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    Grandeur nature

    Le vrai carnet de notes d’Indiana Jones

    Incursion au sein d’un site archéologique amérindien

    5 août 2017 | Isabelle Porter à Saint-Augustin-de-Desmaures | Science et technologie
    Le site a été découpé à la manière d’un damier. Carré par carré, les étudiants creusent délicatement le contenu du sol avec de modestes truelles.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Le site a été découpé à la manière d’un damier. Carré par carré, les étudiants creusent délicatement le contenu du sol avec de modestes truelles.

    Le Devoir vous transporte cet été sur le terrain en compagnie de chercheurs qui profitent de la belle saison pour recueillir observations et données. Dans une série épisodique, Grandeur nature s’immisce dans la sphère de ceux qui font la science au jour le jour. Aujourd’hui, l’exploration d’un site archéologique de 3000 ans par une équipe de l’Université Laval.


    Pour atteindre le site des fouilles, il faut parcourir une centaine de mètres dans le boisé Saint-Félix, près du lac Saint-Augustin. Après quelques pas sur un parcours vaseux, on débouche dans une petite zone à découvert.

     

    Il y a environ 3000 ans, des Amérindiens auraient passé du temps ici pour tailler de la pierre et manger. « C’est comme une petite capsule temporelle, un petit moment dans le temps. Quelques jours, peut-être quelques semaines à la limite », explique l’archéologue qui dirige les fouilles, Michel Plourde.

     

    Accroupis par terre, quatre étudiants grattent une zone quadrillée sur le sol pendant que deux autres filtrent ce qu’ils ont trouvé dans d’immenses tamis. Contrairement à l’auteure de ces lignes, ils ont eu la bonne idée de mettre des pantalons longs. Les moustiques font la loi ici.

     

    Des éclats et des indices

     
    Photo: Francis Vachon Le Devoir L’équipe a un mois pour fouiller le site. 

    En quelques jours à peine, le petit groupe a trouvé de nombreux éclats de pierre taillée préhistorique. Comment savoir qu’ils sont si vieux ? « Grâce à deux indices », poursuit le professeur de cette sympathique école d’été.

     

    D’abord, il n’y a pas de céramique sur le site. « Quand on est dans la période postérieure à 3000 ans avant aujourd’hui, il y a toujours de la céramique sur les sites dans la vallée du Saint-Laurent. » Autre indice : les datations de carbone 14.

     

    Les précieux vestiges de la préhistoire étaient tapis à peine à quelques centimètres de profondeur. C’est souvent le cas en archéologie, d’ailleurs. « Quand les gens du public nous visitent, c’est ce qui les surprend le plus », raconte M. Plourde.

     

    « Ils trouvent aussi que ce n’est pas aussi spectaculaire qu’ils le pensaient », ajoute-t-il. Le travail est minutieux, les découvertes n’ont rien de trésors dorés. « Indiana Jones, il ne prend pas de notes, il n’a pas de truelle non plus », fait remarquer le chercheur un sourire en coin.

     

    Pourquoi ici et pas ailleurs ?

     

    L’intérêt de ce site découle du fait qu’il se trouve à un endroit presque vierge. En 3000 ans, personne n’y a construit quoi que ce soit ou n’en a labouré la terre. Bref, le sol n’a pratiquement pas bougé, à part des arbres qui ont pu tomber ou encore les déplacements des vers de terre (oui, oui, ça peut avoir un impact).

     
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Accroupis par terre, quatre étudiants grattent une zone quadrillée sur le sol pendant que deux autres filtrent ce qu’ils ont trouvé dans d’immenses tamis. 

    Michel Plourde a commencé à sonder les environs il y a quelques années déjà. « En 2010-2011, on a fouillé un très beau site à environ un kilomètre d’ici. C’est un atelier de taille de pierre, quasiment une usine de production de petits outils qui servaient à faire des pointes, des couteaux. »

     

    En étudiant l’environnement, il a noté la présence du lac et songé à fouiller la zone non habitée entre les deux. En 2012, les premiers sondages sur le site actuel ont permis de dénicher de premiers éclats de pierre.

     

    Pourquoi avoir opté pour cette petite zone en particulier ? « Tout près du lac, c’est l’endroit le plus plat et le plus élevé », poursuit-il.

     

    Qui ?

     

    Que sait-on de ces tailleurs de pierre ? « Pas grand-chose. On essaie de reconstituer leur mode d’établissement. Est-ce qu’on peut déterminer combien de personnes étaient ici ? Deux, trois, quatre personnes ? Qu’est-ce qu’elles ont mangé ? Combien de temps sont-elles restées ici ? »

     
    Photo: Francis Vachon Le Devoir En 2012, les premiers sondages sur le site actuel ont permis de dénicher de premiers éclats de pierre.

    Son hypothèse est qu’elles sont venues au lac pour se ravitailler en nourriture (du castor, des poissons, des oiseaux).

     

    Le site a été découpé à la manière d’un damier. Carré par carré, les étudiants creusent délicatement le contenu du sol avec de modestes truelles. La simplicité des outils est frappante. L’allure des chantiers de fouilles n’a effectivement pas changé beaucoup avec le temps, concède M. Plourde.

     

    En trois jours à peine, l’équipe a trouvé un nombre incalculable de fragments. « C’était taillé un éclat à la fois. Les Amérindiens utilisaient d’abord un percuteur en pierre pour dégrossir le bloc puis, quand ils avaient obtenu un bel éclat, assez gros et tranchant, ils prenaient un andouiller de caribou [les bois] et taillaient avec ça pour la finition, pour amincir l’encoche, faire des objets, des grattoirs, des perçoirs… »

     
    Une fois les pierres lavées, on va pouvoir les classer, les différencier et faire des corrélations avec les sources connues. Ça se pourrait qu’on trouve une ou plusieurs sources [de pierre]. Les Amérindiens ont pu se promener partout. Ils connaissaient le territoire et allaient chercher la meilleure pierre où elle était.
    Michel Plourde, archéologue

    Ou encore des flèches. Selon leur forme et l’emplacement de l’encoche, on peut préciser la période où celles-ci ont été confectionnées, précise-t-il. L’archéologue est confiant. « On va trouver des objets façonnés. Ça s’en vient, c’est une question de temps. »

     

    Le castor et les oiseaux favoris

     

    La pierre utilisée s’appelle le « chert ». Une pierre verdâtre dont on a trouvé des sources un peu partout dans la région, notamment dans la Côte-de-la-Montagne dans le Vieux-Québec. « Une fois les pierres lavées, on va pouvoir les classer, les différencier et faire des corrélations avec les sources connues. Ça se pourrait qu’on trouve une ou plusieurs sources [de pierre]. Les Amérindiens ont pu se promener partout. Ils connaissaient le territoire et allaient chercher la meilleure pierre où elle était. »

     

    L’équipe a un mois pour fouiller le site. Au moment du passage du Devoir, elle espérait trouver des os des restes d’animaux carbonisés et une zone de combustion. « Quand il y a une zone de combustion, le sol devient rouge. Il y a vraiment une signature chimique qui s’installe. »

     
    Photo: Francis Vachon Le Devoir En étudiant l’environnement, Michel Plourde a noté la présence du lac et songé à fouiller la zone non habitée entre les deux. 

    Quant aux restes d’animaux, l’équipe espère que les tailleurs de pierre étaient férus de castors et d’oiseaux et qu’ils ne se sont pas contentés de poissons. Car les arêtes ne traversent pas les millénaires…

     

    Avis à ceux qui souhaitent être témoins de la suite des recherches, le site sera ouvert au public le troisième dimanche du mois d’août dans le cadre de l’événement Archéo-Dimanche. Pour d’autres suggestions de sites à visiter, les offres pleuvent en ce moment puisque c’est le Mois de l’archéologie.













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