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    Pourquoi la générosité nous rend plus heureux

    15 juillet 2017 |Marie-Laure Théodule - Le Temps | Science et technologie
    Une étude de neurobiologistes allemands, américains et suisses démontre que la relation entre générosité et sensation de bonheur s’observe aussi dans le cerveau.
    Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse Une étude de neurobiologistes allemands, américains et suisses démontre que la relation entre générosité et sensation de bonheur s’observe aussi dans le cerveau.

    Pour la première fois, une expérience confirme par imagerie cérébrale que la générosité et le sentiment de bonheur sont bien associés dans le cerveau.


    Qu’est-ce qui pousse l’être humain à se montrer généreux ? Par exemple lorsqu’il fait des dons à des associations humanitaires, qu’il se lance dans le bénévolat, ou qu’il aide un passant handicapé à traverser la rue ? L’économie, la psychologie, la biologie et la philosophie, toutes ces disciplines ont tenté de découvrir les raisons profondes qui sous-tendent nos comportements généreux.

     

    Parmi les motifs étudiés — soutien à ses proches ou à sa communauté, attente d’une réciprocité (si j’aide l’autre, il m’aidera aussi), recherche de notoriété — aucun n’explique complètement cette propension de l’homme à la générosité, quel que soit le contexte. Une autre hypothèse a désormais le vent en poupe, car elle s’est renforcée à partir de nombreuses études en psychologie menées depuis les années 2000 : et si aider les autres nous rendait tout simplement heureux ?

    Beaucoup de travaux en psychologie montrent les liens entre générosité et bonheur
    Jacques Lecomte, chercheur en psychologie
     

    Cette idée va à l’encontre de la pensée dominante en économie, selon laquelle tout comportement généreux représente un coût pour l’individu — il dépense ses ressources pour les autres — alors que la poursuite du bonheur est considérée comme la recherche d’un gain. « Pourtant, beaucoup de travaux en psychologie montrent les liens entre générosité et bonheur. Ainsi, en 2010, une enquête menée dans 136 pays, avec une moyenne de plus de 1300 personnes par pays, a identifié une corrélation positive entre le don et le bien-être dans 122 pays », explique Jacques Lecomte, chercheur en psychologie, et auteur d’un essai sur le sujet, Bonté humaine : altruisme, empathie, générosité (Odile Jacob, 2002).

     

    Mécanismes cérébraux

     

    Or, pour la première fois, un travail d’une équipe internationale de neurobiologistes des Universités de Lübeck (Allemagne), Chicago et Zurich démontre que la relation entre générosité et sensation de bonheur s’observe aussi dans le cerveau. Les études en neuro-imagerie avaient jusqu’à présent étudié séparément chaque phénomène.

     

    Ainsi, un comportement généreux active une zone du cerveau, la jonction temporo-pariétale. Et la sensation de bonheur, en raison de sa connexion au plaisir, active deux zones cérébrales liées à la récompense, le striatum ventral et le cortex orbitofrontal. Allant plus loin, la nouvelle étude identifie les mécanismes cérébraux par lesquels le comportement généreux module la sensation de bonheur.

     

    La générosité entraîne la générosité

     

    Pour cela, l’équipe a établi un protocole en deux phases qu’elle a testé auprès de 48 participants répartis en deux groupes, l’un s’engageant dans une action altruiste et l’autre servant de contrôle. Au début de la première phase, les participants apprennent qu’on va leur envoyer de l’argent (25 francs par semaine) pendant 4 semaines. La moitié d’entre eux (le groupe expérimental) s’engage à dépenser cet argent pour d’autres cependant que l’autre moitié (le groupe témoin) s’engage à dépenser cet argent pour lui-même. Puis, lors de la seconde phase, l’ensemble des participants effectue une tâche de prise de décision dans laquelle ils peuvent se comporter plus ou moins généreusement, pendant que l’on mesure leur activité cérébrale à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Par ailleurs, le niveau de bien-être des participants a été évalué deux fois au moyen d’un questionnaire standardisé : au tout début de l’étude avant qu’ils ne reçoivent les consignes, et à la fin.

     

    Résultat : sur le plan comportemental, les participants engagés dans la promesse d’une action généreuse se sont comportés plus généreusement aussi dans la tâche de prise de décision et leur niveau de bien-être a augmenté plus que celui du groupe de contrôle. Et au niveau neuronal, on note chez le groupe expérimental par rapport au groupe témoin une augmentation de l’activité de la jonction temporo-pariétale (liée à la générosité), laquelle est corrélée à une augmentation de l’activité du striatum ventral (lié au bien-être).

     

    « Notre travail montre donc que l’engagement dans une promesse de don, comme dans les émissions de télévision, suffit à faire augmenter la sensation de bien-être et la générosité, et que le lien entre générosité et bonheur existe aussi au niveau neuronal dans l’interaction entre deux régions du cerveau », explique Philippe Tobler de l’Université de Zurich, l’un des auteurs de l’étude.

     

    Mais Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie à l’hôpital Bichat à Paris, tempère : « Cette étude très sérieuse n’a pas d’application directe au niveau médical. Elle s’inscrit dans un courant qui tente de localiser, comme au XIXe siècle, des fonctions intellectuelles. Elle montre tout de même notre grande plasticité cérébrale : lorsqu’on fait un travail psychologique, ici un travail de générosité, cela modifie notre cerveau ».

     

    Reste une question non résolue, comme le souligne Philippe Tobler : un individu sera-t-il plus heureux s’il se montre généreux uniquement dans ce but ? La neuro-imagerie n’explique pas encore si on peut forcer le bonheur…













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