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    La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones n’a eu qu’une valeur morale et symbolique

    6 mai 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Science et technologie
    « Le texte a une valeur morale et symbolique très forte dans le sens où, si les droits des autochtones sont brimés, ces derniers peuvent aller sur la scène internationale dire combien le Canada est un pays raciste qui se comporte en colonisateur », explique Daniel Salée, directeur du First Peoples Studies Program à l’Université Concordia.
    Photo: Pedro Ruiz Le devoir « Le texte a une valeur morale et symbolique très forte dans le sens où, si les droits des autochtones sont brimés, ces derniers peuvent aller sur la scène internationale dire combien le Canada est un pays raciste qui se comporte en colonisateur », explique Daniel Salée, directeur du First Peoples Studies Program à l’Université Concordia.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    En 2007, 143 pays se mettaient d’accord sur une déclaration commune des droits des peuples autochtones, ouvrant la porte à l’autodétermination. Comme la Russie, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, le Canada du gouvernement Harper mettra trois ans à ratifier le texte, prétextant le possible morcellement de son territoire. Mais dans la réalité, la déclaration a plutôt une valeur morale, croit Daniel Salée, directeur du First Peoples Studies Program à l’Université Concordia et organisateur d’un colloque sur la question dans le cadre du 85e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas).


    « À l’époque, se souvient le professeur Daniel Salée, la volonté de séparation du Québec était encore toute fraîche dans les têtes. On avait peur que certaines nations autochtones affirment leur souveraineté et que le Québec suive. On ne souhaitait pas rouvrir cette plaie. »

     

    Certains évoquaient la possible balkanisation du Canada si, une à une, toutes les Premières Nations cherchaient à devenir complètement autonomes sur leurs territoires ancestraux. Car certains sont immenses. Les Innus pourraient revendiquer jusqu’à 300 000 km2, presque un tiers de tout le Québec.

     

    « Si on appliquait à la lettre l’esprit de la déclaration, rappelle Daniel Salée, certains territoires pourraient sortir de la Confédération. On comprend alors que le Canada ait été réticent face à ce texte. Ça va très loin. C’est reconnaître qu’une minorité qui représente aujourd’hui 4 à 5 % de la population canadienne a droit à des milliers de kilomètres carrés de terres. Ça remet en question l’intégrité institutionnelle du Canada. Si je te reconnais comme nation, ça signifie que tu vas pouvoir revendiquer le fait d’avoir les coudées franches sur tel ou tel territoire. »

     

    Mais dix ans plus tard, ce n’est pas ce qui s’est passé, loin de là. Tout juste la société s’est-elle très légèrement « autochtonisée ». On leur reconnaît le droit à leurs traditions, à leur culture, à la détermination de leurs priorités politiques et administratives. Leur vision du monde est reconnue.

     

    « Le texte a une valeur morale et symbolique très forte dans le sens où, si les droits des autochtones sont brimés, ils peuvent aller sur la scène internationale dire combien le Canada est un pays raciste qui se comporte en colonisateur, explique M. Salée. Et on sait qu’aujourd’hui la réputation est importante. C’est un moyen de pression. Au-delà de la possible revendication d’indépendance, on a un cadre légal, juridique, philosophique qui donne des avantages aux autochtones. »

     

    Impossible par exemple aujourd’hui de lancer un projet tel que le Plan Nord sans consulter les Premières Nations. Celles-ci veulent être des partenaires et bénéficier des retombées économiques.

     

    Malgré cela, de nombreuses communautés autochtones continuent à vivre dans des conditions indécentes: 90 % des réserves disposent de l’électricité et les lacunes en matière de logement, de chauffage central, d’eau potable, d’eaux usées et de protection contre les incendies sont plus importantes que dans le reste du Canada.

     

    « Il n’y a pas de politique globale en la matière, déplore le professeur. On y va au cas par cas selon les demandes. Ça dépend beaucoup du leadership des chefs. Les Cris, par exemple, ont toujours eu des leaders très forts, et ils ont obtenu plus que les autres. En 2002, ils ont notamment signé la “Paix des Braves”. »

     

    Cette entente portait sur le développement des ressources du nord du Québec et prévoyait que le gouvernement s’engage à associer les Cris au développement de la région et à leur verser quatre milliards et demi de dollars au cours des cinquante prochaines années. En retour, les Cris acceptaient d’abandonner toute poursuite contre le gouvernement du Québec. Plus récemment, ces derniers ont également obtenu la création d’un gouvernement régional paritaire Cris-Jamésiens. Les Innus, en revanche, traditionnellement plus divisés, n’ont jamais réussi à parachever l’entente globale d’autonomie pourtant négociée avec le Québec depuis le début des années 2000.

     

    « Reste que, contrairement à l’esprit de la déclaration des Nations unies, pour que des structures autochtones soient acceptées, elles doivent respecter les lois provinciales et fédérales, souligne Daniel Salée. Les autochtones sont soumis à des textes supranationaux auxquels ils doivent se conformer. On ne peut donc pas vraiment parler d’autodétermination. »

     

    Le spécialiste précise par ailleurs que tous les pays ayant une forte communauté autochtone se retrouvent avec le même type de problématiques. Et cela, même lorsque les dirigeants sont arrivés au pouvoir avec les meilleures intentions du monde.

     

    « Lorsque le rapport Murray Sinclair a été rendu public en décembre 2015, conclut-il, Justin Trudeau avait promis que les recommandations faites par la Commission de vérité et réconciliation seraient mises en place. On est en mai 2017, et aucune des promesses n’a pour l’instant été tenue. »













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