lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Technologie: Gouvernement en ligne, une occasion à saisir

Michel Dumais   26 septembre 2009 21h27  Science et technologie
Nous avons vu la semaine dernière que la façon la plus connue d’aborder un « gouvernement électronique » résidait dans l’implantation d’une administration publique en ligne, une première étape permettant de connecter ensemble les ministères grâce à l’utilisation d’un réseau informatique traditionnel tout en adaptant les interfaces aux cultures des utilisateurs de ces services.

Cette étape vise à offrir aux citoyens des services interactifs, tels que le paiement en ligne de leurs impôts, le renouvellement de leur permis de conduire, ou tout autre mécanisme qui nécessite l’envoi et le traitement électronique d’un formulaire de données.
Pour réussir, une administration publique en ligne se doit d’inverser l’approche traditionnelle, à savoir, une vingtaine de ministères qui veulent travailler isolément, pour plutôt aborder de front les besoins des utilisations. Mais d’ici quelques années, si le projet d’administration en ligne du gouvernement en place se réalise en respectant ces conditions, et qu’il évite les écueils de type GIRES, ce controversé mégaprojet informatique dans lequel l’État a englouti 170 millions, quelles seront les prochaines étapes ?

Le gouvernement en ligne
Le gouvernement en ligne cherchera à renouveler le processus de la fonction gouvernementale qui semble avoir de plus en plus de difficultés à trouver un équilibre entre la vie économique et la vie sociale. Dans tous les pays, la population fait de moins en moins confiance au gouvernement avec comme conséquence une légitimité qui va en décroissant.
Pour un citoyen, recevoir plus d’informations n’équivaut pas nécessairement à vivre dans une plus grande démocratie ; c’est pour cela que le Web ne doit pas devenir qu’un comptoir à brochures gouvernementales ou un guichet automatique. Aujourd’hui, le citoyen désire être consulté ; le nouveau contrat social repose sur le concept qu’il n’y aura de participation que s’il y a véritable consultation. La nouvelle société qui émerge repose sur la qualité du dialogue entre gouvernés et gouvernants, dialogue sur lequel repose la notion centrale de consensus, sans laquelle il ne peut y avoir de société qui fonctionne. On commence seulement à mesurer le coût de la non-participation des gens et même celui encore plus onéreux de la résistance passive.
Ici et là, des solutions commencent à s’esquisser sous le nom de gouvernance locale, de « smart mobs » aux États-Unis, de collectivités locales en France et d’une Europe des régions dans l’Union européenne. On découvre que les groupes d’intérêts servent d’interface entre l’individu et sa société et qu’un fort courant de personnalisation modifie le tissu sociétal : apparition des niches, des portails thématiques et des micromarchés à valeur ajoutée.
Les groupes sont un relais entre le citoyen et l’État où s’exprime la solidarité, base du développement durable. Pour les groupes de citoyens, la réponse réside dans le développement de réseaux collaboratifs où ils peuvent échanger leurs vues et collaborer à leur développement ; un réseau qui aidera le citoyen à créer une agora publique, c’est-à-dire une nouvelle ingénierie de l’être ensemble.

L’opinion publique
Toutefois, il convient de savoir que la mise en place d’un véritable gouvernement en ligne, la suite logique d’une administration publique en ligne, reposera sur l’opinion publique, et non pas dans les technologies. Il faudra convaincre les citoyens de son utilité, et être prêt à investir dans leur éducation pour leur permettre de s’approprier les technologies.
De plus, ne nous leurrons pas, dans le domaine de la gouvernance électronique, tout est à inventer. Il y a bien ça et là, quelques projets pilotes de gouvernance en ligne, mais rien qui permette de construire un État doté d’une véritable gouvernance électronique.
Or, les règles de la nouvelle société rendent la lecture du contexte fort difficile ; le principal défi pour les élus et les administrateurs est la gérance du changement grâce au développement de stratégies d’innovations. Les principaux handicaps sont un manque de vision de l’ensemble des mutations socio-économiques, un trop plein d’informations disparates et une mondialisation qui essaie d’asservir les décideurs isolés. Deux outils s’offrent aux gouvernants : la veille et l’aide à la prise de décisions.

n La veille
La veille consiste à recueillir des informations pertinentes sur un problème donné et à les synthétiser de façon à développer des scénarios d’actions possibles. Elle amène les décideurs à réorganiser leur vision du présent. Les principales méthodes sont la collecte des données, la synthèse de celles-ci et des approches de télétravail collaboratif. Plus la mondialisation impose un fort degré d’interdépendance entre les États, plus la veille devra être sophistiquée.

n L’aide à la prise de décisions
L’information est le matériau qui sert à développer la société du savoir. L’information est traitée par un processus continu et systématisé de gestions des données stratégiques qui permettent de développer une banque de scénarios possibles servant au développement des politiques publiques. Ces scénarios sont rédigés en fonction des priorités des élus et des consensus des citoyens. Ils servent au développement du projet de société qui permet à l’État de s’adapter aux mutations. C’est le courant actuel des « knowledge societies ou de « smart nations » qui s’édifient actuellement sur le traitement du savoir.
Bref, d’expliquer le professeur en communications Michel Cartier, « un tel plan ne peut être développé à partir d’un calendrier de 24 mois, c’est-à-dire entre deux élections, et d’un réseau de communication inégalement distribué, c’est-à-dire favorisant les grandes villes au détriment des régions. Cela exige la création d’un plan d’ensemble à plus long terme, associant les secteurs public et privé, mais dont l’architecte principal demeure le gouvernement, celui-ci ayant été élu dans ce dessein».

Vers la création d’un institut de la gouvernance électronique
Plusieurs lecteurs semblaient sceptiques à propos de ces dates de 2020-2025 alors que j’annonçais en conclusion la semaine dernière, que ce n’était pas avant toutes ces années que nous verrions la mise en place d’un véritable gouvernance électronique. Pourquoi tant de temps ?
Il nous faut partir du principe que, contrairement à la mise en place d’une administration publique en ligne, l’intégration d’un « E-gouvernement » aux rouages de l’État ne presse pas vraiment. Comme nous l’expliquions plus haut, tout est à inventer dans ce domaine.
De plus, et c’est là la lecture fascinante qu’en fait René Barsalo sur le carnet Web ConstellationW3, il faudra attendre à 2020-2025 avant de voir les véritables natifs du monde numérique débarquer et devenir à leurs tours des citoyens actifs.
Au moment où nous aurons à apprivoiser, nous, les 35 à 75 ans, simples immigrants du monde numérique, tous les concepts de gouvernance participative, pour ces nouveaux citoyens, qui ont aujourd’hui de 5 à 30 ans, ces mêmes concepts seront directement intégrés à leur mode de vie. Bref, nous, les 35-75 ans, sommes les dignes représentants des générations issues du monde de la radio, du cinéma, de la télévision et du télécopieur, tandis qu’eux sont les enfants de l’informatique, de l’électronique grand public, mais surtout, des réseaux. Et cet état de fait n’est pas unique au Québec. Tous les États du monde devront y faire face.

Institut de la gouvernance
Partant de cela, nous avons donc une occasion extraordinaire, ici, au Québec. Pourquoi ne pas lancer, en fonction de ces dates, un véritable institut de la gouvernance qui nous permettrait d’expérimenter, de tester auprès des citoyens, de véritables applications de gouvernance électronique.
Nous avons donc l’occasion de tout inventer et de tout remettre sur le tapis au cours des quinze prochaines années. Cela exige la création d’un plan d’ensemble à plus long terme, associant les secteurs public et privé, mais il est important et crucial que l’architecte principal demeure le gouvernement lui-même.
De plus, et il s’agit ici d’un enjeu fondamental, la mise en place d’un tel institut permettrait au Québec de s’imposer comme un joueur incontournable sur la scène internationale et de permettre à l’industrie locale d’utiliser ces projets pour développer des nouveaux marchés internationaux. D’ailleurs, pour donner une idée du marché à venir, la France vient d’annoncer des investissements de plus d’un milliard d’euros dans ce domaine au cours des trois prochaines années. Imaginez ce qu’il en sera lorsque nos voisins du sud décideront de s’y mettre sérieusement.
Ne nous leurrons pas, des applications de gouvernance électronique issues d’un éventuel institut américain de la E-Gouvernance ne seraient pas très bien reçues en Europe, et vice-versa. Voilà donc pourquoi le Québec, et pourquoi pas aussi le Canada, doivent rapidement s’imposer dans ce domaine, tout inoffensif que nous sommes par rapport à ces deux continents. La « bonne réputation » du Québec et du Canada en fait même des joueurs incontournables et surtout, neutres.
Il y a donc là occasion à saisir. Et rapidement. Bien que nous ayons le temps de bien nous préparer, 2020 s’en vient à grands pas. Rappelons-nous, pour les 35 à 75 ans que nous sommes, combien l’an 2000 nous semblait loin.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Johane La Rochelle - Abonnée
    1 mars 2004 09 h 45
    L'éthique et la gouvernance, même électronique
    Il y a, je crois, des liens directs à faire entre l'article de Michel Venne, «Une éthique commune» (Le Devoir,1er mars) et celui-ci sur le gouvernement en ligne.

    En effet, un lien de confiance entre les citoyens et un gouvernement se rétablit - lien comme première source viable et durable de la gouvernance participative - si ledit gouvernement rend public et fait entériner par la population le code d'éthique commun qu'il compte utiliser pour gérer la cité ?

    Le risque actuel de tout gouvernement qui souhaite être en ligne est de miser sur la technologie avant tout - ainsi conclure de nombreux contrats pour acheter logiciels et machineries - pour éviter à tout prix réflexions et échanges avec le citoyen.

    En effet, ceci demande temps, efforts et polémiques, choses qui déplaisent souverainement au politicien et à la politicienne traditionnels : ils perdent le contrôle au profit des citoyens recherchant le le concensus qui seul peut générer un mieux-être collectif. Mais ce faisant, ils agiraient alors comme rassembleurs, la tâche essentielle du politique.

    J. La Rochelle, Gatineau
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Cloutier - Inscrit
    1 mars 2004 10 h 02
    L'intelligence
    J'ai bien apprécié votre article. Par contre, je pense qu'on pourrait regrouper le concept de veille et d'aide à la prise de décision dans un seul concept, soit, comme le clame haut et fort mon ami Robert Steele (Open source Solution Inc - http://www.oss.net )
    la notion d'"open source intelligence" ou OSINT.

    Aide à la décision, pas seulement pour les gouvernants mais aussi pour les gouvernés, c'est-à-dire les citoyens et je dirais même surtout les citoyens. Comme dit Steele, il faut recentrer l'information-renseignement sur le citoyen (citizen centered intelligence).

    C'est pas avec les libéraux qu'on va faire cela, car je doute fort que ces gens-là veuillent partager le pouvoir (information et renseignement) avec les citoyens.

    Au Parti québécois, on s'en occupe, mais ce ne sera pas facile non plus pour diverses raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici.

    L'Internet est une occasion en or pour les citoyens de renprendre le pouvoir qu'ils ont perdu aux mains de politiciens et des bureaucrates.

    C'est une arme révolutionnaire entre leurs mains. Mais, au moins le savent-ils? J'en doute. On verra.

    En clair, il faut adhérer au concept de l'open source. Pas seulement en ce qui concerne les logiciels (dits "libres") mais également quant au contenu (OSINT).

    Je rêve depuis 1994 d'un Québec "intelligent". "Smart people", "Smart organization", "Smart Nation" où l'information-renseignement fait partie du bien commun.

    Comme l'eau, l'information doit être harnachée pour produire de la plus-value (électricité dans le cas de l'eau et renseignement dans le cas de l'information).

    Au lieu de garder l'information-renseignement pour lui et de le diffuser au compte-gouttes, l'État a le devoir de faciliter la circulation de l'information-renseignement vers le citoyen et de développer des outils pour accomplir cette mission.

    Comme disait Jefferson, "A Nation best defence is an educated citizentry".

    Mais les "affairistes" sont à cent mille années lumière de ces concepts. L'Internet saura-t-il échapper aux affairistes? Trop tôt pour le dire, mais il n'y a pas de quoi être optimiste.

    À moins que le sommet mondial sur la société de l'information trouve la solution miracle. Mais les forces occultes des USA veillent au grain.



    Pierre Cloutier ll.m
    avocat

    Membre du comité sur le nouvelles technologies du Parti québébois

    P.S. Faites mes salutations à Michel Cartier. Nous partageons la passion de ce dossier depuis moultes années.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • gbernier10@hotmail.com - Abonné
    1 mars 2004 10 h 51
    E-gouvernance ou E-démocratie
    Intéressant d'avoir de grands projets informatiques, surtout si ceux-ci peuvent servir la démocratie.

    Par exemple, on pourrait sonder l'opinion des citoyens de façon très rapide et peu coûteuse, grâce au réseau internet, afin d'établir un véritable État démocratique.

    La grande question est de savoir quand la génération E-démocratie (politique) viendra. Y a t-il un horizon pour cela. Sûrement pas en 2020.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Voter
Pour en savoir plus
Idées
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012