Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Une caverne vieille d’au moins 15 000 ans sous Saint-Léonard

    À une dizaine de mètres sous le sol, l’endroit présente des stalactites et des marques de calcite, un minéral d’un rare jaune beurré.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À une dizaine de mètres sous le sol, l’endroit présente des stalactites et des marques de calcite, un minéral d’un rare jaune beurré.

    Les spéléologues Daniel Caron et Luc Le Blanc ont découvert une immense galerie souterraine adjacente à la modeste caverne déjà aménagée pour le public dans l’arrondissement de Saint-Léonard. De nouvelles explorations ont débouché en octobre dernier sur cette fracture de plus de 200 mètres de long, intacte depuis au moins 15 000 ans.

     

    Ces chercheurs de failles dans le sous-sol soupçonnaient jusqu’alors l’existence d’autres cavités périphériques à la caverne sous le parc Pie-XII. Mais ce n’est qu’après avoir dégagé une ouverture assez grande pour y passer la tête que l’ampleur de la galerie les a renversés, indique M. Caron.

     

    Les deux spécialistes facilitaient vendredi la descente dans les entrailles sous la ville aux journalistes, bientôt accroupis ou à genoux dans des strates boueuses.

     

    « Je n’ai pas assez de superlatifs pour décrire cette découverte. C’est extraordinaire, sidérant, incroyable », appuyait François Gélinas, directeur de la Société québécoise de spéléologie.

     

    À une dizaine de mètres sous le sol, l’endroit présente des stalactites et des marques de calcite, un minéral d’un rare jaune beurré. Un plan d’eau, sur lequel les spéléologues naviguent en pneumatique pour avancer entre les lèvres de la crevasse, est en fait la nappe phréatique.

     

    La découverte d’une fracture aussi grande en plein milieu urbain est un fait rare, même à l’échelle mondiale, a quant à lui souligné le conseiller de ville Dominic Perri. « Montréal a son Mont-Royal, Saint-Léonard a ses cavernes », s’est-il réjoui, espérant pouvoir donner accès au public.

     

    Une descente dans l’histoire

     

    L’impressionnante galerie s’est formée lors de la dernière glaciation, il y a donc au moins 15 000 ans.

     

    Les derniers blocs glaciaires mesuraient jusqu’à deux kilomètres au-dessus de la métropole. Le poids de ceux-ci aurait fait céder le roc, ouvrant une caverne étroite.

     

    « C’est comme un mille-feuille : si on prend notre main et qu’on adhère à la partie sucrée, des couches vont glisser et des couches vont se briser », exemplifie Luc Le Blanc.

     

    Le passage des glaciers entraînait aussi dans son lent sillage des strates rocheuses, « ce qui explique que le plafond est lisse », glisse Daniel Caron.

     

    Plus loin dans la fracture, les deux scientifiques assurent, photos à l’appui, que le couloir devient si rectangulaire, les parois coupées si parfaitement « qu’on le croirait artificiel ». Cette origine est l’une des rares manifestations du phénomène « glaciotectonique ».

     

    Ils sont encore d’un enthousiasme contagieux devant leur découverte : à l’heure où même les plus profondes fosses océaniques sont en train d’être cartographiées, la spéléologie « est le dernier bastion de l’exploration humaine sur Terre », dit M. Caron.

     

    « C’est un peu comme descendre dans une crypte, voir une porte avec une serrure, mais sans la clé », poursuit-il. La fièvre de voir un endroit sur lequel aucun humain n’a jamais porté son regard les soulève, renchérit son collègue.

     

    Le trou de fée

     

    La caverne de Saint-Léonard, surnommée longtemps « trou de fée », surgit pour la première fois dans l’imprimé en 1815, dans le journal Le Spectateur.

     

    L’auteur de l’époque demande aux autorités de prendre garde aux citoyens qui pourraient piller les beautés géologiques de l’endroit, en emportant des stalactites, par exemple. C’est en partie ce qui s’est passé, jusqu’en 1982, année durant laquelle Saint-Léonard décide d’en faire un site officiel pour les visites.

     

    Les rumeurs les plus folles — et les plus fausses, selon les spéléologues — voulaient aussi que la première caverne déjà connue du public ait servi à entreposer des armes des Patriotes lors de la Rébellion de 1837 ou encore que des autochtones y avaient élu domicile dans des temps lointains.

     

    Le premier site cavernicole de Saint-Léonard est dégagé sur une longueur de 35 mètres. Il est déjà possible de le visiter en saison estivale.

     

    La nouvelle galerie souterraine pourrait faire partie du futur « Centre de la terre », un projet déjà à l’étude. La Société québécoise de spéléologie souhaite en effet faire du centre d’interprétation existant un site scientifique et éducatif de la trempe du Biodôme et du Planétarium.

     

    Cette nouvelle découverte ajoutera du poids à cette ambition, espère son directeur, M. Gélinas.

    Grotte ou caverne ? Tout gouffre n’est pas une grotte et toute caverne n’est pas une grotte. Le temps géologique n’aiguise pas seulement la curiosité, il creuse des cavités, enfouies sous nos pieds. La manière dont se forment ces excavations détermine cependant leur appellation. Une grotte est ainsi formée dans les formations rocheuses qui sont solubles dans l’eau : par infiltration, dépôt et précipitation, les eaux ont sculpté ces antres souterrains. Les grottes comportent parfois des lacs souterrains et comportent pour la plupart une entrée à l’horizontale, ce qui les distingue par exemple des gouffres, plutôt orientés à la verticale. Quant aux cavernes, elles ont été formées par d’autres phénomènes, comme la glaciotectonique dans le cas de celle de Saint-Léonard. Cette distinction précise n’est cependant pas utilisée dans toute la francophonie, indique le spéléologue Luc Le Blanc.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.