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    Comment mener la révolution numérique en santé?

    Parmi les technologies numériques d’avenir en santé, l’arrivée de systèmes apprenants permettrait par exemple d’intégrer les données dans les processus décisionnels.
    Photo: Adele Starr Associated Press Parmi les technologies numériques d’avenir en santé, l’arrivée de systèmes apprenants permettrait par exemple d’intégrer les données dans les processus décisionnels.

    Le quart des dépenses en santé n’ajoute « pas de valeur pour le patient » au Québec comme ailleurs selon des études, rapporte Denis Roy, vice-président science et gouvernance clinique à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Pour y remédier, il estime qu'une meilleure circulation des données constituerait un important levier pour l'amélioration des services.

     

    Au Québec, chaque institution gère ses données médicales. En clinique, plusieurs informations du patient n’existent qu’en format papier. Résultat : les données médicales sont cloisonnées. Et il y a des doublons dans les travaux de recherche et les examens cliniques. C’est là que la technologie numérique, par sa capacité à analyser d’immenses banques de données, pourrait engendrer des économies et améliorer l’offre de soins de santé.

     

    Denis Roy fait partie des dizaines de spécialistes de la santé québécois et français qui étaient réunis à Montréal, lundi, pour discuter du potentiel et des défis associés à la technologie numérique dans le domaine de la santé dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.

     

    « On est dans une révolution numérique avec un potentiel considérable », lance Vincent Dumez, codirecteur du Centre d’excellence sur le Partenariat avec les patients et le public de l’Université de Montréal. Mais comment allons-nous gérer ces informations ? Comment allons-nous maîtriser “ la bête ” ?

     

    Des nuages de données

     

    Le partage des données médicales peut être facilité par l’infonuagique, selon Yann Joly, directeur de recherche du Centre de génomique et politiques (CGP). Ce type de technologie consiste à emmagasiner de grandes quantités données dans des serveurs par l’intermédiaire d’Internet, comme l’iCloud.

     

    Pour l’instant, l’infonuagique est utilisée par les spécialistes en épidémiologie et en génomique, dont la recherche se base sur d’immenses bases de données. « Cela prend dix fois moins de temps d’y aller avec le nuage qu’avec des serveurs locaux. Et les coûts sont divisés par trois, calcule M. Joly. Éventuellement, les chercheurs auront presque l’obligation de passer par l’infonuagique. »

     

    Le problème, c’est que ces nuages de données sont généralement gérés par de grandes entreprises comme Google. Ces données voyagent constamment d’un endroit à l’autre sur la planète, alors les lois sur la protection de la vie privée sont nationales.

     

    Par exemple, les personnes vulnérables à la discrimination, comme celles atteintes par le VIH, pourraient subir des effets catastrophiques en cas de faille dans la protection de ces renseignements, s’inquiétait une participante à la conférence.

     

    Ces nuages ont de bons standards de protection, mentionne M. Joly, mais le client a rarement accès aux détails sur ce qui se passe à l’intérieur du nuage. De plus, lorsqu’il y a des problèmes, ces derniers sont rapportés après de longs délais.

     

    « On voit qu’on perd le contrôle de ces géants qui agissent dans divers pays, se préoccupe M. Joly. Il faudra se tourner davantage vers le droit international et la négociation des contrats. »

    On est dans une révolution numérique avec un potentiel considérable
    Vincent Dumez, codirecteur du Centre d’excellence sur le Partenariat avec les patients et le public de l’Université de Montréal
     

    Les systèmes apprenants

     

    Parmi les technologies numériques d’avenir en santé, An Tang, professeur agrégé au Département de radiologie de l’Université de Montréal, cible les systèmes apprenants, un concept qui allie informatique et science afin d’intégrer les données dans les processus décisionnels.

     

    « Imaginez un membre de votre famille qui a le cancer du sein, illustre-t-il. Actuellement, on se base sur la littérature médicale pour savoir si on devrait lui offrir le traitement A ou B. Mais avec un système apprenant, on pourrait prendre cette décision selon des données recueillies sur un millier de patientes québécoises sur lesquelles ont été testés l’efficacité et les effets secondaires des deux traitements. »

     

    Le médecin et la patiente pourraient alors sélectionner un traitement plus adapté selon les facteurs de risque de cette dernière.

     

    Mais le potentiel des systèmes apprenants ne s’arrête pas là. Des dossiers médicaux et des prescriptions pourraient être préremplis de manière automatisée, faisant gagner du temps aux médecins. Il serait plus facile d’identifier les patients admissibles pour différentes études cliniques.

     

    Des systèmes apprenants pourraient suivre en temps réel l’éclosion d’infections dans les hôpitaux, permettant de déterminer plus rapidement les vecteurs de propagation.

     

    L’intégration du concept des systèmes apprenants dans le système de santé québécois n’est toutefois pas pour demain, selon M. Tang. « Il faudra uniformiser les différentes bases de données et tout numériser », observe-t-il.

     

    De fait, plusieurs données médicales, comme des notes de la main des médecins, n’existent que sur papier. Il faudra aussi changer les pratiques.

     

    Comment se feront toutes ces transformations numériques dans le système de santé québécois ?

     

    Plusieurs enjeux juridiques et éthiques, comme l’accès à la vie privée et la part de l’homme versus celle de la machine, sont soulevés par ces changements.

     

    « Quel type de régulation devrait-on avoir pour gérer ces changements profonds et majeurs ? Qui devrait être responsable de gouverner ? se questionne M. Dumez. Face à ce “gros bébé” [la technologie numérique] qui se développe et qui arrive, il n’y a pas de solution claire. »













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