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    Diplomatie scientifique

    «La science, une question éminemment politique»

    6 mai 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Science et technologie
    Partager les expériences, les expertises, les façons de faire, les résultats, ça fait avancer la science bien sûr, mais aussi les discussions diplomatiques entre pays, selon Rémi Quirion.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Partager les expériences, les expertises, les façons de faire, les résultats, ça fait avancer la science bien sûr, mais aussi les discussions diplomatiques entre pays, selon Rémi Quirion.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Le recours aux chercheurs et aux résultats probants de la recherche permet d’explorer des pistes de solution et d’éclairer les décideurs sur des enjeux bilatéraux, multilatéraux, voire planétaires, croit le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion. Le Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) sera justement l’occasion de mener une réflexion sur l’usage de la diplomatie scientifique au Québec et au Canada.


    Le Québec scientifique devrait-il s’inscrire au coeur des stratégies des gouvernements québécois et canadien pour participer à la résolution des grands enjeux ? À cette question M. Quirion répond que oui. Trois fois oui, même. Et aujourd’hui encore plus qu’hier, parce que nombre de sujets scientifiques sont devenus politiques et ne peuvent plus se régler qu’à l’échelle locale.

     

    « Prenons les changements climatiques et le développement durable, démontre-t-il. Ça touche le Québec, le Canada, mais aussi tout le continent américain et la planète dans son ensemble. Au départ, c’est un sujet scientifique. Mais c’est devenu une question politique parce qu’elle engendre des problèmes que les sociétés ont à régler. Je veux parler par exemple des réfugiés climatiques. »

     

    Chaque année maintenant, les dirigeants des principaux pays de la planète se réunissent à l’occasion de la Conférence de l’ONU sur le climat (COP). Il y a eu Paris en 2015, Marrakech en 2016 et il y aura Bonn en Allemagne l’automne prochain. Si ces fameuses COP sont politiques, elles traitent de sujets sur lesquels les scientifiques ont une véritable valeur ajoutée à apporter, à savoir des données probantes.

    La science peut faire avancer la cause diplomatique. Parce qu’elle est souvent plus neutre, plus objective que l’approche politique, elle permet de parler de sujets de manière moins émotive.
    Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec

    C’est le cas notamment avec tout ce qui touche à la radicalisation, sujet éminemment difficile à aborder tant les approches sont différentes selon les régions du monde.

     

    « Et il n’y a pas forcément de bonnes façons de faire, souligne le scientifique en chef. On se pose tous des questions. Or, des experts travaillent sur la religion par exemple, ou cherchent à comprendre quels sont les constituants d’une société qui fonctionne bien. Il y en a partout dans le monde et ils oeuvrent de plus en plus en synergie. L’approche en la matière va être très différente en Palestine et en Israël par exemple. La France et le Canada ne répondent pas de la même façon à cet enjeu. Partager les expériences, les expertises, les façons de faire, les résultats, ça fait avancer la science bien sûr, mais aussi les discussions diplomatiques entre pays. »

     

    Parce qu’il ne s’agit pas uniquement de sciences dures, mais bien aussi de sciences humaines et sociales. Parce que si l’on reprend l’exemple des changements climatiques, le problème n’est plus forcément de créer des modèles susceptibles de bien mesurer l’augmentation de la température, mais plutôt d’en comprendre les impacts sur la société.

     

    Selon M. Quirion, on peut dire la même chose sur un sujet très à la mode aujourd’hui au Québec et au Canada, à savoir l’intelligence artificielle. « À l’avenir, les problèmes qui vont se poser à nous, ce ne sera plus de créer de nouveaux algorithmes ou d’analyser des bases de données, mais plutôt les impacts sur la société, dit-il. Comment la société civile accepte-t-elle ou non cette révolution ? Et encore une fois, le Québec ne peut pas répondre seul dans son coin à cette question. Il faudra trouver une réponse globale et les scientifiques pourront aider à la chercher. »

     

    Fournir le plus de connaissances possible afin de prendre des décisions éclairées. Mais encore faut-il que tout le monde joue le jeu et accepte les résultats scientifiques. Et à ce propos, l’élection de Donald Trump de l’autre côté de la frontière ne semble pas être une très bonne nouvelle.

     

    « C’est sûr que si, face aux données, le président américain nous sort des “faits alternatifs”, ça se complique, note Rémi Quirion. Mais raison de plus pour que les scientifiques sortent de leurs laboratoires afin de jouer un rôle dans la société. De plus en plus de chercheurs s’impliquent, mais ce n’est pas encore très courant tant au Québec qu’au Canada. Quand quelqu’un comme M. Trump peut dire “j’y crois pas” et opposer des “faits alternatifs”, il devient du devoir de la communauté scientifique de réagir sur la place publique. Et si ce sont des scientifiques de tous les pays qui se lèvent en même temps, c’est encore plus fort. »

     

    Ainsi, le scientifique en chef du Québec entend profiter du Congrès de l’Acfas pour lancer une discussion sur l’usage de la diplomatie scientifique. La France et la Grande-Bretagne seront représentées, elles, qui, traditionnellement, en font usage. La Suisse sera également présente, elle qui héberge l’un des centres scientifiques qui regroupent le plus grand nombre de scientifiques venus de partout dans le monde, à savoir l’organisation européenne pour la recherche nucléaire, le CERN.

     

    « Il abrite environ 6000 chercheurs, rappelle l’organisateur du colloque. Il peut y avoir un scientifique de la Corée du Nord, qui travaille à côté d’un chercheur de la Corée du Sud. Un Israélien à côté d’un Palestinien. Au-delà des conflits qui se jouent dans leurs régions du monde, il y a des scientifiques qui travaillent ensemble. Ça aussi, c’est une forme de diplomatie scientifique. »













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