAID), l'organisme qui a la responsabilité de financer la recherche en microbiologie, les signataires de cette pétition ont mal interprété les données des NIH sur l'attribution des subventions. Il affirme que le financement des recherches axées sur la biodéfense s'est en effet accru significativement — l'administration Bush a en effet décidé d'y accorder 1,5 milliard annuellement —, mais sans que fléchisse toutefois celui des autres domaines de la microbiologie.

«Je ne crois absolument pas que ce qu’il dit est vrai», réplique Sidney Altman, professeur à l’université Yale et lauréat en 1989 du prix Nobel en biologie moléculaire. «M. Fauci parle comme un administrateur. Et il est évident qu’il défend la positon de l’administration. Si vous regardez le montant que les NIH ont dépensé pour la science fondamentale en microbiologie, vous verrez qu’il a diminué. Et ce n’est pas parce que l’administration a réduit le budget des NIH. Au contraire, celui-ci s’est accru. Je crois que les États-Unis font une grave erreur en n’allouant pas tout l’argent qu’ils peuvent à la recherche fondamentale.»






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