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    La convergence des sciences et de l’art

    29 avril 2017 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Science et technologie
    «Confining Thirst», du photographe Kevin Jung-Hoo Park, s’inspire d’un projet de recherche du laboratoire du Dr Charles Bourque et de son étudiante au doctorat Claire Gizowski, du CUSM, sur les zones du cerveau impliquées dans les rythmes circadiens de la soif.
    Photo: Kevin Jung-Hoo Park «Confining Thirst», du photographe Kevin Jung-Hoo Park, s’inspire d’un projet de recherche du laboratoire du Dr Charles Bourque et de son étudiante au doctorat Claire Gizowski, du CUSM, sur les zones du cerveau impliquées dans les rythmes circadiens de la soif.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Durant des siècles, science et art ne faisaient souvent qu’un puisque médecins, inventeurs et astronomes étaient généralement d’excellents dessinateurs, quand ce n’était pas même de grands peintres. On n’a qu’à penser à Leonard de Vinci.

     

    Mais avec l’utilisation de la photographie en science, il y a un siècle, l’art n’a plus été considéré comme un outil de représentation. C’est ainsi que les deux disciplines se sont dissociées l’une de l’autre.

     

    Or, Cristian Zaelzer, associé de recherche à l’Institut de recherche du Centre de santé de l’Université McGill, aspire à ce que la collaboration entre artistes et scientifiques mène à créer de nouvelles synergies. Il a par conséquent mis sur pied l’an dernier le projet Convergence, qui vise à unir les neurosciences et les arts.

     

    « L’idée de départ du projet Convergence vient de Cristian, qui est à la fois un scientifique et un artiste à ses heures, confirme Andrée Lessard, coordonnatrice du projet Convergence. Je l’ai aidé à démarrer le projet l’été dernier. »

     

    « Nous avons d’abord recruté des chercheurs stagiaires en neurosciences, poursuit-elle. On a aussi approché Rebecca Duclos, doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia, afin qu’elle recrute de son côté des étudiants en art. »

     

    M. Zaelzer et Mme Lessard tentent ainsi de faire se côtoyer des neuroscientifiques et des artistes de différentes disciplines durant des mois afin que ceux-ci apprennent les uns des autres. Ils ont donc réuni 16 stagiaires en neurosciences avec 28 artistes de Concordia.

     

    « On a d’abord organisé une série d’événements pour faciliter la rencontre des uns et des autres, raconte Mme Lessard, notamment des exposés pour montrer aux artistes le fonctionnement de base du cerveau, puis des visites de laboratoires. Ensuite, les artistes sont allés voir à l’oeuvre les scientifiques. Durant des mois, tous ont travaillé de concert pour finir par produire, si je ne m’abuse, 19 oeuvres d’art. »

     

    « Absolument génial ! »

     

    Il s’agit de créations de formes artistiques aussi variées que la danse, la sculpture, la peinture, la musique ou la vidéo, indique la coordonnatrice du projet Convergence.

     

    « Il y a plein de trucs géniaux ! » lance-t-elle en citant l’exemple d’une installation qui nous fait voir ce que doit être l’impact d’une commotion cérébrale.

     

    « Une artiste a travaillé avec une chercheuse qui s’intéresse aux commotions cérébrales, explique Mme Lessard. Elle a ensuite fabriqué une sorte de mobile avec des billes transparentes suspendues selon différents angles. Et ce qu’on voit au travers de ces billes est étourdissant ! Ça doit être ce qu’on doit ressentir à la suite d’une commotion cérébrale… C’est absolument génial ! »

     

    Si cette artiste utilise l’art pour nous faire goûter une expérience traumatisante, une autre artiste a réalisé un beau montage vidéo, avec musique, dans lequel on suit la vie et l’évolution des neurones. « Encore là, c’est magnifique », de commenter Andrée Lessard en ajoutant qu’il y a quantité d’autres projets aussi intéressants.

     

    « Ces jeunes artistes utilisent donc des connaissances scientifiques pour réaliser des oeuvres d’art absolument originales, dit-elle. Chaque oeuvre expose quelque chose de particulier. »

     

    On peut d’ailleurs voir certaines d’entre elles à la galerie d’art Visual Voice (372 rue Sainte-Catherine Ouest, espace 421) durant une bonne partie du mois de mai. (On ne peut hélas pas voir le mobile nous faisant ressentir les conséquences d’une commotion cérébrale, puisque celui-ci n’est pas encore tout à fait au point.)

     

    La collaboration entre chercheurs et artistes a beaucoup apporté aux uns comme aux autres, relate Andrée Lessard. « Je pense que de part et d’autre, on a découvert qu’on a beaucoup en commun, dit-elle, notamment au chapitre de la créativité. Et les uns comme les autres poursuivent des recherches tout en faisant preuve de beaucoup de rigueur. »

     

    Et si les artistes ont trouvé une autre source d’inspiration, les chercheurs ont de leur côté amélioré leurs habiletés à communiquer et à vulgariser leur savoir, rapporte la coordonnatrice.

     

    Discussion sur l’art et la science

     

    Dans le cadre des Journées internationales de la culture scientifique, Cristian Zaelzer organise un panel de discussion intitulé : Littératie scientifique et participation des citoyens : la convergence des sciences et de l’art.

     

    « Le but de ce panel est de montrer que l’art et la science sont des disciplines qui doivent se rejoindre, explique Andrée Lessard. On a invité diverses personnes qui envisagent avec grand intérêt la collaboration entre science et art. Je pense même que c’est là une tendance qui prendra de l’ampleur, puisque nous voulons que le projet Convergence prenne de plus en plus d’envergure. »

     

    Les panélistes se demanderont entre autres pourquoi il existe une telle séparation — quand ce n’est pas même une certaine opposition — entre l’art et la science. Et ne peut-on pas recréer des échanges fructueux entre les deux disciplines ?

     

    « Notre objectif est d’ouvrir la discussion sur les liens possibles entre science et art pour rendre les recherches scientifiques plus accessibles au grand public, ajoute Mme Lessard. Il s’agit en fait de donner l’occasion aux scientifiques de vulgariser leurs travaux par l’entremise des arts, ainsi que de donner de nouveaux sujets d’inspiration aux artistes. »

     

    Pour les organisateurs du projet Convergence, l’art peut enfin servir à faire valoir auprès de nous tous la pertinence, l’importance et la beauté de la recherche fondamentale.

     

    En effet, comme l’observe Mme Lessard, les scientifiques doivent de plus en plus montrer en quoi leurs recherches sont importantes pour la société. « Il nous faut montrer aux contribuables que ce n’est pas en vain que l’on doit investir dans la recherche, et spécialement en recherche fondamentale, dit-elle, puisque celle-ci est à l’origine de grandes découvertes. »













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