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    À chaque insomniaque son traitement

    De nouvelles études sur les ondes cérébrales pourraient améliorer la prise en charge des troubles du sommeil

    7 novembre 2017 | Karl Rettino-Parazelli - Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia. | Science et technologie
    «Le repos n’est pas une période de temps perdu», rappelle le professeur Thanh Dang-Vu.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Le repos n’est pas une période de temps perdu», rappelle le professeur Thanh Dang-Vu.

    De nouvelles recherches consacrées à un type bien précis d’ondes cérébrales pourraient permettre de personnaliser le traitement de l’insomnie, un trouble du sommeil qui affectera un jour ou l’autre près d’une personne sur trois.

     

    Le professeur de l’Université Concordia Thanh Dang-Vu et ses collègues ont récemment mené une série d’études s’intéressant aux ondes cérébrales nommées « fuseaux », qui sont associées à la stabilité et à la profondeur du sommeil, mais aussi à l’apparition de troubles du sommeil.

     

    « On a étudié la manière avec laquelle ces oscillations du sommeil peuvent permettre de prédire l’apparition de problèmes d’insomnie, afin d’évaluer comment les patients peuvent répondre à un traitement de l’insomnie », explique le neurologue, qui dirige le laboratoire de Concordia sur le sommeil.

     

    Les chercheurs ont d’abord mené une étude auprès de 20 étudiants pour analyser leur sommeil au début et à la fin de la session universitaire. « On s’est rendu compte que les étudiants qui avaient plus de fuseaux au début de la session avaient tendance à développer moins d’insomnie en fin de session, lorsqu’ils sont soumis à un stress important, qui est celui des examens », résume M. Dang-Vu.

     

    Dans une seconde étude, le professeur de Concordia et ses collègues se sont plutôt intéressés aux personnes insomniaques. Ils ont constaté que celles qui produisent davantage de fuseaux de sommeil répondent mieux au traitement de première ligne de l’insomnie, qu’on appelle la thérapie cognitivo-comportementale.

     

    « Ce qu’on est en train d’identifier, potentiellement, c’est que les fuseaux pourraient être un marqueur de vulnérabilité d’insomnie », explique le chercheur.

     

    Adapter le traitement

     

    Cette découverte, qui doit être confirmée par d’autres études à venir, pourrait marquer un tournant dans le traitement de l’insomnie.

     

    Actuellement, la thérapie cognitivo-comportementale, un traitement psychologique, est difficile d’accès dans le réseau public, coûteuse dans le réseau privé et efficace dans seulement 50 % des cas, affirme M. Dang-Vu. Pour ce qui est des médicaments, ils peuvent entraîner certains effets secondaires indésirables lorsqu’ils sont utilisés sur une période prolongée.

     

    « [Nos travaux] font partie d’une approche de recherche plus large, dans le but de fournir un traitement de l’insomnie plus personnalisé. Actuellement, c’est one size fits all », souligne le professeur.

     

    « On sait que l’insomnie est un phénomène hétérogène. Certaines personnes ont un profil qui est différent. Pour mieux traiter l’insomnie, il faut donc arriver à mieux catégoriser cette insomnie en s’appuyant sur les phénomènes neurobiologiques sous-jacents. »

     

    De manière concrète, l’étude des fuseaux pourrait permettre aux spécialistes de savoir à quels patients ils doivent prescrire le traitement psychologique de première ligne et lesquels doivent plutôt être orientés vers un traitement qui modifie la production de fuseaux, à l’aide de médicaments ou non.

     

    Plusieurs questions

     


    Le sommeil fait partie du quotidien de l’être humain depuis toujours, mais il s’agit d’une discipline de recherche relativement jeune, qui se développe depuis environ 40 ans, fait remarquer Thanh Dang-Vu.


    Les études montrent qu’environ le tiers de la population souffrira d’insomnie à un moment ou à un autre de sa vie et que ce problème s’accentue avec l’âge, mais les scientifiques n’en comprennent pas encore toutes les causes et les conséquences.

     

    « On ne sait pas encore de manière très claire quels sont les impacts de certains troubles du sommeil sur la santé, admet le chercheur. Plusieurs études montrent des associations, mais les mécanismes qui sous-tendent ces associations doivent encore être élucidés. »

     

    Il explique par exemple qu’à long terme, une carence de sommeil peut causer des problèmes cardiovasculaires et réduire l’espérance de vie. Le professeur de l’Université Laval Charles Morin est même arrivé à la conclusion que l’insomnie coûte 6,6 milliards de dollars par an au Québec, en tenant notamment compte de la perte de productivité, des consultations médicales et de la consommation de médicaments.

     

    « Il faut garder à l’esprit que le sommeil n’est pas une période de temps perdu, rappelle M. Dang-Vu. C’est un moment qui est crucial pour réorganiser nos connexions au niveau cérébral, pour optimiser notre fonctionnement cognitif et pour effectuer toute la récupération nécessaire après une journée. »

     

    Dans les prochaines années, il poursuivra ses recherches à l’aide de techniques d’imagerie cérébrale pour mieux comprendre les phénomènes liés au sommeil et il est toujours à la recherche de dormeurs, insomniaques ou non, prêts à s’assoupir pour la science.

     













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