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Technologie: Le boulevard Saint-Laurent à l'heure du sans-fil

Michel Dumais   31 janvier 2005  Science et technologie
Les promoteurs du projet communautaire «Île sans fil» ont, depuis sa fondation, à coeur d'offrir aux citoyens de Montréal un accès Internet sans fil, et ce, gratuitement. Maintenant que ce projet décolle, pourquoi la Ville de Montréal ne s'y associerait-elle pas dans ce qui pourrait être le premier partenariat public-communautaire?

Monsieur le Maire Tremblay, J'imagine que les conclusions du rapport vous ayant été remis par le controversé chercheur Richard Florida ont dû vous plaire. Après tout, il est toujours agréable de se faire dire que «Montréal est une des étoiles montantes des économies créatives qui existent dans le monde». Quant aux réactions suscitées par ledit rapport, je laisse là mon collègue Antoine Robitaille le soin de les rapporter dans les pages de ce journal.

Toutefois, vous me l'auriez demandé que je vous l'aurais dit moi-même, et ceci, juste pour le prix d'un bon café. En prime, j'aurais pu vous livrer des preuves de cette affirmation par les nombreux projets qui fourmillent ici et là.

Permettez-moi donc Monsieur le Maire, de vous présenter le projet «Île sans fil», un organisme composé de bénévoles ayant pour noms Grégoire, Drouet, Naguib, Lenczner et Lemay et provenant donc des deux côtés du boulevard Saint-Laurent. En effet, «Île sans fil» regroupe des citoyens du Montréal d'aujourd'hui, c'est-à-dire multiculturel, imaginatif, jeune, amoureux de cette ville et résolu à la faire rayonner un peu partout dans le monde.

Pas un projet technologique

Bien que la technologie soit au coeur du projet, dites-vous bien que ce n'est surtout pas un projet technologique. «Île sans fil» est un projet social, qui vise à offrir aux citoyens et aux visiteurs de la Ville de Montréal, des points d'accès à Internet sans fil. En effet, n'importe quel propriétaire d'ordinateur portable équipé d'une carte sans fil peut profiter des services offerts, à savoir un accès haute vitesse à Internet, dans un des 20 points d'accès disponibles actuellement.

Où sont-ils situés? Dans des bistrots, et quelquefois, chez de simples citoyens. Pour devenir un point d'accès, rien de plus simple. Une simple liaison Internet haute vitesse suffit. Une fois l'entente conclue avec le propriétaire du bistrot, les bénévoles du projet débarquent pour installer dans son commerce l'équipement nécessaire au partage de la bande passante. Le coût pour le commerçant? 150 $ pour acquérir le matériel, et une cotisation annuelle de 40 $ versée à l'organisation «Île sans fil».

À terme, les promoteurs de ce projet visent à recouvrir Montréal d'un filet d'ondes sans fil permettant à tout un chacun d'utiliser la bande passante inutilisée. Peut-on appeler cela du développement durable virtuel? Pourquoi pas!

Vraiment accessible

Et le social dans tout cela? Tout simple: rendre la technologie accessible à tous, partout. En plus, il y aussi un impact économique, car les commerçants qui adhérent à «Île sans fil» y trouvent leur compte, car de plus en plus de ces jeunes travailleurs créatifs, hommes et femmes d'affaires, ou simple citoyen, adoptent ces bistrots, du fait de l'accès Internet gratuit qu'ils y trouveront.

Soyons honnête Monsieur le Maire, bien que nous applaudissions à l'initiative des bénévoles d'«Île sans fil», il faut savoir que l'idée originale du projet nous provient de Seattle, la ville qui accueille une société nommée Microsoft. D'ailleurs, en mai 2002, nous avions fait découvrir aux lecteurs du Devoir le projet «Seattle Wireless». Depuis ce temps, la ville de Seattle est devenu un exemple à suivre pour les activistes du sans fil.

Jusque-là, vous me suivez Monsieur le Maire?

Bien que les responsables du projet n'aient jamais pris contact avec vous ou un de vos représentants, pourquoi ne pas prendre l'initiative d'une rencontre? Pourquoi ne pas prendre le temps de rencontrer ces jeunes et ces moins jeunes, issus du Montréal d'aujourd'hui, du Montréal créatif qui fait notre réputation et qui attire tant de créateurs de par le monde.

Alors Monsieur le Maire, pourquoi ne deviendriez pas le champion d'Île sans fil, celui qui les guiderait dans les dédales administratifs des différents paliers de gouvernement, celui qui leur ouvrirait des portes.

Partenariat

Et tant qu'à y être, poussons un plus loin votre implication et demandons-nous pourquoi Montréal et «Île sans fil» ne concluraient-ils pas un premier partenariat public-communautaire? Je sais, la mode est plutôt au partenariat public-privé, mais dans le cadre de certains projets, le communautaire pourrait-il être plus efficace que le privé, et surtout, plus près des besoins des citoyens? Je le crois. Et sincèrement, je pense qu'Île sans fil à tout le potentiel pour devenir un exemple à suivre de partenariat public communautaire.

Actuellement, presque sans subvention, et avec uniquement l'énergie qui habite les vrais créatifs, «Île sans fil» continue de déployer sa toile hertzienne. Juste pour vous donner une idée, la semaine dernière, les bénévoles ont relié à leur réseau trois nouveaux points d'accès. Une entente serait même sur le point de se concrétiser avec la société de développement du boulevard Saint-Laurent afin que la zone entre Sherbrooke et Mont-Royal soit recouverte d'une filet d'ondes sans fil.

Alors Monsieur le Maire, pourquoi ne pas donner à «Île sans fil» la poussée nécessaire afin qu'ils parachèvent ce magnifique projet social bénéfique à la Ville de Montréal? Avec ou sans vous, «Île sans fil» se concrétisera. Pourquoi n'en seriez-vous pas le champion? Vous avez bien innové avec le concept des grappes industrielles, pourquoi ne pas devenir celui qui, le premier, aura réussi le premier projet de partenariat public communautaire?

mdumais@ledevoir.com






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Vos réactions

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  • Élisabeth Germain
    Abonnée
    lundi 31 janvier 2005 11h28
    Premier ppc?
    « Monsieur Dumais, félicitations pour la promotion de ce partenariat public- communautaire.
    Je vous signale simplement qu'il n'est pas le premier! Ces partenariats foisonnent notamment dans le domaine de la santé et des services sociaux, où le communautaire innove depuis bien des années pour répondre de façon efficace et humaine aux besoins des citoyen/ne/s, palliant les insuffisances des services publics. On pourrait vous jaser longuement sur la gestion des partenariats, notamment sur la difficulté d'être en "partenariat" avec un plus gros que soi. L'action communautaire autonome a bien des difficultés à préserver son autonomie face à l'État qui détient face à elle la force du financement. Cela suggère fortement que dans les partenariats public-privé, le privé ne fera qu'une bouchée de l'État et du bien commun. »

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