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    Science

    Des recherches participatives réconcilient Amérindiens et généticiens

    13 mars 2017 |Catherine Mary - Le Temps | Science et technologie
    Marche à Montréal lors de la Journée nationale des autochtones
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Marche à Montréal lors de la Journée nationale des autochtones

    Longtemps, les généticiens ont négligé la portée culturelle des résultats de leurs études, attisant la méfiance des Amérindiens. De nouveaux modèles de recherche permettent de dépasser ces clivages et de décrypter dans l’ADN les traces de la colonisation.


    Le 18 février dernier, les cinq nations amérindiennes Colville, Nez-Percé, Umatilla, Yakama et Wanapum ont inhumé selon leurs rites sacrés, dans un lieu tenu secret, celui qu’elles dénomment « l’ancien ». Elles le considèrent, depuis sa découverte en 1996, comme l’un des leurs. Les scientifiques, eux, avaient baptisé « homme de Kennewick » ce squelette vieux de 8500 ans, du nom de la ville de l’État de Washington à proximité de laquelle il avait été déniché, presque intact, par deux adolescents.

     

    Deux dénominations révélatrices de l’antagonisme culturel qui, durant plus de vingt ans, alimenta la bataille opposant les scientifiques aux cinq nations amérindiennes réclamant la restitution de « l’ancien ». Alors que des études de morphologie crânienne avaient affilié ce squelette au peuple Ainu du Japon et à un peuple européen, les études sur l’ADN ancien menées en 2014 l’ont au contraire affilié aux Amérindiens.

     

    « À ma connaissance, c’est la première fois qu’un peuple autochtone bénéficie directement d’une étude génomique. [...] En deux ans, l’étude a permis à ces derniers d’obtenir ce qu’ils réclamaient depuis des années, et cela leur montre que quelque chose de bon peut sortir de la génétique », s’enthousiasme le généticien Eske Willersev, de l’Université de Copenhague, dont l’équipe a produit les résultats ayant permis de trancher.

     

    Mésentente profonde

     

    Car la mésentente entre Amérindiens et généticiens reste profonde, au point que certaines nations, comme les Navajos, refusent toute collaboration. L’origine ? La négligence passée des généticiens envers les retombées culturelles et sociétales des résultats de leurs études.

     

    L’ADN des peuples autochtones est pourtant précieux pour les scientifiques. Ils y recherchent les signatures génétiques des origines géographiques des premiers peuples dispersés sur la planète ainsi que les déterminants génétiques de maladies telles que le diabète ou l’arthrite, particulièrement fréquentes dans certaines populations.

     

    Mais longtemps ces études ont fait fi du consentement des intéressés, les généticiens se contentant de prélever des échantillons biologiques qu’ils conservaient ensuite dans des congélateurs afin de pouvoir les réutiliser. D’où les procès intentés par les nations amérindiennes d’Amérique du Nord, dans les années 2000, contraignant parfois les généticiens à réparer leurs torts. Comme lorsqu’ils durent verser 700 000 $ à la nation Havasupai en 2010, en compensation des études qu’ils avaient menées sur leur brassage ethnique, leurs prédispositions à la schizophrénie et leur taux élevé de consanguinité. Les modèles de recherche participative permettent l’implication des représentants des peuples autochtones, de la conception du projet à la publication des résultats.

     

    En 2010, dans un discours intitulé Culture : le langage silencieux que les généticiens doivent apprendre, le biologiste Rod McInnes, président de la Société américaine de génétique, exhortait ainsi les 7000 participants de l’assemblée annuelle à se conformer à ces modèles de manière à mieux respecter les croyances et les revendications, et à partager les bénéfices des recherches.

     

    Collaboration plus étroite

     

    Si les généticiens consacrent désormais une part importante de leur temps à recueillir le consentement des populations autochtones, rares restent ceux à collaborer avec elles. Pour les pionniers, comme l’anthropologue Ripan Malhi de l’Université d’Illinois Urbana-Champaign, les recherches participatives font aussi émerger de nouvelles questions concernant l’histoire des anciens peuples colonisés.

     

    Lors d’une collaboration, les Indiens de la nation Tsimshian installée en Colombie-Britannique ont souhaité retrouver dans leur génome les traces de l’impact des maladies infectieuses importées par les colons. En comparant l’ADN prélevé sur les restes d’ancêtres à celui des Tsimanians contemporains, les chercheurs ont pu relier la raréfaction d’un variant génétique fréquent dans cette nation à l’importation de la rougeole et de la variole par les colons. Selon ces résultats publiés en 2016 dans la revue Science, ce variant révélait l’adaptation des Tsimanians à d’autres maladies infectieuses auxquels étaient exposés les Amérindiens avant l’arrivée des colons.

     

    « Je pense que la voie est à la sensibilisation des futures générations de généticiens à la collaboration avec les communautés. Il y a une prise de conscience sur les bénéfices à long terme de ce type de recherche, plutôt que de prélever des échantillons d’ADN sans lien avec les membres des communautés. Cela génère des résultats plus informatifs que des articles tapageurs dans Nature ou dans Science [...] », conclut Ripan Malhi.













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