Technologie: Voter libre, ça veut dire quoi?
Bien que l'on insiste, à tort, sur son coût d'acquisition inexistant, il n'y a pas que des raisons économiques pour adopter le logiciel libre.
Depuis des années que je cause en long et en large sur le logiciel libre, je dois faire ici mon mea-culpa. Trop souvent, j'invoque des raisons économiques comme raison première d'adopter le logiciel libre. Cependant, tenter de convaincre en alléguant le coût d'acquisition inexistant est une solution de facilité à laquelle il est facile de succomber, alors que les véritables raisons sont beaucoup plus profondes. Adopter le libre, c'est remettre en cause les fondements même de la propriété intellectuelle telle que nous la concevons actuellement.
Comme l'explique ad nauseam Richard Stallman, l'homme derrière le concept du logiciel libre, l'expression « logiciel libre » fait référence à la liberté et non pas à sa gratuité. Pour comprendre ce concept, il convient de penser à « liberté d'expression » et non pas à « entrée libre » (« Free as free speech, not as free beer »).
Lorsque l'on parle du logiciel libre, il faut en réalité faire référence à la liberté qu'ont les utilisateurs « d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer le logiciel ». Stallman se réfère d'ailleurs à ces quatre types de liberté pour expliquer ce qu'est le logiciel libre :
- La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0) ;
- la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l'accès au code source est une condition sine qua non;
- la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (liberté 2).
- la liberté d'améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Encore une fois, l'accès au code source est une condition sine qua non.
Des outils mieux adaptés
Si ce n'était que pour ces raisons, le libre aurait tout pour séduire. Mais soyons réalistes, qui vraiment a le temps et surtout, les connaissances pour bidouiller dans le code du logiciel ? Après tout, peu d'entre nous, surtout les 30 ans et plus, avons les capacités de personnaliser un progiciel. Mais pour beaucoup de ces jeunes qui nous poussent dans le dos, ces jeunes branchés qui ont aujourd'hui 10, 15 et 20 ans, examiner le code pour en extraire le meilleur et qui sait, améliorer le produit pour ensuite le redonner à la communauté, quoi de plus naturel que cela.
Mais bref, le libre, c'est encore beaucoup plus que tout cela. Contrairement aux logiciels propriétaires qui nous imposent leur façon de faire les choses, le libre permet de créer des outils mieux adaptés à un marché.
Doit-on encore une fois (oui !) parler du projet Mille, ce projet collaboratif réunissant plusieurs partenaires, qui a pour mission de créer, à partir de logiciels libres, une suite d'outils totalement conformes aux demandes des intervenants du monde de l'éducation. À terme, et ce moment se rapproche, le CRIM et ses partenaires offriront aux professeurs, aux étudiants, et aux administrateurs des commissions scolaires, des cégeps et des universités, une panoplie incomparable d'outils logiciels qu'ils seront libres de distribuer, d'installer, et qui sait, de modifier et personnaliser à leur tour.
Vision inspirante
Un éditeur de progiciel propriétaire pourrait-il en faire autant ? Poser la question, c'est y répondre. Avouons que cette vision derrière le projet Mille, et tous les autres projets du genre, est inspirante à souhait. Et qui va beaucoup plus loin que les propos simplistes du ministre actuel de l'éducation, Pierre Reid, qui déclarait le 5 mai dernier en commission parlementaire : « J'avais déjà cité les travaux sur le logiciel libre, par exemple, l'année dernière, ça a beaucoup évolué cette année, ça a avancé. Ça aussi, c'est très prometteur pour nous permettre d'avoir dans les écoles, dans toutes les écoles des logiciels qui sont essentiellement les mêmes que ceux qu'on aura dans les milieux de travail, mais qui ne coûteront pas ce que coûtent les licences d'entreprises de logiciels qui, lorsqu'on les multiplie par un million d'enfants, sont inabordables pour un pays. »
Considérant l'état des finances publiques, les arguments du ministre Reid ont leur importance. En effet, l'appropriation du libre par le monde de l'éducation évite aux responsables de nos institutions scolaires de faire un colossal chèque pour l'acquisition de logiciels propriétaires, chèque qui prendra la plupart du temps la direction des États-Unis ou de l'Europe. Mais de là à en faire la raison principale pour implanter le libre dans nos institutions scolaires... Un peu plus de vision monsieur le ministre ?
Pas une affaire de communisme
À ce point, il convient cependant de mettre les choses au clair. Ceux qui ont pensé et réfléchi à la question du libre ne sont pas et ne seront jamais des communistes, comme certains se plaisent à le dire. Le logiciel libre n'est pas et ne sera jamais incompatible avec le commerce. Au contraire, une entreprise commerciale peut très bien vendre du libre. La licence GPL, sous laquelle sont distribués nombre de logiciels libres, n'empêche d'aucune façon une société de faire le commerce de logiciel libre.
En fait, dès le départ, les penseurs du libre la licence GPL de façon à ce que ceux qui distribuent des logiciels libres puissent les faire payer le prix qu'ils veulent ou peuvent. Encore une fois, la philosophie du libre offre une grande souplesse. Pour ceux qui l'ont conçu, le mot anglais « free » dans « free software » (libre) a deux sens : il peut aussi bien faire référence au prix qu'à la liberté.
Certains logiciels libres sont distribués gratuitement, mais il arrive parfois que ce soit aussi contre rémunération. Un même programme est souvent disponible sous ces deux versions à partir de sources différentes. Le programme est libre en dépit de son prix, car les utilisateurs ont toute liberté dans son utilisation.
Des exemples
Prenons le cas des éditeurs de distribution Linux. Un éditeur tel Linux-Mandrake permet à tous les internautes qui le veulent bien de télécharger sa populaire distribution Linux. Cependant, il est aussi possible d'acquérir ce même produit dans une boutique, avec en prime, les manuels d'instructions et le service après-vente. D'autres entreprises privilégieront plutôt d'offrir des services à valeur ajoutée au logiciel libre, tel la société québécoise 8D Technologies qui conçoit des parcomètres intelligents à base de libre.
Les logiciels propriétaires eux, sont souvent vendus à un prix élevé, mais il est possible que l'on vous offre d'en télécharger une copie gratuite. Cela n'en fait pas pour autant un logiciel libre. Qu'il soit gratuit ou payant, le programme n'est pas libre car les utilisateurs n'ont aucune des quatre libertés.
Donc, puisque le prix n'a pas d'importance lorsque nous parlons de logiciel libre, un prix bas ne rend pas un logiciel plus « libre » qu'un autre offert gratuitement. Ainsi, si vous redistribuez des copies de logiciels libres, vous pouvez aussi bien fixer un prix élevé que rentrer dans vos frais. Pour les tenants du libre, la redistribution de logiciels libres est une activité honorable et totalement légale ; si vous l'exercez, vous pouvez très bien en tirer du profit.
Depuis des années que je cause en long et en large sur le logiciel libre, je dois faire ici mon mea-culpa. Trop souvent, j'invoque des raisons économiques comme raison première d'adopter le logiciel libre. Cependant, tenter de convaincre en alléguant le coût d'acquisition inexistant est une solution de facilité à laquelle il est facile de succomber, alors que les véritables raisons sont beaucoup plus profondes. Adopter le libre, c'est remettre en cause les fondements même de la propriété intellectuelle telle que nous la concevons actuellement.
Comme l'explique ad nauseam Richard Stallman, l'homme derrière le concept du logiciel libre, l'expression « logiciel libre » fait référence à la liberté et non pas à sa gratuité. Pour comprendre ce concept, il convient de penser à « liberté d'expression » et non pas à « entrée libre » (« Free as free speech, not as free beer »).
Lorsque l'on parle du logiciel libre, il faut en réalité faire référence à la liberté qu'ont les utilisateurs « d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer le logiciel ». Stallman se réfère d'ailleurs à ces quatre types de liberté pour expliquer ce qu'est le logiciel libre :
- La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0) ;
- la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l'accès au code source est une condition sine qua non;
- la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (liberté 2).
- la liberté d'améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Encore une fois, l'accès au code source est une condition sine qua non.
Des outils mieux adaptés
Si ce n'était que pour ces raisons, le libre aurait tout pour séduire. Mais soyons réalistes, qui vraiment a le temps et surtout, les connaissances pour bidouiller dans le code du logiciel ? Après tout, peu d'entre nous, surtout les 30 ans et plus, avons les capacités de personnaliser un progiciel. Mais pour beaucoup de ces jeunes qui nous poussent dans le dos, ces jeunes branchés qui ont aujourd'hui 10, 15 et 20 ans, examiner le code pour en extraire le meilleur et qui sait, améliorer le produit pour ensuite le redonner à la communauté, quoi de plus naturel que cela.
Mais bref, le libre, c'est encore beaucoup plus que tout cela. Contrairement aux logiciels propriétaires qui nous imposent leur façon de faire les choses, le libre permet de créer des outils mieux adaptés à un marché.
Doit-on encore une fois (oui !) parler du projet Mille, ce projet collaboratif réunissant plusieurs partenaires, qui a pour mission de créer, à partir de logiciels libres, une suite d'outils totalement conformes aux demandes des intervenants du monde de l'éducation. À terme, et ce moment se rapproche, le CRIM et ses partenaires offriront aux professeurs, aux étudiants, et aux administrateurs des commissions scolaires, des cégeps et des universités, une panoplie incomparable d'outils logiciels qu'ils seront libres de distribuer, d'installer, et qui sait, de modifier et personnaliser à leur tour.
Vision inspirante
Un éditeur de progiciel propriétaire pourrait-il en faire autant ? Poser la question, c'est y répondre. Avouons que cette vision derrière le projet Mille, et tous les autres projets du genre, est inspirante à souhait. Et qui va beaucoup plus loin que les propos simplistes du ministre actuel de l'éducation, Pierre Reid, qui déclarait le 5 mai dernier en commission parlementaire : « J'avais déjà cité les travaux sur le logiciel libre, par exemple, l'année dernière, ça a beaucoup évolué cette année, ça a avancé. Ça aussi, c'est très prometteur pour nous permettre d'avoir dans les écoles, dans toutes les écoles des logiciels qui sont essentiellement les mêmes que ceux qu'on aura dans les milieux de travail, mais qui ne coûteront pas ce que coûtent les licences d'entreprises de logiciels qui, lorsqu'on les multiplie par un million d'enfants, sont inabordables pour un pays. »
Considérant l'état des finances publiques, les arguments du ministre Reid ont leur importance. En effet, l'appropriation du libre par le monde de l'éducation évite aux responsables de nos institutions scolaires de faire un colossal chèque pour l'acquisition de logiciels propriétaires, chèque qui prendra la plupart du temps la direction des États-Unis ou de l'Europe. Mais de là à en faire la raison principale pour implanter le libre dans nos institutions scolaires... Un peu plus de vision monsieur le ministre ?
Pas une affaire de communisme
À ce point, il convient cependant de mettre les choses au clair. Ceux qui ont pensé et réfléchi à la question du libre ne sont pas et ne seront jamais des communistes, comme certains se plaisent à le dire. Le logiciel libre n'est pas et ne sera jamais incompatible avec le commerce. Au contraire, une entreprise commerciale peut très bien vendre du libre. La licence GPL, sous laquelle sont distribués nombre de logiciels libres, n'empêche d'aucune façon une société de faire le commerce de logiciel libre.
En fait, dès le départ, les penseurs du libre la licence GPL de façon à ce que ceux qui distribuent des logiciels libres puissent les faire payer le prix qu'ils veulent ou peuvent. Encore une fois, la philosophie du libre offre une grande souplesse. Pour ceux qui l'ont conçu, le mot anglais « free » dans « free software » (libre) a deux sens : il peut aussi bien faire référence au prix qu'à la liberté.
Certains logiciels libres sont distribués gratuitement, mais il arrive parfois que ce soit aussi contre rémunération. Un même programme est souvent disponible sous ces deux versions à partir de sources différentes. Le programme est libre en dépit de son prix, car les utilisateurs ont toute liberté dans son utilisation.
Des exemples
Prenons le cas des éditeurs de distribution Linux. Un éditeur tel Linux-Mandrake permet à tous les internautes qui le veulent bien de télécharger sa populaire distribution Linux. Cependant, il est aussi possible d'acquérir ce même produit dans une boutique, avec en prime, les manuels d'instructions et le service après-vente. D'autres entreprises privilégieront plutôt d'offrir des services à valeur ajoutée au logiciel libre, tel la société québécoise 8D Technologies qui conçoit des parcomètres intelligents à base de libre.
Les logiciels propriétaires eux, sont souvent vendus à un prix élevé, mais il est possible que l'on vous offre d'en télécharger une copie gratuite. Cela n'en fait pas pour autant un logiciel libre. Qu'il soit gratuit ou payant, le programme n'est pas libre car les utilisateurs n'ont aucune des quatre libertés.
Donc, puisque le prix n'a pas d'importance lorsque nous parlons de logiciel libre, un prix bas ne rend pas un logiciel plus « libre » qu'un autre offert gratuitement. Ainsi, si vous redistribuez des copies de logiciels libres, vous pouvez aussi bien fixer un prix élevé que rentrer dans vos frais. Pour les tenants du libre, la redistribution de logiciels libres est une activité honorable et totalement légale ; si vous l'exercez, vous pouvez très bien en tirer du profit.
Haut de la page

