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    Étude

    Un nouvel outil pour évaluer les commotions cérébrales

    Un biomarqueur indique si une personne est guérie d’une commotion cérébrale

    Des chercheurs états-uniens font valoir que la protéine tau pourrait s’avérer un biomarqueur très utile pour déterminer quels athlètes auraient besoin d’une plus longue convalescence.
    Photo: Brendan Ross / Flickr Des chercheurs états-uniens font valoir que la protéine tau pourrait s’avérer un biomarqueur très utile pour déterminer quels athlètes auraient besoin d’une plus longue convalescence.

    Des chercheurs états-uniens pourraient bien avoir fait une découverte susceptible de révolutionner l’évaluation des commotions cérébrales. Ils ont en effet identifié un tout premier « indicateur biologique » qui permettrait de déterminer avec objectivité le moment où un athlète blessé est véritablement prêt à réintégrer le jeu. Cette découverte devrait aider grandement les médecins qui, pour l’instant, donnent le feu vert à leurs patients en se basant principalement sur les symptômes qu’ils leur rapportent, une évaluation qui peut s’avérer faussée étant donné l’impatience des athlètes à renouer avec la compétition.

     

    Ce sont les niveaux de la protéine cérébrale tau dans le sang de l’athlète venant de subir une commotion cérébrale qui serviraient d’indicateur. La protéine tau (pour Tubule-Associated Unit) est présente dans les neurones, où elle assure la stabilité des microtubules qui forment le squelette de l’axone, c’est-à-dire le prolongement du neurone entre son corps cellulaire et sa terminaison axonale. Cette protéine s’accumule sous forme d’agrégats dans la maladie d’Alzheimer, certains syndromes parkinsoniens atypiques et l’encéphalopathie traumatique chronique, dont souffrent les individus ayant subi de multiples commotions cérébrales.

     

    À l’aide d’une technologie ultra-sensible permettant de détecter des protéines individuelles, des chercheurs du National Institute of Nursing Research, des National Institutes of Health et de la University of Rochester Medical Center ont mesuré les niveaux de protéine tau dans des échantillons de sang de 46 athlètes universitaires pratiquant le soccer, le football, le basketball, le hockey ou la crosse. Les chercheurs disposaient de deux échantillons de sang par athlète : un premier avait été prélevé avant la saison d’entraînement et le second environ six heures après le choc ayant causé la commotion cérébrale.

     

    Ils ont ensuite comparé les concentrations de protéine tau à la durée de la convalescence à laquelle le sportif a dû se soumettre avant de pouvoir retourner au jeu. Ils ont alors remarqué que les individus qui avaient mis plus de dix jours à récupérer présentaient des niveaux plus élevés de protéine tau dans leur sang six heures après leur accident que ceux qui s’étaient rétablis en moins de dix jours. Des études statistiques ont aussi montré que des concentrations sanguines plus élevées de protéine tau six heures après la commotion cérébrale permettent de prédire si un athlète prendra plus de dix jours à réintégrer le jeu.

     

    Les résultats de l’étude qui sont publiés dans la dernière édition de Neurology, le journal médical de l’Académie américaine de neurologie, indiquent que les changements dans les concentrations de la protéine tau s’observent autant chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, ces dernières représentaient 61 % des athlètes ayant pris plus de 10 jours à récupérer et seulement 28 % de ceux ayant regagné le terrain de jeu en moins de dix jours. Ces proportions n’ont rien de surprenant, car il est bien connu que les femmes prennent plus de temps à se rétablir que les hommes.

     

    Longue convalescence

     

    Les auteurs de l’étude font valoir que la protéine tau pourrait s’avérer un biomarqueur très utile pour déterminer quels athlètes auraient besoin d’une plus longue convalescence. « Les athlètes sont typiquement impatients de retourner au jeu le plus tôt possible, et ils peuvent dire au médecin qu’ils vont mieux même si ce n’est pas le cas. Or, la protéine tau est une mesure objective qui ne peut pas être simulée. Elle pourrait aider les médecins à prendre des décisions plus avisées et ainsi prévenir des retours au jeu trop précoces alors que le cerveau de l’athlète est encore en période de guérison », fait remarquer au site EurekAlert ! le Dr Jeffrey Bazarian de la University of Rochester Medical Center.

     

    Les auteurs reconnaissent toutefois qu’en raison du petit nombre de participants à la présente étude, de nouvelles recherches seront nécessaires pour confirmer l’utilisation de la protéine tau comme biomarqueur de la sévérité d’une commotion cérébrale. Dave Ellemberg, professeur-chercheur à l’Université de Montréal et spécialiste des commotions cérébrales, croit aussi qu’il aurait été intéressant de procéder à une étude longitudinale dans laquelle on aurait mesuré les concentrations de la protéine tau également 12 heures, 24 heures, 10 jours, voire deux semaines après le choc, « parce que certains athlètes qui se disent complètement remis de leur blessure peuvent encore présenter des niveaux de protéine tau plus élevés qu’avant leur saison d’entraînement ».

     

    M. Ellemberg considère néanmoins cette étude comme une avancée d’une grande importance, car « la protéine tau est un marqueur de dégénérescence neuronale », affirme-t-il avant de rappeler que d’autres études faisant appel à la spectroscopie, une technique qui permet de mesurer les concentrations de certaines molécules dans le cerveau, ont révélé que « même si les personnes sont asymptomatiques, leur cerveau présente toujours des concentrations anormales de marqueurs de dommage cérébral, dont fait partie la protéine tau ».

     

    « Après la disparition des symptômes, le cerveau prend encore deux semaines avant de retrouver son équilibre chimique. Pendant ces deux semaines, le cerveau demeure encore fragile. Et pourtant, personne n’hésite à dire que la personne est guérie, souligne-t-il. Si un athlète retourne au jeu alors que son cerveau n’a pas encore retrouvé son équilibre, il sera plus susceptible de faire une seconde commotion cérébrale lors d’un impact de moindre intensité. Et les conséquences de cette seconde commotion cérébrale seront encore plus grandes. »

     

    Or, mesurer les niveaux de protéine tau tout au long de la récupération et même après la disparition des symptômes permettrait probablement de déterminer le moment précis où le cerveau est complètement rétabli.













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