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    Santé

    Faire de l’exercice favoriserait la guérison de commotions

    Le repos complet prescrit jusqu’à présent ne serait peut-être pas la meilleure voie à suivre

    21 décembre 2016 |Pauline Gravel | Science et technologie
    L’exercice aérobique contrôlé rétablirait «la régulation du flot sanguin cérébral, qui est souvent anormale chez les enfants d’âge scolaire qui souffrent des symptômes persistants découlant d’une commotion cérébrale».
    Photo: iStock L’exercice aérobique contrôlé rétablirait «la régulation du flot sanguin cérébral, qui est souvent anormale chez les enfants d’âge scolaire qui souffrent des symptômes persistants découlant d’une commotion cérébrale».

    Alors que le repos complet est généralement recommandé à la suite d’une commotion cérébrale, une nouvelle étude effectuée au Canada démontre que reprendre rapidement une activité physique aérobique de légère intensité accélère le rétablissement. Ces résultats ne signifient toutefois aucunement un retour au jeu ou à la pratique de sports présentant des risques de traumatisme crânien.

     

    Plus de 2400 enfants âgés de 5 à 18 ans ayant subi une commotion cérébrale qui a été diagnostiquée à l’hôpital dans les 48 heures suivant l’accident ont participé à cette étude qui consistait pour ces patients à remplir deux questionnaires en ligne, le premier 7 jours et le second 28 jours après le traumatisme. Les questionnaires visaient à connaître les symptômes éprouvés par les jeunes patients, ainsi que les activités physiques qu’ils avaient pratiquées.

     

    Alors que 30 % des 2413 patients ont affirmé, le 7e jour après leur commotion cérébrale, s’être abstenus de tout exercice physique, 70 % ont rapporté avoir participé à des activités physiques, dont 33 % à des exercices aérobiques légers.

     

    Les résultats du questionnaire rempli 28 jours après le début de l’étude ont révélé que seulement 25 % des patients qui avaient fait de l’exercice physique au cours de la première semaine suivant leur blessure continuaient à ressentir au moins trois « symptômes persistants postcommotionnels », tandis que 75 % d’entre eux étaient rétablis et ne présentaient presque plus ou pas du tout de symptômes. Par contre, 44 % de ceux qui s’étaient imposé un repos complet durant les sept premiers jours étaient toujours affligés de plusieurs symptômes un mois plus tard.

     

    Les résultats de cette étude battent en brèche le largement respecté protocole de Zurich qui recommande aux personnes ayant subi une commotion cérébrale de demeurer au repos le plus complet, autant physiquement qu’intellectuellement, jusqu’à ce que tous leurs symptômes aient disparu.

     

    « Pendant la première semaine suivant une commotion cérébrale, le cerveau n’est pas guéri, mais l’étude montre que l’activité physique peut aider à guérir. Le message n’est absolument pas qu’il faut retourner faire du sport au cours de la première semaine suivant une commotion cérébrale. Ce n’est surtout pas le moment de pratiquer des activités à haut risque, car une seconde commotion cérébrale à ce moment-là pourrait entraîner des conséquences beaucoup plus graves. Mais il faut s’activer, car rester alité dans le noir et s’abstenir de toute activité physique n’est certainement pas bénéfique », souligne Isabelle Gagnon, chercheuse-clinicienne au Centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, et aussi coauteure de l’étude publiée dans la dernière édition du Journal of the American Medical Association (JAMA).

     

    Quelle intensité

     

    L’étude ne permet toutefois pas de connaître précisément le niveau d’intensité des activités physiques qu’il serait préférable de pratiquer dans les jours qui suivent la commotion cérébrale pour favoriser la récupération. « Nous ne savons pas si une activité intense augmente les symptômes ou les diminue encore plus. Des études futures devraient nous permettre de le préciser. L’étude actuelle montre globalement qu’une activité de faible intensité peut aider. Il ne faudrait surtout pas que les gens pensent qu’ils peuvent remettre leurs patins ou leurs skis et retourner au jeu, car le risque serait trop grand de subir une seconde commotion cérébrale », indique Andrée-Anne Ledoux, chercheuse au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario et coauteure de l’étude.

     

    Les experts mentionnent qu’il est néanmoins important d’imposer une période de repos de quelques jours avant de reprendre l’activité physique. « Cette période serait essentielle pour permettre à certains processus neurologiques de se stabiliser », souligneMme Ledoux, dont le laboratoire tente de savoir quelle serait la durée optimale de cette période de repos initiale qu’il faudrait imposer avant de réintroduire l’activité physique.

     

    Les auteurs de l’article écrivent qu’un repos prolongé peut carrément induire des effets « secondaires, tels que la fatigue, une dépression, un déconditionnement physiologique et une récupération plus tardive ». « Si on interdit aux enfants toute activité, ils feront de l’anxiété parce qu’ils manquent beaucoup de jours d’école et sont en retard dans leurs matières. Les symptômes dépressifs et anxieux sont des effets secondaires de l’inactivité », explique Mme Gagnon.

     

    Par quoi commencer

     

    Les chercheurs recommandent de commencer par du vélo stationnaire, des marches, du jogging très léger, de la natation peu intensive, ou des sports sans risque de collisions, et d’augmenter très graduellement l’intensité. « Les patients font de l’exercice et s’arrêtent quand les symptômes redeviennent trop importants », conseille Mme Gagnon, qui est également professeure à l’École de physiothérapie et ergothérapie de l’Université McGill. « Les jeunes ne peuvent reprendre la pratique normale d’un sport de contact que lorsqu’ils n’ont aucun symptôme au repos, qu’ils tolèrent bien l’exercice et qu’ils ont retrouvé leur activité scolaire complète. »

     

    À l’Hôpital de Montréal pour enfants, on recommande depuis quelques années aux patients victimes de commotion cérébrale de s’activer après un repos de deux à trois jours, parce que « nous croyons fermement que la pratique d’une activité aérobique de faible intensité peut faciliter la récupération, affirme Mme Gagnon. Nous ne recommandons aucune restriction sur l’activité physique très légère, comme marcher ou nager, dès que la personne se sent un peu mieux. Puis, trois semaines après la blessure, on oblige les patients à faire de l’activité physique, et ce, même si elles ne se sentent pas bien. Il s’agit alors d’un programme de réadaptation active qui est supervisé par des physiothérapeutes et qui comprend des activités aérobiques induisant une augmentation du rythme cardiaque, et par conséquent, du débit sanguin au niveau du cerveau. »

     

    Pour expliquer les effets bénéfiques de l’activité physique sur la récupération, les auteurs de l’article soulignent que l’exercice aérobique contrôlé rétablirait « la régulation du flot sanguin cérébral, qui est souvent anormale chez les enfants d’âge scolaire qui souffrent des symptômes persistants découlant d’une commotion cérébrale ».













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