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    La vie après le doctorat

    23 septembre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Science et technologie
    Photo: iStock
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Durant deux jours, jeudi et vendredi derniers, 225 étudiants inscrits à la maîtrise, au doctorat et au postdoctorat pour certains se sont donné rendez-vous à Québec, dans le cadre des cinquièmes Journées de la relève en recherche. Un événement coorganisé par le Fonds de recherche du Québec (FRQ) et l’Association pour le savoir francophone (Acfas) et destiné à mieux outiller les jeunes chercheurs à la recherche de débouchés.


    « L’objectif du doctorat, c’est de développer à la fois des connaissances de pointe et ses capacités de recherche, indique le président de l’Acfas, Frédéric Bouchard. Des compétences qui peuvent être utiles dans bien des secteurs de la société. Trop de gens croient que seules les universités ont besoin de doctorants. Mais tant les entreprises que les OBNL [organismes à but non lucratif] ou encore les ministères ont besoin de gens ayant des connaissances pointues et capables par exemple d’interpréter des résultats de recherche. »

     

    M. Bouchard, par ailleurs professeur titulaire au Département de philosophie et doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, explique que le nombre de doctorants a considérablement augmenté ces dernières années sans que de nouveaux postes de professeurs se soient ouverts. Résultat : de plus en plus d’étudiants en fin de troisième cycle doivent trouver du travail en dehors de l’université. Une réalité à laquelle ils rechignent ?

     

    « Pas nécessairement, répond-il. Seulement, la carrière universitaire leur semble la plus naturelle et ils n’ont souvent pas imaginé faire autre chose. Nous devons les sensibiliser à cette possibilité plus que nous le faisons aujourd’hui. Il ne s’agit pas de les décourager de rester à l’université — parce que nous avons besoin d’eux —, mais de leur ouvrir des perspectives. En leur montrant que leurs connaissances pourraient bénéficier à toute la société s’ils décidaient d’embrasser une autre carrière. »

     

    Employabilité

     

    Certains ateliers proposés ces deux derniers jours à Québec portaient donc justement sur l’employabilité des jeunes chercheurs et leur capacité à trouver un travail après plusieurs années passées à travailler — souvent seuls — sur un sujet assez hermétique pour le commun des mortels. Comment réussir un entretien ? Comment convaincre un employeur que son parcours apportera une réelle valeur ajoutée à ses services ?

     

    « De ce point de vue, le Canada et le Québec sont des sociétés en retard par rapport à d’autres pays de l’OCDE, note Frédéric Bouchard. Nous constatons une sous-performance en matière d’innovation organisationnelle et sociale. »

     

    Un manque d’innovation qui fait en sorte que le monde non universitaire continue à embaucher dans ses bassins traditionnels, faisant ainsi barrage à la diversité, pourtant reconnue aujourd’hui comme vecteur d’innovation. Un cercle vicieux en quelque sorte. « Il y a des secteurs, comme la haute technologie ou la pharmacie, qui sont plus habitués à recruter des doctorants, précise le président de l’Acfas. Les occasions y sont plus visibles. Mais prenons le secteur des politiques publiques : il y a icide la place pour des diplômés de maîtrise ou de doctorat, et certains y font déjà de belles carrières. Mais ce n’est pas un débouché auquel les étudiants pensent d’emblée. »

     

    Financement

     

    Et pourtant, certains d’entre eux auront à y penser plus tôt qu’ils ne l’auraient souhaité. En avril dernier, le rapport Naylor révélait que la recherche fondamentale manquait cruellement de financement au Canada, en raison des compressions subies dans le secteur ces dix dernières années. Le gouvernement fédéral avait promis de réinvestir rapidement, mais l’argent se fait toujours attendre.

     

    « C’est la relève qui en pâtit, car c’est souvent le premier poste budgétaire qui tombe, explique Frédéric Bouchard. C’est problématique, car nous avons des étudiants motivés et pleins de talent qui ont beaucoup à nous offrir, mais qui se voient obligés de mettre un terme à leur carrière de façon abrupte faute de financement. »

     

    D’où la tenue d’un atelier pratico-pratique sur la production des demandes de bourse, ou comment mettre toutes les chances de son côté pour obtenir le financement désiré. Car les Journées de la relève en recherche ne font pas que regarder vers l’avenir. Elles ont également comme objectif d’outiller les étudiants chercheurs dans leur travail de tous les jours.

     

    Certains ont ainsi suivi un atelier sur l’art et la manière de gérer son stress durant les études, d’autres sont allés chercher des trucs pour bien rédiger leur mémoire ou leur thèse. D’autres encore ont pu prendre des renseignements sur les possibilités offertes en matière de mobilité internationale.

     

    Communication

     

    « De nombreux ateliers ont également porté sur la communication, souligne le président de l’Acfas. Comment bien partager ses résultats à la fois avec les non-universitaires, mais aussi à l’intérieur même de l’université ? Parce que de plus en plus de recherches sont interdisciplinaires. Savoir vulgariser est devenu important, mais aussi savoir utiliser les réseaux sociaux. Il s’agit d’être capable de traduire pour différents publics nos passions en recherche. »

     

    Parce que de la passion, il y en a, et du talent aussi, ajoute-t-il. Résultat : les chercheurs québécois présentent des résultats d’une très grande qualité, et ayant un rayonnement bien plus important que ce que la taille de la province pourrait laisser présager, juge-t-il.

     

    « Nous sommes reconnus à l’étranger alors que nous sommes une toute petite société de recherche, conclut-il. Si l’on regarde le nombre de publications, de citations ou encore de prix internationaux, le Québec a une influence réelle dans le monde scientifique. Mais cette bonne santé va devenir de plus en plus fragile si le financement promis ne survient pas rapidement. »













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