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    Acfas: il faut d’urgence réinvestir en recherche

    5 novembre 2016 | Claude Lafleur - Collaboration spéciale | Science et technologie
    Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir, estime que pour que notre société se développe, il importe que nous disposions de la plus grande variété possible de spécialistes dans nombre de domaines, ne serait-ce que pour faire face à n’importe quelle crise qui pourrait survenir. Il cite d’ailleurs l’exemple de la récente apparition du virus Zika, qui a touché de nombreux pays, dont les États-Unis, où la ville de Miami a dû mettre en place un système d’éradication des moustiques de grande ampleur.
    Photo: Joe Raedle Getty Images Agence France-Presse Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir, estime que pour que notre société se développe, il importe que nous disposions de la plus grande variété possible de spécialistes dans nombre de domaines, ne serait-ce que pour faire face à n’importe quelle crise qui pourrait survenir. Il cite d’ailleurs l’exemple de la récente apparition du virus Zika, qui a touché de nombreux pays, dont les États-Unis, où la ville de Miami a dû mettre en place un système d’éradication des moustiques de grande ampleur.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Tant à Ottawa qu’à Québec, les gouvernements sont à concevoir de nouvelles politiques de recherche scientifique.

     

    Ainsi, le 13 juin, Innovation, Sciences et Développement économique Canada amorçait un examen indépendant du financement fédéral des sciences fondamentales. Pour sa part, le gouvernement du Québec mène présentement une consultation grand public afin de développer une Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI).

     

    Selon ce que rapporte Frédéric Bouchard, président de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), la réflexion d’Ottawa est déjà bien avancée. « L’une des pistes de réflexion du comité est d’assurer l’équilibre entre tous les types de recherche », dit-il.

     

    « Ces dernières années, poursuit-il, on a eu tendance à un peu trop privilégier certains types de recherche par rapport à d’autres, et il nous faut rétablir l’équilibre pour tous les secteurs. »

     

    M. Bouchard possède une excellente connaissance globale de la science, puisqu’il est également vice-recteur associé à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université de Montréal.

     

    Être prêt à toute éventualité

     

    Il estime ainsi que, pour que notre société se développe tant sur le plan social qu’économique, il importe que nous disposions de la plus grande variété possible de spécialistes dans nombre de domaines, ne serait-ce que pour faire face à n’importe quelle crise qui pourrait survenir.

     

    Il cite d’ailleurs l’exemple de la récente apparition du virus Zika. « Il s’agit d’une crise qui demande des avancées en microbiologie, en santé publique, en anthropologie, en sociologie, en entomologie, etc., dit-il. Mais si, en tant que société, on ne met pas l’accent sur le développement de l’ensemble de nos compétences scientifiques, on ne disposera peut-être pas, le moment venu, des experts dont on aura besoin. Il nous faut donc développer de solides capacités de recherche dans tous les secteurs afin de pouvoir répondre aux enjeux émergents. »

     

    Voilà pourquoi l’Acfas demande un réinvestissement « large et urgent » : afin de s’assurer de développer notre expertise dans tous les domaines. « C’est aussi le constat qui a été fait à Ottawa, où on est en train de réfléchir aux moyens de le faire », indique M. Bouchard.

     

    L’Acfas a incidemment participé à ces consultations en déposant un mémoire encourageant un réinvestissement rapide et équilibré dans tous les secteurs.

     

    « Tous les secteurs de la société bénéficient de la recherche et de l’innovation — autant en recherche fondamentale qu’en recherche appliquée, poursuit Frédéric Bouchard. Pourquoi ? Parce qu’il y a nombre de grandes avancées qui s’amorcent par la recherche fondamentale. Si, donc, un gouvernement se disait que cette dernière est un luxe, ce serait là une erreur, puisque c’est souvent la recherche fondamentale qui permet des avancées. »

     

    Nos cerveaux plutôt que nos ressources naturelles

     

    Ces dernières décennies, le Québec a fait d’importants investissements en recherche et en innovation, puisqu’on a compris que le développement de notre société « dépendra de bonnes têtes », poursuit le président de l’Acfas. « Et la question qu’on doit maintenant se poser est : comme société, comment voulons-nous nous développer ? »

     

    Historiquement, rappelle ce professeur titulaire au Département de philosophie de l’UdeM, l’économie du Canada et du Québec a reposé principalement sur l’exploitation de nos ressources naturelles. « Mais avec la volatilité des marchés, on se rend bien compte que c’est un pari très risqué », dit-il. De fait, pour notre essor comme société, il vaut nettement mieux dépendre de nos cerveaux, « puisque ceux-ci profitent à toute la société sans dépendre d’un marché sur lequel nous n’avons aucun contrôle », dit-il.

     

    « Alors, donc, quel genre de société veut-on devenir ? » pose le philosophe.

     

    Investir dès le prochain budget

     

    Frédéric Bouchard rappelle aussi qu’il y a quelques années, le Québec s’était donné pour cible d’investir 3 % de son PIB dans la recherche et l’innovation. « Il y a trois ans, on avait établi un consensus quant à l’urgence d’un réinvestissement, mais on n’a jamais atteint cet objectif. On a même un peu reculé… », déplore-t-il.

     

    Concrètement, poursuit-il, nous avons plusieurs équipes de chercheurs et d’entrepreneurs qui ont le talent et le désir de faire davantage de recherche et d’innovation, mais qui n’en ont pas les moyens. Nous avons aussi des équipes de recherche qui ont développé des expertises de calibre mondial, mais qui n’exploitent pas leur plein potentiel. « C’est navrant ! » lance M. Bouchard.

     

    Voilà pourquoi le président de l’Acfas réclame un réinvestissement immédiat, soit dès le prochain énoncé budgétaire du gouvernement Couillard, qui devrait survenir en mars prochain.

     

    Frédéric Bouchard se dit tout de même encouragé par certaines discussions que l’Acfas a eues avec le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et avec la ministre titulaire, Dominique Anglade. « Mais j’ajouterai qu’il est essentiel de procéder immédiatement à un réinvestissement substantiel dans les fonds de recherche du Québec, et ce, dès le prochain énoncé budgétaire », insiste-t-il.

     

    Il y a trois ans, rappelle-t-il encore, il y a eu consensus dans tous les secteurs de la société quant à l’urgence d’un important réinvestissement, « ce qui n’a pas été fait, déplore-t-il encore,alors que l’urgence, elle, n’a pas disparu… bien au contraire ! »

     

    Ainsi, pour ce vice-recteur à la recherche, il n’est même pas nécessaire d’attendre le dépôt de la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation ce printemps, « puisque pourvoir correctement aux fonds de recherche du Québec est la meilleure façon de financer l’excellence et la diversité ».

     

    Il ajoute que, souvent, des engagements financiers sont énoncés lors du budget et que, par la suite, les détails de la stratégie sont communiqués. C’est dire que le gouvernement Couillard donnera un signal clair sur ce qu’il entend faire — ou ne pas faire — en matière de développement scientifique avant même la publication de la stratégie au printemps 2017.

     

    « Il faut donc que ça se concrétise dès le budget de mars 2017 », insiste le président de l’Acfas.













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