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    Identifier pour apaiser, même 100 ans plus tard

    Une équipe du ministère de la Défense met des noms sur des dépouilles datant des deux guerres mondiales

    9 janvier 2017 | Lee Berthiaume - La Presse canadienne à Ottawa | Science et technologie
    Sarah Lockyer est la coordinatrice de l’identification des pertes militaires du ministère de la Défense. Tous les ans, des restes de certains des 28 000 Canadiens disparus au cours des deux guerres mondiales sont retrouvés sur les anciens champs de bataille.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Sarah Lockyer est la coordinatrice de l’identification des pertes militaires du ministère de la Défense. Tous les ans, des restes de certains des 28 000 Canadiens disparus au cours des deux guerres mondiales sont retrouvés sur les anciens champs de bataille.

    Des ouvriers travaillant à l’agrandissement d’un hôpital ont été les premiers à découvrir des restes d’un soldat canadien inconnu près de la petite ville française de Vendin-le-Vieil (région des Hauts-de-France) en 2010.

     

    Au cours des six années qui ont suivi, les restes de 18 autres Canadiens disparus ont été retrouvés dans la même région, parfois séparément, parfois regroupés.

     

    Située dans la communauté d’agglomérations de Lens-Liévin, à environ 200 km au nord-est de Paris, Vendin-le-Vieil a été le théâtre d’une des principales batailles entre le corps expéditionnaire canadien et les forces allemandes en août 1917, au cours de ce qui fut baptisé par la suite la bataille de la côte 70. Bien moins connue que la conquête de la crête de Vimy, la côte 70 est un de ces moments qui ont défini le Canada, selon des historiens. Pour la première fois de l’histoire de la Première Guerre mondiale, les Canadiens étaient commandés par un des leurs, Arthur Currie, plutôt que par un général britannique.

     

    Ces 19 soldats inconnus font partie des quelque 2200 Canadiens tués au cours de cette bataille qui s’est étendue pendant 10 jours. Des centaines d’entre eux ont été avalés par le champ de bataille boueux ou ont été enterrés si rapidement là où ils sont morts qu’ils n’avaient pas, pour ainsi dire, une tombe véritable.

     

    Tous les ans, les restes de certains des quelque 28 000 Canadiens portés disparus au cours des deux guerres mondiales sont retrouvés sur les anciens champs de bataille européens.

     

    Et quand une de ces dépouilles est découverte, la mission de l’identifier incombe à une petite équipe du ministère de la Défense nationale. Pour y parvenir, celle-ci a recours à une combinaison d’histoire et de science. Depuis sa création, il y a une dizaine d’années, elle est parvenue à identifier 22 soldats canadiens et 18 soldats britanniques.

     

    Sacrifices

     

    « Ces hommes ont fait le sacrifice ultime pour leur pays, dit la coordinatrice de l’identification des pertes militaires du ministère, Sarah Lockyer. Le moins que l’on puisse faire, c’est essayer, du mieux que l’on peut, de trouver leur identité afin qu’ils puissent recevoir une sépulture à leur nom et que nous n’oublions pas leur sacrifice. Nous continuons de raconter leur histoire. »

     

    En 2016, 7 Canadiens ont été retrouvés, dont 2 près de Vendin-le-Vieil, mentionne Mme Lockyer.

     

    « Dès que nous recevons l’avis de la Commission des cimetières militaires du Commonwealth, nous tentons de comprendre qui était là et quand », explique Carl Kletke, un historien oeuvrant au sein de la direction de l’Histoire et du Patrimoine au ministère de la Défense.

     

    L’équipe tente de trouver dans quelle unité combattait l’inconnu : uniforme, insigne de casquette. Elle cherche aussi des effets personnels, comme des bagues ou des bracelets.

     

    Plusieurs des soldats inconnus dont les restes reposaient sur la côte 70 faisaient sans doute partie du 16e Bataillon (des Canadiens écossais) de Victoria, en Colombie-Britannique, mentionne M. Kletke. Parmi ces 19 hommes, 2 portaient une pièce d’identité indiquant le nom du soldat, son grade et son unité. Toutefois, ils pouvaient porter la pièce d’identité d’un de leurs camarades tombés à leurs côtés. « On ne peut rien présumer », souligne l’historien.

     

    Si M. Kletke analyse les données historiques afin d’identifier ces soldats perdus, Mme Lockyer, anthropologue légiste, a recours à la science. La Commission des cimetières militaires du Commonwealth ne permet pas le rapatriement des dépouilles des soldats tués au cours deux guerres mondiales. Le travail médico-légal doit se faire en Europe, alors Mme Lockyer se rend sur le Vieux Continent plusieurs fois par année. Son objectif est de déterminer la taille et l’âge d’un soldat inconnu en examinant ses os. Les données sont ensuite vérifiées avec la liste des soldats disparus résultant de l’analyse historique dans l’espoir de parvenir à une identification, ou du moins, de réduire le nombre des possibilités.

     

    Elle ne peut pas dire combien de dépouilles ont été retrouvées au cours des dix dernières années, mais se souvient fort bien de sa plus récente réussite. En septembre, le soldat Kenneth Donald Duncanson a été inhumé en Belgique avec tous les honneurs militaires, exactement 72 ans après qu’il eut été tué près du canal Leopold pendant la Deuxième Guerre mondiale.

     

    Judith Thomas, qui a représenté la famille au cours de la cérémonie, a décrit la nouvelle de l’identification des restes de son cousin au deuxième degré comme un « véritable cadeau », car le sort du soldat était resté incertain. « Cela nous donne un sentiment d’apaisement, a dit Mme Thomas au cours d’une récente entrevue. C’est un travail remarquable et [cette équipe] doit continuer de le faire. »













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