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    Les plus importants articles scientifiques de 2017… et les autres

    27 décembre 2017 |Fabien Goubet - Le Temps | Science et technologie
    Le physicien Kip Thorne est l’un des lauréats du prix Nobel de physique 2017, qui ont prouvé que les ondes gravitationnelles étaient un nouvel outil dans la trousse des astrophysiciens, et pas simplement une curiosité théorique.
    Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le physicien Kip Thorne est l’un des lauréats du prix Nobel de physique 2017, qui ont prouvé que les ondes gravitationnelles étaient un nouvel outil dans la trousse des astrophysiciens, et pas simplement une curiosité théorique.

    L’année écoulée fut riche en découvertes scientifiques. Tour d’horizon des travaux les plus prometteurs… et de ceux qui n’ont jamais été cités par les pairs.


    C’est une tradition bien établie : la fin de l’année est l’occasion de voir fleurir dans les revues scientifiques Science et Nature un passage en revue des faits ayant marqué la science durant l’année qui s’achève. Quels ont été les résultats les plus excitants en 2017 ? Quelles personnalités ont marqué leurs domaines de recherche lors des douze derniers mois ? Enfin, éternelle question qui agite les scientifiques : combien d’articles n’ont-ils jamais été cités ? Le point sur ces questions.

     

    Les ondes gravitationnelles, encore !

     

    Pour les Américains de Science, l’un des articles les plus importants de 2017 fut la toute première observation d’une fusion de deux étoiles à neutrons. Ce phénomène à peine imaginable pour l’esprit humain a ni plus ni moins permis l’apparition d’une « nouvelle astronomie », avait alors écrit Le Temps en octobre. « Il y a 130 millions d’années, deux étoiles à neutrons ont fusionné dans la lointaine galaxie NGC 4993, libérant toutes sortes de messagers dans le cosmos, accueillis ce 17 août sur Terre et dans sa banlieue. »

     

    Et parmi ces messagers, certains ont beaucoup fait parler d’eux récemment : les ondes gravitationnelles. Ces infimes déformations de l’espace-temps, dont la première détection en 2015 a été récompensée cette année par le prix Nobel de physique, ont donc bien montré qu’elles étaient un nouvel outil dans la trousse des astrophysiciens, et pas simplement une curiosité théorique.

     

    Grâce à elles, ils peuvent désormais observer l’Univers sous toutes les coutures. C’est un peu comme si les scientifiques disposaient de nouveaux yeux pour examiner le cosmos, et c’est de très bon augure pour les décennies à venir.

     

    Les noms à retenir selon Nature

    Photo: Wikicommons La chercheuse Ann Olivarius
     

    Du côté des Britanniques de Nature, on a préféré distinguer dix personnalités scientifiques. Preuve que les ondes gravitationnelles surexcitent la communauté scientifique, le journal a distingué Marica Branchesi, de la collaboration Virgo, nom du détecteur géant installé en Italie et qui a permis les travaux cités plus haut. Vient ensuite Khaled Toukan, l’une des chevilles ouvrières du premier accélérateur de particules au Moyen-Orient, Sesame.

     

    Mais Nature ne s’est évidemment pas limité à la physique, ni aux scientifiques d’ailleurs. Le journal a ainsi mis en avant Scott Pruitt, directeur de l’Agence américaine de protection de l’environnement, pour s’être mis à dos de nombreux spécialistes de l’écologie de par ses efforts de sape des politiques antipollution américaines.

     

    Impossible enfin de ne pas citer Ann Olivarius, chercheuse londonienne dont les travaux ont mis au jour les pratiques de harcèlement sexuel de certains hommes dans le milieu académique, ainsi que la manière dont le système les a protégés.

     

    Nouvelles métriques

    Photo: Pete Marovich Getty Images / Agence France-Presse Scott Pruitt, directeur de l’Agence américaine de protection de l’environnement, s’est mis à dos de nombreux spécialistes de l’écologie par ses politiques.
     

    Outre ce palmarès forcément subjectif, des classements basés sur des métriques précises commencent à émerger. L’entreprise britannique Altmetric propose ainsi depuis quelques années un « Top 100 » selon des scores qu’elle a elle-même établis. Ces derniers prennent notamment en considération le nombre de citations sur les réseaux sociaux, sur les sites d’information ou encore sur Wikipédia, mais aussi les mentions des résultats dans les colloques scientifiques, l’impact dans la vie réelle de patients pour les articles de médecine, etc.

     

    Reflet de l’intérêt du public, 53 % des articles de ce palmarès concernent la santé, 17 % la biologie et 9 % les géosciences et les sciences de l’environnement.

     

    C’est ainsi que l’article le plus populaire de 2017, selon Altmetric, concerne l’alimentation et en particulier le rôle du gras sur la santé cardiovasculaire (voir notre texte en page A 5). Les autres articles distingués par Altmetric sont consacrés, dans l’ordre, à la santé mentale des doctorants, au fait qu’il vaut mieux se faire soigner par une femme que par un homme, aux outils de modifications génétiques chez les embryons humains ou encore au spectaculaire déclin des populations d’insectes.

     

    Cette inquiétante étude a en effet démontré qu’en vingt-cinq ans, près de 75 % des insectes volants avaient disparu en Allemagne. Le coupable ? Nul ne le sait avec exactitude, tant ces résultats sont encore récents, mais la plupart des suspicions convergent vers les néonicotinoïdes, ces pesticides dits « tueurs d’abeilles », fortement controversés.

     

    Les fonds de tiroir

     

    Après être montée au firmament de la science, la revue Nature a également fait les fonds de tiroir en se penchant sur les études qui ne sont jamais citées après leur publication. Le nombre de citations d’un article scientifique constitue l’étalon-or de la bibliométrie, notamment parce qu’il détermine en grande partie le controversé « indice h », reflet de la qualité et de la quantité de la production de chaque chercheur.

     

    Dit simplement, si un article est cité, c’est d’abord parce qu’il a été lu, et c’est ensuite parce qu’il s’est avéré utile à la science. L’absence de citation est donc facteur d’angoisse pour tous les chercheurs : leurs travaux sont-ils inutiles ? Une angoisse d’autant plus prégnante que plus de la moitié de la production scientifique totale ne serait jamais mentionnée dans les cinq ans qui suivent sa publication, d’après deux articles de Science parus en 1990 et en 1991 et dont les conclusions demeurent parole d’évangile.

     

    À tort ou à raison ? Toujours est-il que Nature a voulu vérifier ces chiffres suspects. Dans un article paru sur leur site, les auteurs, se plongeant dans la production des quelque 12000 revues scientifiques dotées d’un facteur d’impact, ont tenté de dénombrer le nombre d’articles jamais cités, sur une période s’étalant de 1980 à 2015. Résultat : à peine 10 % de papiers sans citation, un chiffre qui doit même être en réalité plus bas, explique la revue, puisque ces textes ont pu être évoqués dans l’une des très nombreuses revues non prises en compte par l’étude. Mieux, le nombre d’articles « aux oubliettes » semble même diminuer année après année.

     

    Il existe bien des différences d’une discipline à l’autre. Dans le domaine biomédical, seulement 4 % des articles parus en 2006 n’ont jamais été cités à ce jour. La proportion monte à 11 % en physique et jusqu’à 24 % en ingénierie et en technologies, probablement parce que beaucoup des articles répondent à des problématiques très précises, explique Nature.

     

    Et quand bien même un certain nombre d’articles ne sont jamais mentionnés : sont-ils mauvais pour autant ? Pas du tout, estime la revue avant d’en donner quelques exemples, dont celui-ci : un article paru en 1995 à propos de la découverte au Texas d’une nouvelle espèce de mousse, Palhinhaea cernua, n’a obtenu qu’une seule citation, et encore, il s’agissait d’une auto-citation par l’auteur. Une découverte à jeter à la poubelle ? Pas si vite, car l’information qu’il contient a été reprise dans des atlas de botanique, des herbiers et autres bases de données scientifiques.

     

    Ce que montrent ces statistiques, c’est peut-être avant tout que le système de bibliométrie scientifique en vigueur est loin d’être exempt de défauts et dénigre des travaux qui font bel et bien avancer la connaissance scientifique, avec ou sans citation.













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